Crèche 21, Saint-Merry 2015

La crèche 2015 de Saint-Merry aborde une autre facette de la pastorale de l’art, la coproduction d’une œuvre avec une artiste, Kler Schnéberger, tout en s’inscrivant dans la manière de faire liturgie au CPHB.

Saint-Merry et ses crèches

Au CPHB, les crèches sont des moments intenses d’expression collective de foi, d’affirmation d’une communauté créative, fermement et régulièrement revendiquée, cherchant à interpeller ses membres comme les visiteurs sur le mystère de l’incarnation d’un Dieu si proche de l’homme.

144 DSC00262À Saint-Merry, les crèches sont différentes d’une année à l’autre. Soit elles portent en filigrane les traces de ce qui travaille et inspire la communauté quand celle-ci prend en charge complètement leur réalisation, soit elle choisit de solliciter un artiste proche de Saint-Merry, soit encore, et c’est la démarche en 2015, artiste et communauté collaborent.

 

144 DSC00207Après avoir fait l’objet de débats dans un petit groupe de volontaires, la crèche surgit comme une surprise, comme un inattendu car elle donne à relire des évènements, à imaginer, à retrouver de l’émotion, à voir l’environnement de l’église autrement, à mettre en scène la volonté de modernité du CPHB dans l’Église.

Crèche 21 est donc originale[1].

Crèche 21

144 DSC00213Un enfant dans un berceau de branchage. Marie, Joseph stylisés et réalisés en bois par une artiste et des membres de la communauté. En arrière plan, un « mur de vœux », nos espérances en ce temps de Noël mais aussi nos inquiétudes face aux évènements de Paris et du monde, plus particulièrement ceux des deux derniers mois.

La crèche se trouve au pied d’une des six œuvres de l’exposition Art/Cop 21 qui, sur un mode artistique, a parachevé la mobilisation pour le climat et la justice environnementale de toute une année à Saint-Merry.

Cette œuvre, « Synapses » de Kler Schnéberger et Alexandre Bouton, avec ses deux arbres dont les branches évoquent des lobes de cerveau humain, est une invitation à l’intelligence collective pour préserver le climat et humaniser l’avenir de notre monde.

144 DSC00267Mais cette crèche est étrangement synthétique puisqu’elle relève : pour le lieu, les branchages du berceau et l’esprit, de « Synapses » ; pour le bois des personnages de  « Ouppsss ! » fabriqué par Pedro Marzorati ; pour la méthode de collage du mur, de « équivalence » , de François Kenesi.

Concrètement elle a été fabriquée par le petit groupe de volontaires selon les orientations et dessins de Kler Schnéberger. Du collectif partout, mais une inspiration venant de l’artiste elle-même.

 

144 DSC00264La continuité – dans le titre Art/Cop 21 à Crèche 21- n’est pas qu’artistique : les souhaits et constats sont ceux exprimés lors de la célébration du premier dimanche de l’Avent. Pour le temps de Noël, il est proposé à tous les visiteurs de poursuivre en mettant leur phrase dans une urne. Est-ce un clin d’œil ? On est après les Régionales et avant les élections à l’Équipe Pastorale du CPHB[2].

Interprétations

Elles sont multiples.

144 DSC00206L’une est simple : l’enfant, placé entre ciel et terre est protégé par des éléments de nature. Les planches auraient pu être faites par le charpentier Joseph. Le voile bleu de Marie est un chemin qui guide vers l’enfant ; il peut évoquer aussi celui de la Vierge au sommet du tableau de Maxim Kantor, « Merry Cathedral », récemment donné à Saint-Merry et placé dans la chapelle de Communion. L’enfant est réalisé en bois, de la même matière – de la même chair- que Joseph et Marie. Le bœuf et l’âne sont aussi en bois, ils appartiennent au vivant et sont proches des hommes.

Les autres sont plus complexes : la Crèche 21 de Saint-Merry appelle à lire toutes les formes de vie qui sont en germe, en train de naître et préparent un monde nouveau. C’est une crèche qui se veut d’aujourd’hui car le groupe n’a pas souhaité reprendre les personnages  saint-sulpiciens, jugés trop traditionnels[3], qui dorment dans les hauteurs de la sacristie.

La Crèche 21 sera bien sûr discutée comme tout ce qui se passe à Saint-Merry, d’autant que la lecture et l’émotion de Noël sont plurielles.

144 DSC00201La Crèche 21 enrichit la pastorale de l’art telle qu’elle a pu être vécue lors de la Nuit Blanche 2015[4]. Parce ce qu’elle s’inscrit dans la liturgie d’un temps d’église, elle est aussi un art de la pastorale.

Jean Deuzèmes

 

Retrouver la démarche Art/Cop 21 de Saint-Merry sur le site des arts visuels, www.voir-et-dire.net et www.saintmerry.org

144 DSC00337

[1] La crèche 2015 a fait l’objet d’un informel mini appel a projets (comme le sont maintenant les expos) auprès des six artistes : qui voulait participer à une crèche devant être pensée collectivement, par définition ? Elle a été localisée à la porte de l’église, côté Verrerie

[2] À Saint-Merry, la démocratie est une passion

[3] L’art saint-sulpicien correspond à une époque et à une politique précise des autorités religieuses du XIXème : réaliste, populaire et surtout technologique, puisque l’on a inventé des méthode de reproduction à l’identique de sculpture à des coûts accessibles. Il mérite d’être revalorisé, comme tout l’art de ce siècle que l’on trouve à Saint-Merry dans les chapelles nord.

[4] « La pastorale de l’art est une présence collective avant, pendant et à côté d’une œuvre lumineuse, en dialogue permanent avec un artiste inspiré.

 

Tags from the story
, , ,

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *