Un cri dans la nuit de Job

« Job, ici cette nuit dans cette église, de plain pied sur la rue, ouverte à tous les passants, est venu nous visiter. Son cri est celui des femmes et des hommes en grande détresse comme nous pouvons l’être un jour ou l’autre ». Le commentaire de Jacqueline Casaubon sur la Nuit blanche à Saint-Merry

Job. P. de Grauw

Job et ses amis sont là, à l’entrée de la nef. Ce sont de gigantesques et magnifiques sculptures, œuvre de J. de Grauw.

Elles sont en plâtre une matière fragile, qui s’effrite, devient poussière et qu’on écrase comme un rien. Cette fragilité nous fait percevoir de façon saisissante les traces des tensions sur le corps de ce malheureux Job.
Il est là dans son désarroi, mis à nu. Son visage défiguré par un cri qui n’arrêtera pas de résonner jusqu’à la fin des temps.

Danseurs et chanteurs, de blancs vêtus, par leurs corps en mouvement donnent chair à cette représentation. Ils accompagnent une musique tout à fait en harmonie avec ce drame humain.

Je suis intriguée par une vidéo installée à la croisée du transept. Un espace où l’on se croise, on se rencontre, on s’ignore. Justement dans la partie à droite de l’écran, un homme court au bord d’une route.
Il regarde derrière lui, apeuré, il fuit. On ne sait quoi, on peut imaginer : une vision d’horreur, un désastre, un drame personnel, le mépris, la violence, peur d’être massacré ? Est-il coupable, ou se sent-il coupable ? Rejeté par notre société ?
Dans cette dernière situation, comme on n’est plus rien, la tentation est forte de s’enfuir vers un ailleurs, vers nulle part… Épuisé, cet homme qui court va s’affaler. À travers son vêtement on perçoit les battements de son cœur.
À gauche de l’écran c’est toute autre chose.
À moins que… il s’agisse d’une autre forme de fuite ? Un homme, bien habillé, est présenté de face. Sur le bord d’une route nettement plus agréable que celle de son voisin de droite, il ne semble attendre personne. C’est nous qu’il regarde de temps à autre, seule relation avec l’autre. Impossibilité de communiquer, perte de son humanité. Qui est-il ? Personne ? Comme toute cette société qui nous enferme et nous manipule. Serait-il notre miroir, ou bien un juge qui condamne ? Aurait-il fui lui aussi à sa manière les tragédies du monde ?
Comment aller à sa rencontre, quel accès !
Contraste avec celui qui est à terre, on aurait plus facilement envie de le retrouver, de calmer son cœur haletant afin qu’il batte encore et encore…

Job, ici cette nuit dans cette église, de plain pied sur la rue, ouverte à tous les passants, est venu nous visiter. Son cri est celui des femmes et des hommes en grande détresse comme nous pouvons l’être un jour ou l’autre.
Après le cri de Job vient une parole, sa découverte, son espérance. La nôtre aussi.
Il s’adresse à Dieu :
« Je sais que tu peux tout…
Je ne te connaissais que par ouï-dire » (Jb 42, 2 et 5).

Jacqueline Casaubon

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