Cris ou chuchotements dominicaux

« Avez-vous remarqué la joyeuse indiscipline qui règne le dimanche après la communion ? Pourtant, ne croyons pas que le silence respectueux et hiératique fut toujours de mise dans nos églises... » La chronique d’Alain Cabantous

L'église Saint-MerryAvez-vous remarqué, mais c’est surtout aux habitués de la célébration dominicale que je m’adresse, avez-vous remarqué la joyeuse (?) indiscipline qui règne le dimanche après la communion ? Les uns, ne regagnant pas leur place pour mieux retrouver un visage connu, préfèrent échanger quelques nouvelles qui n’ont probablement que peu à voir avec la nature de la grâce efficiente. Les autres en profitent pour lancer une invitation à déjeuner ou pour fixer la date d’une future rencontre qui ne sera pas nécessairement centrée sur la théologie de la transsubstantiation. D’autres enfin font des signes plus ou moins discrets pour signifier au voisinage leur départ précipité mais nécessaire avant la bénédiction finale.

Le célébrant, les animateurs de chant et autres intervenants observent ces petits manèges avec étonnement, amusement et parfois agacement, regrettant peut-être le temps de l’obéissance et de la discipline ecclésiastiques, du recueillement encadré, où la nuque du paroissien de devant voire le chapeau de la paroissienne d’à côté pouvaient devenir l’objet d’une profonde méditation.

Liturgie dominicale à Saint-MerryPourtant, ne croyons pas que le silence respectueux et hiératique fut toujours de mise dans nos églises. Jusqu’à une date assez avancée, la fin du 18e siècle ici, le début du 19e siècle ailleurs, la nef, durant la grand’messe dominicale, bruissait de tous les excès possibles. Les témoignages de voyageurs, d’observateurs et de prêtres évidemment concordent pour dénoncer l’agitation permanente d’un peuple de fidèles « mal dégrossis » qui, circonstances atténuantes, restait debout plus de deux heures durant, dans des églises trop petites aux odeurs fétides et dont l’immense majorité regardait cette cérémonie sans comprendre le premier mot, latin oblige. Comment, dans ces conditions, ne pas être distrait, ne pas penser à toute autre chose que la prière ? Et, pour passer le temps, manger, boire, chiquer, deviser avec les voisins, se quereller, chasser les chiens qui venaient rôder et, mieux encore, regarder une jolie paroissienne avec une insistance peu équivoque…

Un médecin français, de passage à Lisbonne en 1790, décrit ainsi l’ambiance du dimanche matin dans une église de la ville : « Je vois des conversations suivies, des gestes, des éclats de rire ; j’y vois des personnes des deux sexes se sourire, se parler à l’oreille, se passer des billets doux ;j’y vois des femmes debout se parler pendant longtemps, d’une voix assez haute ; j’y vois des hommes ne pouvant rester en place, pirouetter, changer de lieu, de posture, lorgner les dames, rire, badiner, tourner le dos à l’autel sur lequel on célèbre le sacrifice. »Qu’on se rassure, ce n’était pas plus édifiant dans les temples réformés et l’attitude même du clergé romain jusqu’au milieu du 19e siècle durant la messe n’était pas toujours un exemple de pieuse componction…. Pareilles évocations ne sauraient bien sûr constituer un encouragement à la débauche mystique ou une incitation à amplifier les bavardages et les agitations qui saisissent une fraction de notre assemblée autour de 12 heures 20 le dimanche.

Alain Cabantous

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