De la Pâques juive à la Pâques chrétienne

La racine de la pâques chrétienne, c'est la pâque juive sur laquelle elle vient se greffer.

La racine de la pâques  chrétienne, c’est la pâques juive sur laquelle elle vient se greffer.

Retour sur le « parler la bouche pleine » du 13 mars 2016 avec l’intervention d’Elisabeth Smadja.

Rappel de la situation historique.

Les hébreux montés et installés en Égypte à cause d’une famine, sont, après la mort de Joseph qui en avait été le vice-roi, asservi dans un dur esclavage par un pharaon nouveau qui ne connaissait pas Joseph nous dit les Ecritures. Moïse est envoyé par Dieu auprès de Pharaon pour aller libérer son peuple car il a entendu sa plainte. Dix plaies vont s’abattre sur ce dernier et son pays avant qu’il n’accepte de libérer ce peuple pour qu’il aille servir son Dieu.

La fête de Pâques se situe la nuit de la 10e plaie, celle de la mort des premiers-nés. Les hébreux ont reçu le commandement divin d’immoler un agneau d’un an sans tâche, de mettre son sang sur le linteaux et les poteaux de la porte en signe distinctif afin que l’ange de la mort ne vienne pas frapper leurs premiers-nés. Cette nuit là, l’agneau est mangé moutonsentièrement, il ne doit rien en rester, avec du pain sans levain, pain azim, debout, la ceinture aux reins et le bâton à la main.

Ordre est donné de célébrer cette fête jusqu’à la fin des temps.

De nos jours dans le judaïsme, on mange pendant sept jours du pain azyme appelé le pain du pauvre. La nuit de pâques, autour d’un repas , on dispose sur un plateau trois matsa pains sans levain pain des herbes amères, symbole de la vie amère vécue en Égypte, une épaule d’agneau, un œuf dur, le harosset une pâte qui symbolise le mortier et on lit l’histoire de Pâques ; on boit quatre verres de vin pour terminer sur le hallel, psaume de louange..

Que signifie le mot Pessah, pâques en hébreu ?

Pessah signifie « passer par-dessus » « enjamber ». Dieu a « enjambé » les maisons juives et les a épargnées. Il est venu lui même disent les maîtres et pas un ange nous sauver sans que nous ayons de mérite, par grâce pure. La rédemption n’est pas un bienfait accordé à cause d’un acte mais par clémence divine dit-on dans la Guémara Sanhédrin.

Actualisation du sens de cette fête.

On remarque que tout tourne autour de la bouche, ce qui entre dans la bouche, ce qui en sort , établissant une relation entre ce que nous mangeons et ce que nous disons.

Pessah, c’est la fête de la « parole » Ce mot s’écrit avec trois lettres PS’H. La lettre Pé signifie en hébreu la bouche, et le mot Sa’H converser. C’est la fête de la bouche qui parle . qui« va parler » pour une délivrance de l’être par le verbe. la fête de la délivrance par la Parole. C’est pour cela que c’est une fête qui « raconte » l’histoire de la sortie d’Égypte, mitsraïm en hébreu qui lu méstarim signifie tristesse, limites, angoisses.

Avant d’en commencer la narration à la table familiale, le plus jeune fils de la maison a l’obligation de poser la question « en quoi cette nuit est-elle différente de toutes les autres nuits ? »

Ce questionnement va donner le signe de la transmission, de la lecture et de l’interprétation du texte et relate l’histoire des événements qu’ont vécu les juifs au temps de pharaon.

Pour que la parole « sorte », il faut que quelqu’un pose des questions. C’est sur la question que le père, les autres invités répondent ou rebondissent établissant un lien entre tous les convives quel que soit leur âge ou leur condition.

Le mot Pessah est intéressant dans la permutation de ses lettres. Cette bouche qui parle porte en elle ( ‘Hasaph) le « dévoilement ». Quand la Parole descelle la bouche de celui qui était muet, elle provoque un dévoilement dans nos vies pour une mise en mouvement qui nous sort de nos enfermements et de nos déprimes… Enfin le mot peut aussi être lu Sa’HaPh) qui signifie « balayer »Et hop, un grand coup de balai pour nettoyer toute notre maison, notre intériorité.

AzimeLe pain azim, ou pain sans levain se dit matsa en hébreu..

Le levain se dit ‘Hamets en hébreu. Il est fabriqué à partir d’un morceau de la pâte de la veille qu’on met dans la nouvelle pâte qui va fermenter. Le temps de cette fête se situe au printemps.

Faire le ménage du levain, est en quelque sorte faire un travail de libération de notre Égypte intérieure. Le fait qu’il n’y ait pour pâques pas de levain, marque le passage d’une nourriture ancienne à une nourriture nouvelle. La manne, le pain venu du ciel dont vont être nourris les fils d’Israël durant 40 ans. Toutes les valeurs « de l’Égypte » qui subrepticement se sont insérées en nous sont à chasser afin que ce soit notre propre être qui fasse le travail de notre identité sans qu’elle soit gonflé par les ferments des médias…

Le ‘Hamets dévoile le TséMa’H, mêmes lettres, c’est à dire le « rejeton de Justice », le Messie. En chassant et faisant disparaître toute trace de levain, cet orgueil qui fait enfler notre ego, nous laissons la place pour qu’advienne en nous, le messie, c’est à dire le Christ.

La Matsa est appelée le pain de pauvreté. Elle nous indique que notre chemin de libération passe par un chemin de dés-appropriation de notre histoire personnelle c’est à dire des affections et rancunes, des ambitions et croyances qui y sont attachées et qui y font obstacles, pour se laisser habiter par un autre, par le tout autre et sa parole d’amour…

Pâques chrétienne

La Pâques Chrétienne célèbre la Passion, la mort et la résurrection du Christ. La croix à dresser sur le monde, folie d’amour de Dieu, don du fils, naissance de l’église corps du Christ .

Sur le plan historique : le soir de Pessah, Jésus attablé avec ses disciples prononce les paroles suivantes :

« Pendant qu’ils mangeaient, Jésus prit du pain (la matsa); et, après avoir rendu grâces, il le rompit, et le donna aux disciples, en disant: Prenez, mangez, ceci est mon corps livré D. Bouts - La Cène - Louvain (détail)pour vous. Il prit ensuite une coupe ; et, après avoir rendu grâces, il la leur donna, en disant : Buvez-en tous, car ceci est mon sang, le sang de l’alliance, qui est répandu pour vous et pour la multitude en rémission des péchés. » (Matthieu 26:26-28)

En cette nuit, par ces paroles créatrice dites inscrites pour l’éternité dans le vivant tissu du temps et de l’espace, au cœur de tous les hommes, le christ verbe incarné de Dieu, se fait sacrifice. Il est l’agneau pascal, il donne sa vie pour racheter la nôtre. Il entre en pleine conscience et en plein accord avec lui même et le Père, porté par le souffle de l’Esprit, dans le processus de réconciliation que Dieu a transmis au fils d’Israël par l’intermédiaire de Moïse. Le rite du sacrifice expiatoire.

Sacrifice se dit quorban en hébreu qui signifie rapprocher, réconcilier. L’animal est consumé sur l’autel à la place du pêcheur repentant. C’est le sens du mot rançon, Kapara, recouvrement de la faute et du pardon pour rester vivant, rattaché à la source de toute vie.

Jésus ouvre la nuit de la pâque juive par ses paroles, l’alliance de Dieu avec Israël à tous les peuples, tous les individus, sans acception de personne.

Ces paroles sont reprises dans le rituel de la messe qui est un sacrifice. Par notre communion à son corps et à son sang, nous devenons son corps et son sang de Résurrection, nous vivons ce qu’il vit et nous participons totalement à l’œuvre de rachat qu’il a faite. Quand nous allons communier, non seulement nous vivons de sa vie de ressuscité mais à son imitation, en devenant par ce sacrement, son corps, nous devenons, nous aussi, vie offerte, pour les autres.

Elisabeth Smadja

1 Commentaire

  • Elisabeth Smadja ?*
    Tu écris  » Quand nous allons communier, non seulement nous vivons de sa vie de ressuscité mais à son imitation, en devenant par ce sacrement, son corps, nous devenons, nous aussi, vie offerte, pour les autres. »

    C’est lourd et indigeste : sacrement, corps …
    Ne pourrais-tu pas être plus simple ?

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *