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DÉCONFINER LA LIBERTÉ DES CULTES

Ainsi va la  « laïcité à la française ». Aux sommets de l’Etat, se manifeste désormais une intransigeance assez décomplexée vis-à-vis des cultes. Le Conseil permanent des évêques de France a pris acte « avec regret » de l’annonce du gouvernement du 28 avril.

C’était peu dire. Les célébrations avec assemblées ne pourront reprendre, si tout va bien,  que le 2 juin. Quel risque sanitaire prenait-on à rouvrir les lieux de culte le 11 mai ? Y avait-il un péril plus grave que dans les écoles pour nos enfants ou dans les transports en commun dans les grandes villes ?

La République est une, indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle se doit de respecter les convictions religieuses. Le premier article de la loi de 1905 le déclare sobrement : elle doit assurer la liberté de conscience et garantir le libre exercice des cultes « sous les seules restrictions dans l’intérêt de l’ordre public ». Mais de quel « ordre » parle-t-on ?

 Jusqu’à présent, les croyants, toutes religions confondues, ont fait preuve d’un grand civisme. Très peu d’infractions ont pu être constatées. En réalité, ces derniers jours, les responsables du Ministère de l’Intérieur et du déconfinement n’ont rien vu, rien entendu, rien appris en matière de gestion des cultes. Ils n’ont pas franchement reconnu la participation sociale, spirituelle des religions à l’organisation et la respiration de la nation. Ils n’ont pas vraiment vu les croyants qui accompagnaient les familles en deuil. Ni ceux qui organisaient avec efficacité un soutien de  voisinage ou distribuent des milliers de repas. Ni ceux qui prenaient soin des personnes dans l’armée, les hôpitaux, les EHPAD ou les prisons. Sans doute, beaucoup ne mettent pas leurs convictions religieuses en bandoulière. Mais ils ont répondu présents. Beaucoup d’entre eux aimeraient pouvoir se retrouver religieusement, en s’organisant de façon sécurisée, sans communautarisme. 

Le glissement d’une laïcité de l’État à une laïcisation de la société, repéré dès 2012 par le cardinal Ricard, ne fait que s’accentuer avec ce confinement interminable. Laïcité de l’État ne veut pas dire refus ou ignorance des religions. Pire même : volonté d’affaiblissement de leur rôle dans la vie publique. Sans aller jusqu’à cette hypothèse fâcheuse, on constate surtout le manque de connaissance grandissante concernant les fêtes religieuses. N’a-t-on pas proposé, dans les couloirs des ministères,  de fêter la Pentecôte le lundi suivant, qui n’a en fait rien de chrétien ? À cela, il faut rajouter la méfiance des autorités publiques devant l’inscription de l’Islam dans la société française. Dans le cas présent, il ne convient pas de « faire profil bas » mais de rappeler une liberté fondamentale.

Hélas, depuis le rassemblement des Pentecôtistes à Mulhouse, la suspicion plane sur les religions. Un bouc-émissaire facile a été trouvé. Faut-il rappeler que cette rencontre avait dûment été autorisée par la préfecture ? Que le président de la République était justement à Mulhouse pour d’autres manifestations, justement contre le communautarisme ? A-t-on enquêté par contre sur les contaminations à l’issue du premier tour des municipales ?

Les relations entre les Églises et l’État peuvent et doivent donner lieu à un dialogue respectueux. Non à un technocratisme sans intelligence des situations. D’ailleurs, n’est-on pas en train de nous promettre que l’état d’urgence sanitaire – c’est à dire des restrictions aux circulations, des mesures de confinement, un contrôle de l’économie et des réquisitions – vont durer, et pour longtemps ? Qu’en sera-t-il de la liberté d’aller et de venir, d’entreprendre, de se réunir ? On le voit, cette question de la liberté des cultes est emblématique de la vie démocratique, tout simplement. 

 Or des relations de courtoisie et de bonne entente sont plus que jamais nécessaire entre les cultes et l’Etat. Mais la décision du gouvernement n’est vraiment pas l’indice de relations apaisées et constructives avec les confessions religieuses. Le pays ne peut pas être en « état d’urgence  sanitaire » permanent et donner des prérogatives étendues à l’exécutif. Nous ne sommes ni dans un état de siège, ni dans un état d’exception.  

Bref, il sera temps, le « jour d’après », de mettre en place enfin un enseignement des faits religieux à la hauteur de ces enjeux pour que se vive mieux la fraternité dans la République. D’ailleurs, fort heureusement, au niveau local, la laïcité fait preuve d’ « accommodements raisonnables » autrement plus équilibrés.

                                                                                 Jean-François Petit

6 commentaires

  • N’est-on pas en train de vouloir faire resurgir de vieux démons ?
    Et , par ailleurs, que fais-tu des conséquences au niveau des musulmans ? Peuvent-ils réouvrir en plein ramadan , temps de rassemblement et de fête ? …auquel cas le gouvernement pourrait être jugé totalement irresponsable !
    Ou bien verrais-tu d’un bon oeil une difference de traitement entre les religions ?

  • cet article est désolant il nous ramène en arrière dans une lutte qui n’a pas à exister.nous vivons dans la cité avec les autres,en gardant un esprit civique,pas en lutte contre l’état,mais avec l’état contre le virus;
    cela passe par le confinement et nous l’acceptons.En ce moment il y a des rencontres très fortes qui passent par une autre sorte de communication qui va à l’essentiel.
    l’Esprit existe aussi à st Merry avec une grande ouverture et un avenir qui peut aussi changer de forme.

    j’ai des amis musulmans qui ne font aucune remarque et suivent les directives alors que c’est le moment des grandes réunions pour eux.Notre vie de fond ne peut que s’enrichir …
    Avec mon amitié Mireille

  • Le confinement n’est pas une sanction mais une précaution valable pour tout citoyen.
    J’ai admiré l’attitude des musulmans ne demandant aucun passe-droit pour le Ramadan.
    Le Christ ne nous invite-t-il pas à prier « dans le secret de notre chambre » ?

  • L’Eucharistie est indispensable à la vie du Chrétien, ce moment où par la transsubstantiation le Christ se joint à nous, ce moment où nous faisons mémoire de sa résurrection après sa mort, le rappel de l’alliance de Dieu avec ceux qui sont devenus prêtres, prophètes et rois.
    Tous les éléments de la vie du chrétien sont dans la messe : la demande de pardon pour les fautes avec le Kyrie, la reconnaissance de la gloire de Dieu avec le Gloria, la proclamation de notre foi avec les fortes paroles du Credo et bien sûr les deux moments importants de la Parole et de l’Eucharistie.
    Il est triste de ne pas se rappeler de ceux qui nous ont précédés sur le chemin du Christ, les Saints qui doivent être des exemples pour nous. St Merry a 2 tableaux pour se souvenir que le confinement et la peur peuvent être dépassés : Saint Charles Borromée qui durant la peste de Milan n’hésita pas à distribuer l’eucharistie aux malades atteints de la peste
    De plus nous ne pouvons pas être chrétien seul dans notre coin, nous faisons partie d’une communauté, alors certes il y a la prière individuelle chez soi dans le secret de sa chambre mais il y a surtout la prière collective dans ce bâtiment qu’on appelle l’église. Un bâtiment en pierres froides avec sa merveilleuse architecture et en pierres chaudes et vivantes avec les chrétiens qui viennent y prier.
    Alors oui la messe nous manques, la prière collective nous manques et il faut rouvrir les églises le plus vite possible: elles sont d’ailleurs moins dangereuses qu’un supermarché.

  • Ecrire que « Le Christ se joint a nous au moment de la transsubstantiation », c’est moins survaloriser un acte que minimiser singulièrement la permanence et l’ailleurs de la présence du Christ.  » Le Christ est toujours présent, c’est nous qui sommes absents » écrivait le théologien suisse Maurice Zundel,
    Durant cette période justement, tant d’autres façons de rendre vivant le Seigneur dans nos vies, celles de nos proches, celle de la cité. Tant d’initiatives spirituelles, tant de prières profondes et intimes, de célébrations domestiques ont vu alors le jour….Des formes de décléricalisation en quelque sorte. C’est aussi peut-être pour cela que d’aucuns demandent à cors et à cris la réouverture privilégiée des églises bâtiment. Bien sûr ces moments où nous rendons grâce collectivement sont essentiels. Mais dans quelles conditions encore aujourd’hui ? Les autres confessions chrétiennes ont été plus responsables sans accuser le gouvernement, qui n’a pas besoin de ça, de je ne sais quel soupçon de laïcisme dans une posture de victimisation. La question est ailleurs. Elle est celle de la place objective et du rôle et des moyens revendiqués par les catholiques pour « exister » dans la société française. Et, là, heureusement, la diversité existe encore.

  • Oui, cette force de vie qui a sa source dans nos rassemblements pour l’Eucharistie nous manque. Mais, je revis aussi ce que les disciples ont pu vivre après la mort de Jésus sur la croix: perte d’un repère vital, dépression, questionnement sur comment vivre sa vie maintenant…..
    Que nous dit l’Évangile à ce moment-là ? Ne me retenez pas allez en Galilée vous m’y trouverez.
    Alors, ne nous est il pas dit de ne pas se lamenter et de profiter de l’occasion pour oser aller vers l’inconnu, sans peur, car Il est avec nous ! Et dans les temps suivants quand nous pourrons revivre l’Eucharistie nous la vivrons avec une autre densité de sa Présence réelle, car si elle nous est donnée pleinement, aucun de nous ne l’accueille dans sa plénitude. N’est-ce pas l’occasion de repérer là où nos habitudes fixent nos vies à des formes d’idolâtrie ?

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