La lecture du Cantique des Cantiques m’a toujours bouleversée… Je n’en sors jamais indemne. En vérité, ce chant me tient aux entrailles : je me sens comme appelée, tirée hors de moi par les mots que j’entends et toute mon âme crie son désir de sortir de mon corps, de s’arracher à la pesanteur de cette matière qui la limite et la retient. Mais toujours je retombe, jamais je ne décolle.
Et je crois que mon corps est une prison. Je lève alors les yeux sur toi Seigneur et je sais, qu’au contraire, mon corps est le lieu de mon envol.
Un Dieu qui se fait chair, c’est une folie dérangeante dont personne ne veut parce que cela oblige à la présence, à la relation, au « être là », à l’amour : celui qui se donne, sans rien prendre.
Un Dieu qui se fait chair, c’est une réalité trop crucifiante… On ne saurait qu’en être meurtri…
C’est dans nos corps, par nos cinq sens, que nous sommes à même de t’aimer Seigneur, que notre union est possible, comme le chantent à nos oreilles les voix du bien-aimé et de la bien-aimée du Cantique des cantiques. 

Chapitre 2

8) C’est la voix de mon bien-aimé !

Sa voix est telle la brise légère qu’Elie entendit au Mont Horeb, voix d’un fin silence, qui chasse tous mes bruits.
Il me dit : « Debout, lève-toi, va pour toi, va vers toi-même ». Les mêmes paroles que Dieu avait dites à Abraham. Lève-toi, mets-toi debout, en route, pour aller vers toi-même, te relier à ce que j’ai mis d’unique et de singulier en toi. Ce chemin conduit à la terre promise où je demeure, et où dans ton corps devenu Temple, nous nous rencontrerons. 

17) Avant que fraîchisse le jour, que s’effacent les ombres, rebrousse chemin, et sois pareil, mon bien-aimé, au chevreuil ou au faon des biches sur les montagnes déchiquetées. 
Tout le long du Chir a chirim, la bien-aimée compare son bien-aimé à une gazelle et à un faon. 
La gazelle se dit, tsvi.
Dans le verset l’expression employée est : létsvi. La préposition de comparaison est collée au nom. On peut alors lire en permutant les lettres, le mot tselvi qui signifie, « ma croix ».
Mon bien-aimé est comme l’arbre de la Croix, qui ruisselle de myrrhe, de ses blessures suinte une résine de prix, sang et larmes, sève de vie pour le rachat, le pardon et la résurrection. Se saisir des branches de cette croix-lyre pour en extraire les plus beaux chants d’amour et de louanges et chanter le chant nouveau de la délivrance.
Le cerf est le roi de la forêt, quand il recherche une compagne son appel rauque est irrésistible. Ainsi en est-il de l’appel de Dieu. Son amour plus fort que la mort, nul ne saurait l’entendre sans en être ébranlé jusqu’en ses fondements, sans y répondre.
Le faon se dit, Opher. Ce mot, lu Aphar signifie cendre. Cendre sur mon front, poussière du mercredi des cendres, signe de la folie d’amour d’un Dieu qui nous aime jusqu’à nous donner son fils pour qu’aucun d’entre nous ne se perde. 

Ô croix de Jésus Christ, ô croix dressée sur le monde !

Lieu des plus grandes grâces : le rachat de toutes les fautes, la réconciliation avec le Père, la rédemption. Prendre nos croix et te suivre, Seigneur, et réaliser à ton imitation toutes ces choses. 
Point de jonction entre l’homme et Dieu : ta blessure et ma blessure, Seigneur ! Transformé par cette rencontre, mon cœur de pierre devient cœur de chair, cœur du Christ, cœur de Dieu.
Folie pour les uns, scandale pour les autres. Pour nous, folie d’amour du Père et du Fils que nous contemplons avec tremblement. 
En silence. 
Touchés au cœur. 
C’est là, dans l’intime de notre intime, que l’Agneau de Dieu vient nous rejoindre et nous parler. C’est là que sa voix est entendue. 
Percutant le temps et l’espace, elle entre en résonance avec chacun d’entre nous, s’accordant à son âme qu’il accorde pour le salut du monde.

Élisabeth Smadja

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