Des citadelles ou des ponts ?

En ces temps où la politique et le religieux s’invitent dans nos réflexions, nous pourrions peut-être exploiter ce testament de Jésus affirmant que le Père demeure en lui, et qu’il demeurera de même dans ceux qui agissent selon sa volonté, consigne (politique ?) aussi exigeante que peu précise, après avoir déclaré : « il y a de nombreuses demeures dans la maison de mon Père » (Jn, 14,2).

Nous ne sommes donc pas contraints de passer par une seule porte conduisant à une seule pièce, et c’est aussi le sens d’un message de Patrick Léger, des Sources des 7 Dormants, une association qui rapproche plusieurs confessions sans exclure les personnes athées en recherche spirituelle. Il écrit à propos de la diversité de ces approches : « Les religions, même menacées, perdurent moins en raison de l’ordre qu’elles édictent que de la puissance poétique et spirituelle qu’elles déploient. Et c’est la puissance poétique et spirituelle qui suggère, non pas un ordre mais une harmonie. » Il rappelle que parfois la cacophonie, ou la dé-cadence sont nécessaires et créatrices d’harmonie : « quand les soldats marchaient au pas cadencée, ils arrêtaient de se comporter ainsi au passage d’un pont pour éviter de le faire rentrer en résonance et qu’il ne s’écroule. » Ils dé-cadençaient alors, mais avançaient ainsi ensemble.

Comment faire, donc, pour que les ponts qui permettent de se retrouver en surmontant des obstacles puissent passer aussi par des re-ligions qui relieraient au lieu de reléguer autrui ou de relire en boucle leurs propres convictions… Et pour que la politique, de même, au lieu de fortifier des citadelles s’affrontant, parfois exclusives ou excluantes, dessine un réseau libre de demeures variées et hospitalières…

Comment, si ce n’est en nous pensant frères ?

Marguerite Champeaux-Rousselot

Billet du dimanche 26 mars 2016

 

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