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Des nouvelles de nos réfugiés

Le Collectif Logement du Centre Pastoral a voulu compléter les actions d’accueil du Réseau Chrétien-Immigrés en mettant à disposition des logements pour des réfugiés, répondant ainsi à l’appel du pape François.

Depuis 2016, les membres de la Communauté ne sont pas restés les bras croisés en ce qui concerne l’accueil des réfugiés. Par leur volonté d’accueillir et d’accompagner, par leurs dons ponctuels et leurs retraits bancaires mensuels, ils ont permis :                

1 – De louer un studio rue Jean-Jacques Rousseau dans lequel ont été logés une maman et ses deux enfants de 4 et 10 ans. Nous avons trouvé à madame des petits boulots de femme de ménage et de cuisinière, les enfants vont à l’école et tout le monde est en forme. Nous espérons lui trouver bientôt un logement social définitif car le studio actuel est vraiment trop petit.

2 – L’acquisition de droits à loger successivement six familles de réfugiés dans deux appartements acquis par SNL (Solidarités Nouvelles pour le Logement) dans le Marais : rue des Nonnains d’Hyères et quai de Gesvres.
Dans le cadre des droits acquis par le partenariat Equipe pastorale de Saint-Merry et SNL, nous avons logé temporairement pendant deux ans une maman et ses trois grands enfants, puis ils ont été relogés définitivement dans un logement social de la Ville de Paris.
Actuellement dans ce cadre nous logeons temporairement deux familles :
– Papa, Maman, petite fille de 4 ans avec un bébé en route pour 2021.
– Papa, Maman et 3 grands enfants.
Nous avons donc encore la possibilité de loger trois autres familles, dès que ces deux dernières auront été relogées dans un appartement pérenne.

3 – Il faut dire également que conformément au partenariat établi avec SNL, trois membres de la communauté se sont portés volontaires pour accompagner les nouveaux locataires, ce qui a permis de créer en plus du Groupe de solidarité Paris Centre un second groupe de Solidarité : Paris Marais, dans le centre de Paris. La générosité de ces volontaires doit donc être saluée et félicitée. Nous en profitons pour lancer un nouvel appel pour que d’autres personnes de la communauté viennent les rejoindre car un logement c’est bien, mais l’accueil et l’aide fraternelles sont indispensables. (Inutile d’épiloguer sur ce que c’est que de traverser la Méditerranée ou marcher à pied en fuyant la guerre ou la faim).

Il est donc clair que la réponse du Centre Pastoral à l’appel du pape François n’est pas restée lettre morte, elle a porté et porte encore du fruit.

À l’heure où l’Europe entasse les migrants dans des camps, derrière les barbelés qu’elle installe à ses frontières,
à l’heure où l’Italie immobilise volontairement les navires de sauvetage en mer provoquant la noyade de centaines de migrants, il est bon de savoir que des Chrétiens du Centre de Paris refusent ces options politiques en se souvenant du message de l’Evangile fêté dans toutes les villes de cette Europe à travers un bébé couché dans la paille sous des cartons d’emballage – ainsi représenté par la crèche de Saint-Merry.

28 décembre 2020   
Pour le collectif Réfugiés : Bernard Sadier, Céline Dumont

PS : Un point détaillé de la situation financière 2020 sera fait en février (contact : 01.48.24.82.93)

Témoignage d’un locataire de Solidarités Nouvelles pour le Logement : Kamel, 52 ans          

 « J’ai connu la galère dès mes 22 ans. Avant, j’étais photographe. Une année, j’ai même été à Cannes faire des clichés lors du Festival. Mais je ne me sentais pas fait pour ce métier, alors, un jour, j’ai tout lâché. Je n’ai pas voulu revenir m’installer chez mes parents : nous étions déjà huit (six frères et mes parents) à vivre dans 9 m2 !
Alors j’ai commencé à dormir dehors. Quand mes parents me demandaient où je vivais, je leur mentais pour ne pas les inquiéter… J’ai dormi un peu partout… Avec mon ami Marlaroux, j’ai d’abord vécu dans un squat près de Montreuil. Mais la Mairie nous en a chassé pour construire… un hôtel. C’est comique quand on y pense, non ? Après, on dormait où on pouvait :  dans des cages d’escalier, dans des parkings… L’été, on dormait dehors, sur des bancs ou par terre. En hiver, quand il faisait vraiment trop froid la nuit, on allait aux Urgences des hôpitaux. On ne voulait pas risquer de mourir congelés pendant notre sommeil ! Ils nous gardaient pour la nuit et le matin, on recommençait à zoner. À force, on commençait à être connus, et chaque fois que l’on venait, ils nous donnaient à manger.

Un jour, on a découvert une issue de secours ouverte, à côté du périph’, Porte de Clignancourt. C’était grand, presque 500 m2. On a pu aménager l’espace : un coin chambre, un coin cuisine… Et, chose rare : grâce à un petit branchage que j’ai pu faire, on a eu de l’électricité. Ça nous a permis d’avoir un peu de chauffage et de quoi faire cuire notre nourriture. En revanche, il n’y avait pas d’eau. On est resté là sept ans. On dormait la journée et on se levait à 17 heures. La nuit c’est moins dur d’être SDF car on ne voit pas les gens.

Faut dire que j’avais un peu la haine contre eux. C’est sûr qu’ils n’y étaient pour rien dans ce qui nous arrivait, mais ça faisait vraiment trop mal au cœur de les voir rentrer chez eux, se dépêcher de faire des courses avant d’arriver dans leur appartement ou leur maison alors que nous on vivait comme ça ! Alors on préférait être en décalé. On s’occupait en regardant la télé. On buvait aussi, mais aujourd’hui on a arrêté tous les deux. Le soir, les Restos du Cœur passaient nous apporter à manger. Parfois, ils nous donnaient des vêtements et des duvets.

L’association les « Enfants du Canal » s’est aussi occupée de nous.  C’est eux qui nous ont mis en contact avec SNL. Quand ces derniers m’ont dit que je pourrais avoir un appartement, je n’y croyais pas !
Le jour où j’ai visité mon studio ? Un rêve éveillé ! Je me suis senti sauvé et en même temps, j’avais tout le temps peur que ça s’arrête, peur de me retrouver encore à la rue. Encore aujourd’hui, je préfère me priver de nourriture, plutôt que de risquer de ne pas pouvoir payer mon loyer et d’être obligé de partir. Quand j’ai obtenu l’appartement, ça a été un des plus beaux jours de ma vie. J’ai, sans hésiter, proposé à mon ami de s’installer avec moi ! Vingt ans de galère ensemble, ça ne s’oublie pas, je n’allais pas l’abandonner !  D’ailleurs, dans le quartier, on nous appelle “les inséparables“
. » 

CatégoriesSolidarité

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