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DES PRÊTRES DANS L’ÉPIDÉMIE

La crise du coronavirus a touché aussi des prêtres en France. Trois en Alsace, plusieurs autres cas en France. Pas moins de 12 jésuites sont morts en peu de temps, mais aussi 6 capucins.  C’est surtout le grand âge qui fait disparaitre des générations entières.  Des figures comme Henri Madelin, Philippe Lécrivain, André Manaranche, René Marichal, Xavier Nicolas,  l’islamologue Maurice Lelong, Dom Bernard Ducruet, osb,  François de Gaulle, missionnaire de la première heure au Burkina Faso… et des prêtres moins connus. L’épreuve est bien là, pour eux aussi.

Privés physiquement de fidèles, vivant dans un corps plus fragilisé – la moitié des 15 000  prêtres en France ont plus de 75 ans – certains, malgré leur courage spirituel, ont du mal à appréhender  l’avenir. Un seul exemple : dans l’Aveyron, là où ils étaient 600 il y a 30 ans, ils ne sont plus qu’une trentaine en activité. 

Paradoxalement, le confinement invite au réinvestissement en profondeur des sources religieuses. La Bible n’a jamais été autant vendue ! Est-ce cela qui va faire remonter la courbe des entrées en séminaire ? On peut en douter. En 2015, le total des prêtres ordonnés dans les 105 diocèses français n’était que de 68. Cela n’était jamais arrivé.  Il était de 125 en 2019.

Les plus jeunes se dépensent sans compter, au risque, déjà avant le COVID, de l’épuisement. Les plus âgés – y compris les évêques en retraite – sont encore sur le pont. Sans larmoyer, les Eglises sont aujourd’hui à pied d’œuvre face à l’épidémie. Le président de la République n’y a pas fait allusion dans sa dernière allocution. Pourtant, ces derniers jours, une pastorale numérique s’est développée à vive allure. Des permanences téléphoniques ont lieu. Des préparations à distance ont été mises en place. Les équipes d’animation pastorale fonctionnent par visioconférences. Tout cela concourt fortement au maintien du lien ecclésial et social, y compris pour les moins connectés et les plus fragiles.  Comment, dans les conditions si particulières de l’épidémie, témoigner de la bonté et de la charité ?

 Pour répondre à cette question, il faudrait voir les contraintes spécifiques qui pèsent sur chacun des prêtres. Leur perception des enjeux. Les actions qu’ils mènent. L’échelle de la prise de décision, c’est-à-dire de l’exercice de leur liberté d’interprétation et de choix, en situation de confinement. C’est le cas pour les nombreux prêtres étrangers en mission en France, inquiets pour leurs pays d’origine. 

Certains prêtres vivaient la pastorale avec une conception quasi-privative de la sacramentalisation.  Dépouillés de ce ressort, ils se rendent compte que ce n’est plus suffisant. L’incertitude du statut et de l’avenir « égalitarise » les conditions d’exercice du ministère. Il n’est plus question de s’enfermer dans un « docte savoir ». Mais de faire son devoir de pasteur,  notamment devant des personnes mortes, enfouies nues dans des housses, que les familles n’auront pas pu voir pour un dernier adieu. Sauf à payer un supplément. Sans compter les frais supplémentaires. Ceux-ci ont donné lieu ces derniers jours à Rungis, à des marchandages sordides.

Le Conseil des Eglises chrétiennes en France, à l’occasion de Pâques, a proposé de solides orientations : Inventer des signes de fraternité. Mutualiser  les ressources et les moyens disponibles en situation de confinement. Développer des gestes de solidarité. Multiplier les  services. Rester attentifs à la cohésion de la société. Comme les chrétiens, les prêtres sont appelés à avoir « un regard non confiné sur eux-mêmes ni sur la crise sanitaire » (sic). 

Assurément, la pandémie révèle l’ardeur apostolique des uns et la solitude des autres, encore rétifs à des changements inévitables. Quel type de pastorale sera possible après le 11 mai ? Donnera-t-elle lieu à une nouvelle conscience de la responsabilité presbytérale ? Comment mieux travailler avec des laïcs ? Y aura-t-il des pèlerinages solennels comme après la Seconde Guerre Mondiale, où des milliers d’entre eux furent internés à Dachau, dont le Père Gerard Pierré, disparu récemment ? Ces interrogations restent ouvertes pour l’instant.  Elles sont une chance pour l’annonce de l’Evangile.

Un dernier signe. Le confinement créé des espaces d’écriture par internet. Cette expansion du littéraire est parsemée de détails qui « déchirent les codifications tautologiques et troublent les sommeils dogmatiques » (Michel de Certeau). Certains prêtres ont pris le risque d’exposer aussi leur sensibilité en ce domaine. On ne les blâmera pas.

                                                                                             Jean-François Petit

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