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Dieu vu du bas, lettres à des amis de tous bords

Un livre vient de paraître dont le sous-titre est très proche du livre de Spong également présenté et son auteur bien connu des habitués de Saint-Merry : Jacques Debouverie, Dieu vu du bas, Lettres à des amis de tous bordspréface de Jacques Gaillot, Futurbain, 2020, 195 pages, 12 euros.
Les lettres écrites par Jacques Debouverie, ingénieur-urbaniste et diacre, sont des réflexions nées de rencontres, de personne à personne, au hasard de différents engagements. Elles ne sont pas réservées aux chrétiens mais les interlocuteurs ou interlocutrices sont des « chercheurs de sens ». S’il y est question de Dieu, c’est toujours « vu du bas », du terrain. Dans sa préface, Jacques Gaillot écrit : « Les discours sur Dieu ne me parlent plus ou si peu ! Mais quand quelqu’un parle bien de l’être humain, il me dit quelque chose de Dieu. » Ces 13 lettres n’ont pas été envoyées, au moins dans leur intégralité, à leurs destinataires. C’est l’esquisse ou le prolongement d’une conversation. Debouverie, comme Spong, cite Paul VI : « Il faut que l’Église se fasse conversation ».
La première de ces lettres, neuf petites pages, est adressée à une travailleuse sociale salariée dans une association dont Jacques est le bénévole responsable. Elle ne croit pas en Dieu, mais ils sont tous deux « émerveillés par l’insondable mystère que représente l’humain ». Ce qui frappe Jacques chez elle, et qui semble partagé, dit-il, par beaucoup de jeunes Français, c’est son « indépendance spirituelle », elle est libre à l’égard de toutes les croyances et de toutes les églises, une indépendance dont Jacques paraît jaloux. Les religions, elles, ont tendance à y dénoncer bricolage et relativisme, alors que pour Jacques cette indépendance est une chance pour le christianisme. Le message de l’évangile n’appelle-t-il pas à un « dépassement radical de la religion traditionnelle puisque l’amour de Dieu et du prochain l’emporte sur le culte » (Marc 12, 33)? Et Jacques de conclure : « Dieu ne nous sépare pas, toi ma sœur croyante en l’homme et moi le croyant en Dieu, donc d’abord en l’homme. »
La construction et le ton de cette première lettre se retrouvent dans celles qui suivent dont voici un rapide survol :

Jacques Debouverie
  • Avec Rachid, rencontré à l’occasion des funérailles de sa voisine de palier, plus intéressé par le Dieu de Spinoza que par celui de Jésus, la conversation se fait plus philosophique.
  • Avec Juliette pour qui « si Dieu existe, il ne peut pas être une personne », c’est Paul Tillich et le piège du théisme qui est convoqué, comme chez Spong.
  • Pascale a traversé des drames, elle est viscéralement attachée à la personne du Christ, fait des études de théologie et mène un « combat spirituel ». 
  • Vincent était venu saboter dans l’église la « Nuit sacrée » qui réunissait des chorales chrétiennes, soufis, bouddhistes et autres. Jacques faisait partie du service d’ordre et a entamé avec le perturbateur une longue conversation à propos du « sacré ». Elle se prolonge dans cette lettre. 
  • Avec Marie et Julien, venus à Saint-Merry pour le baptême de leur petit Théo, on parle des « mots de la foi », des écrits de Marion Muller-Colard et de Maurice Zundel. 
  • Enfin avec Arnaud, un diacre auteur d’un article de presse, de la réinvention des ministères, d’un essai de définition commune de ce qu’est un diacre et de l’attente d’une « déclaration d’abandon de pouvoir de la part de tous les clercs ».

Au fil de ces rencontres, il est question non seulement de Baruch Spinoza, Paul Tillich, Marion Muller-Colard ou Maurice Zundel, mais aussi de Christiane Singer, Maurice Bellet, Alain Badiou, François Cheng, Pierre Teilhard de Chardin, Michel de Certeau, Joseph Moingt, Emmanuel Mounier… Paul, Marc, Mathieu, Jean, François, et bien d’autres encore.

« À partir de là, comme le souligne Jacques Gaillot, chacun a la parole et toutes les paroles dignes se valent. »

Jean Verrier

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Jean Verrier

Universitaire à la retraite (Paris 8, département de littérature, de 1970 à 2000). Membre du CPHB, devenu le Centre pastoral Saint-Merry, depuis 1987. Sept petits-enfants.

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