D

Dimanche 1er novembre. “Heureux, Saints, Vivants”

“Bien-aimés, voyez quel grand amour nous a donné le Père
pour que nous soyons appelés enfants de Dieu – et nous le sommes.” (Jean 3, 1)

PSAUME 23 (24), 1-2, 3-4ab, 5-6
Voici le peuple de ceux qui te cherchent, Seigneur !
LECTURE de la première lettre de saint Jean 3, 1-3
« Nous verrons Dieu tel qu’il est »
ÉVANGILE selon saint Matthieu 5, 1-12a
« Réjouissez-vous, soyez dans l’allégresse, car votre récompense est grande dans les cieux ! »

Accueil

Saint-Merry vous accueille fraternellement en cette fête de tous les saints, en cette célébration que nous avons la chance de pouvoir vivre ensemble et  qui deviendra peut-être un souvenir lumineux  dans une période sombre. Sur le lutrin, les mots ont un peu l’air à côté de la plaque… Ils étaient dispersés dans nos textes mais formaient ensemble une Bonne Nouvelle, un constat autant qu’un appel, le chemin  d’une vie sur cette terre à confondre avec une vie dans les cieux, une ouverture inconditionnelle à tous.
Tous, car croyants ou non, l’énergie courageuse d’un enseignant convaincu de valeurs  à semer comme la volonté priante de trois personnes matinales à Nice me les font ranger au nombre des « bienheureux » de l’Évangile.
Saints, heureux, vivants… ils l’étaient malgré les douleurs et les difficultés.
Saints, heureux, vivants… ils le sont pour nous,  ils le seront selon notre foi. 
Tous, connus et inconnus, visibles ou non. Pensons justement à ceux qui sont avec et parmi nous aujourd’hui, même s’ils sont invisibles.
Nous prions en particulier avec Isabelle et Philippe son mari qui est ici, tous deux membres de l’équipe pastorale, avec leurs  enfants, leur famille et leurs  amis. Quand Isabelle est éveillée, nous dit-il, son sourire est rayonnant. Elle est sur une ligne de crête où elle avance sans qu’on puisse vraiment la suivre.
Prions avec nos amis, Élisabeth, Hélène, Anne et bien d’autres,  témoins en marche qui nous apprennent à repousser avec eux  les frontières.
Prions avec ceux qui nous ont déjà montré ce chemin.
Prions avec eux, pour eux, grâce à eux.
Et,  pour rendre grâce pour ces vies et demander la force, entrons tous ensemble de tout notre cœur dans cette célébration, au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit.

                                                                              Marguerite Champeaux-Rousselot

Chant : Heureux les hommes au cœur de chair (W100)

écouter le chant

Heureux les hommes au cœur de chair
Ils deviendront printemps du monde
L’amour fait fondre nos hivers
Il est soleil où Dieu s’annonce.

Sur nos montagnes sans clarté,
reviens Jésus nous révéler
les premiers mots de ton mystère.
Nous avons faim de cet Esprit
qui peut donner à toute vie,
la joie plus vaste que nos terres.

Dans nos déserts de pauvreté,
nous n’avons pas toujours trouvé
un ciel ouvert à ton Royaume.
Nous avons faim de ton Esprit,
pour qui tes lèvres nous ont dit :
“Heureux les hommes au cœur de pauvre.“

Si ta douceur nous est fermée,
qui donc Seigneur pourra briser
nos cœurs de pierre et sans partage ?
Nous avons faim de cet Esprit
par qui les humbles ont accueilli
un Dieu tendresse en héritage.

Les innombrables affligés
pourront-ils être consolés
s’ils ne voient pas que tu les aimes ?
Nous avons faim de ton Esprit,
Toi qui pleuras sur ton ami
pour mieux crier “Je te relève”.

Le juste mort et l’affamé,
quand seront-ils des rassasiés
dans un Royaume de justice ?
Nous avons faim de cet Esprit
par qui renaît dès aujourd’hui
le chant nouveau des terres libres.

Toi l’artisan de toute paix,
dis-nous comment la recréer
dans notre monde au bruit de guerre.
Nous avons faim de cet Esprit,
qu’il souffle encore sur nos pays
un vent d’amour qui régénère.

Des béatitudes pour aujourd’hui

Les deux textes que nous venons d’entendre, l’évangile de Mathieu 5, 1-12 et la 1ère lettre de Jean, 3, 1-3, sont liés, s’enchaînent et même se répondent l’un à l’autre : dans la lettre de Jean, grâce au grand amour dont le Père nous aime, nous sommes « appelés enfants de Dieu », bien plus : « Nous sommes enfants de Dieu ! »,  même si cela n’est pas encore « complètement manifesté. »  De même pour Mathieu, le Royaume des cieux est déjà là, au présent, mais il est également à venir, avec des verbes au futur.
Revenons sur le texte de Mathieu : d’abord une ligne pour suggérer le cadre de la scène : « Jésus gravit la montagne, il s’assit, et ses disciples s’approchèrent de lui ». Cadre déjà réceptif aux paroles de Jésus qui, effectivement, ouvrant la bouche « les enseignait, il disait ». Et que dit-il ?
« Heureux » ! « Heureux » ! « Heureux » … oui, ce mot scande toutes ses paroles !
« Heureux ceux qui… », « heureux » les pauvres de coeur, les doux, les miséricordieux, les artisans de paix, les assoiffés de justice, neuf occurrences de cette construction avec l’adjectif « heureux » associé à un groupe de personnes, ce que nous, êtres humains, connaissons, ressentons, vivons : ces états du cœur et de l’esprit, des comportements, des actions, des larmes, des combats, des persécutions. Oui, toutes ces catégories d’« Heureux » disent le Royaume de Dieu : et si ce texte peut être vu comme un programme, voire un ensemble de recommandations, il est sans doute autre chose.  Cet « enseignement » de Jésus est pour nous, pour ses disciples -d’hier et d’aujourd’hui- comme un élan, une force qui nous met en mouvement, qui nous lance en avant !
Aujourd’hui, nous pleurons, horrifiés par des actes barbares qui détruisent des vies et défigurent l’humain. Et voilà les paroles de Jésus qui nous disent la bonne nouvelle du royaume, le bonheur, la sainteté, la vie : « Heureux, Saints, Vivants ! » est-il écrit sur le lutrin.
Folie peut-être ? À contre-courant ? Mais n’est-ce pas ce monde-là que nous voulons, auquel nous voulons croire, auquel nous croyons, au fond de notre cœur brûlant ? Et n’est-il pas déjà là, ce monde habité de personnes qui, de tant de manières, ont vécu ou vivent les Béatitudes ?
Ne nous privons pas : nous pensons à des femmes et des hommes qui illustrent ces béatitudes dans leur vie ? Alors évoquons-les, réjouissons-nous, partageons notre joie.

Céline Dumont 

Le micro est ouvert !

​Heureux les femmes et hommes qui refusent la haine, tel Antoine Leiris qui déclare aux assassins de sa femme au Bataclan “vous n’aurez pas ma haine”.
Heureux les bien-portants qui se mettent à la place des handicapés et des malades.
Heureux ceux qui sont inscrits à un parti et savent tirer profit des discussions et des critiques qu’on leur fait.
Heureux les croyants qui comprennent qu’un autre peut ne pas croire pareil.
Heureux les intelligents qui, dans les discussions, ne se laissent pas aller au plaisir de vaincre mais utilisent leur talent avec délicatesse et respect.
Heureux les personnalités politiques qui savent se remettre en question et accepter calmement les différences et les suggestions.
Heureux les costauds qui savent résister à la facilité du coup de poing ou des coups de gueule pour clore une discussion.
Heureux ceux qui usent leur santé à nous soigner et à nous enseigner à rester le mieux portants possible pour que chacun allège le devoir de la solidarité et de la fraternité.
Heureux ceux qui ont du pouvoir et acceptent d’en perdre s’ils voient qu’il est injustement acquis.
Heureux les espérants contre toute espérance, car ils cultivent la confiance.
Heureux ceux qui cherchent…
Heureux ceux qui partagent…
Heureux ceux qui osent être et dire ce qu’ils pensent, quoi qu’il leur en coûte.

Les saints, Fra Angelico, église du couvent Saint Marc à Florence, 1423-24, National Gallery, Londres

Que sont mes amis devenus ?

En ce temps de pandémie, de confinement et d’isolement, je ne me suis jamais posé cette question, aggravée par la fracture numérique, avec autant de fréquence et de force. Car l’enfermement se prolonge, voilà des mois que cela dure, et comme des exilés nous ne savons pas quand ça finira. Si bien qu’à la longue la question elle-même pourrait s’effacer, et l’oubli l’emporter.
Que sont mes amis devenus ? La question me taraude, mais à qui l’adresser ? Parfois nous apprenons avec surprise et tristesse la mort de l’un d’entre eux. Son nom rejoint les noms de ceux qui, dans la Communauté, nous ont quittés cette année : Jacques Ledru, Sabine Morin, Geneviève Sans oublier les noms des victimes des derniers attentats, celui de Samuel Paty, devenu familier à tous les Français, et ceux des victimes de Notre-Dame de Nice jeudi dernier.
Ce dimanche de la Toussaint 2020 mêle plus qu’une autre année les vivants et les morts.
François nous dit : Fratelli tutti, tous frères, tous saints et saintes, alors le ciel n’est plus peuplé de saints inconnus, ou d’anges, il nous devient plus familier, disait le père Sertillanges, c’est un peu une maison de famille, et notre prière se prolonge, au ciel comme sur la terre.
Que sont nos amis devenus ?

                                                                              Jean Verrier, pour le groupe « Que sont nos amis devenus ? »

Méditation à la manière d’une prière eucharistique

Dieu notre père, nous sommes ici pour te glorifier et te rendre grâce. Même si la situation générale n’y invite pas, même si elle ne pousse pas à l’euphorie. Oui, nous voulons te remercier pour la création qui nous enchante quand nous sommes en harmonie avec elle. Quand nous goûtons des couleurs actuelles : les jaunes, la gamme des ocres, les rouges, elle nous invite à vivre comme toi, Dieu notre Père, le Saint, c’est à-dire le VIVANT. Nous te remercions surtout par ton Fils, notre Seigneur, Jésus-Christ, qui nous a appris, qui nous apprend à vivre tournés vers Toi et tournés vers les autres, à être saints. Car la sainteté c’est la VieEt la vie c’est Toi.C’est pour cela que nous te louons et nous te chantons.

L’abandon, Jésus l’a connu : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » La mort aussi il l’a connue : « Ma vie personne ne me l’enlève. Je la donne. » Mais tu as été plus fort que la mort et, par ton Esprit, tu l’as ressuscité, et il est le Vivant, le Saint. 

C’est pour cela que nous faisons son mémorial. Le mémorial de sa vie, de sa mort et de sa résurrection et nous l’attendons dans la joie de l’espérance. 
Les béatitudes ce n’est pas une feuille de route mais un horizon. Et comme dans tout horizon, derrière lui il y a un autre. Notre vie, d’un horizon à un autre, ne peut pas être traversée sans aide. C’est ainsi que nous te demandons la force de ton Esprit pour nous, pour notre communauté, pour l’Eglise et pour l’humanité toute entière. Pour commencer, que tous ceux qui partagent le repas du Seigneur soient unis par l’Esprit dans leur diversité. Répands sur eux tous un esprit de fraternité et de tolérance, de telle sorte que le vivre-ensemble soit une réalité et un vrai plaisir. Que l’on trouve notre contentement, notre allégresse dans la variété et la différence. Que l’uniformité et « je ne veux voir qu’une seule tête », nous l’ayons en horreur et que nous cherchions toujours la diversité. 
Nous te prions aujourd’hui très particulièrement pour les victimes de Nice. Assassinés par le fanatisme de ceux qui ne supportent pas l’autre qui, nécessairement, est différent.
Nous te prions aussi pour tous nos morts. Pour ceux qui sont morts l’année écoulée et pour ceux qui nous ont quittés depuis longtemps. Nous croyons qu’ils sont avec toi. Reçois-les tous dans les bras de Père aimant.

Jesús Asurmendi

Envoi : tous appelés à vivre fraternellement

Nous ne célébrerons peut-être pas ensemble l’eucharistie avant un certain temps, en présentiel du moins, mais nous avons partagé, Seigneur, la nourriture que tu nous donnes avec ta vie, une vie qui surmonte les frontières du temps, de l’espace  et nos catégories humaines : tous appelés à vivre comme des frères et sœurs en humanité, comme des enfants de notre Père.  
Seigneur, donne-nous la force de vivre ces temps dans la sérénité.
Donne-nous de vivre pleinement notre vie d’ici pour nous ouvrir à ce qui fait vivre au-delà de notre corps.
Donne-nous la force de supporter toute  situation nouvelle et difficile.
Que nous devenions toujours plus heureux, saints et vivants
Que dans toute mort même, tu éveilles la vie.

                                                                              Marguerite Champeaux-Rousselot
CatégoriesNon classé
  1. Geneviève PM says:

    Un grand merci pour cette belle célébration de la Toussaint dans l’église de St Merry qui n’en verra plus pendant un temps indéterminé. Ce fut, comme l’ont souhaité celles et ceux qui l’ont préparée, une lumière pour les semaines à venir.
    L’authenticité des commentaires et des paroles au micro libre, ainsi que la beauté des chants, nous mettaient bien dans la joie et l’esprit du Centre Pastoral.
    Non pas un discours pieux, mais des évocations précises et concrètes de nos sœurs et frères en humanité, proches ou lointains, morts ou vivants.
    Je me permet de reprendre ou de prolonger la suite de ces Béatitudes.
    Bienheureux ceux qui s’exilent, quittant leur pays pour rester vivants, bienheureux ceux qui les accueillent.
    Bienheureux tous les chercheurs de Dieu, quelque soit le nom qu’ils lui donnent.
    Bienheureux ceux qui résistent pour que les êtres humains ne soient pas détruits dans leur humanité par la machinerie de la technocratie automatisée et de la « gouvernance algoritmique ».
    Bienheureux ceux qui creusent en leur cœur pour y trouver, plus profond que la haine, le secret, le point vivant de la fraternité et du pardon.
    Bienheureux sommes-nous de croire que Jésus a plongé dans l’extrême de la violence pour en revenir en transmuant toutes les atrocités au feu de son amour.
    Bienheureux sommes nous d’avoir chacun une place, en lien avec les autres, dans cette foule immense qui revient de la grande épreuve, comme dit Jean dans l’Apocalypse.
    Bienheureux sommes nous de découvrir le rien de notre être et de le partager avec l’autre-là, pour le transformer en cet « entre-tient » qui est l’amour.
    Bienheureux sommes-nous de voir Dieu, pas encore face à face, mais, dès maintenant, de le voir en Jésus dans le plus petit, le plus faible, le plus abandonné.

    Tout est grâce !

    Merci à l’équipe pastorale, aux prêtres, aux responsables et à tous les membres de la communauté, qui s’engagent pour que vive le Centre Pastoral de St Merry, dans son originalité et sa singularité prophétique.

    Geneviève PM

Répondre

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.