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Dimanche 26 avril. « Reste avec nous »

 
Lectures du jour : ici

Orchidée « la fleur de l’esprit », signe de paix

Introduction

Depuis le tombeau vide du matin de Pâques, l’absence de Jésus met en exergue la question de sa reconnaissance, au gré de ses apparitions successives. Dans l’évangile de dimanche dernier, la réalité corporelle occupait une place centrale dans ce processus. Thomas, voulant vérifier que celui qui se rend visible à ses disciples est bien l’homme Jésus qu’il a côtoyé, prend alors conscience de sa divinité. Dans le récit des Pèlerins d’Emmaüs de ce dimanche, la reconnaissance de Jésus par ses disciples prend une nouvelle dimension qui les bouleverse. Alors qu’ils erraient, tristes et sans direction particulière, ils sont maintenant poussés par un nouvel élan et se mettent en route pour partager la joie de leur rencontre avec le Christ Ressuscité.

Ont participé à la préparation de cette célébration en ligne : Alain, Dominique, Jean-Louis, Jesùs, Laurent, Marc, Marie-Thérèse et Mireille

Psaume 15

écouter : Garde-moi mon Dieu

Garde-moi, mon Dieu : j’ai fait de toi mon refuge.
J’ai dit au Seigneur : « Tu es mon Dieu !
Seigneur, mon partage et ma coupe :
de toi dépend mon sort. »

Je bénis le Seigneur qui me conseille :
même la nuit mon cœur m’avertit.
Je garde le Seigneur devant moi sans relâche ;
il est à ma droite : je suis inébranlable.

Mon cœur exulte, mon âme est en fête,
ma chair elle-même repose en confiance :
tu ne peux m’abandonner à la mort
ni laisser ton ami voir la corruption.

Tu m’apprends le chemin de la vie :
Devant ta face, débordement de joie !
À ta droite, éternité de délices !

Première lecture : Ac 2, 14.22b-33

« Il n’était pas possible que la mort le retienne en son pouvoir »

Ce premier texte du 3ème dimanche de Pâques est tiré des Actes des Apôtres, plus concrètement du premier discours de Pierre. La première grande partie du livre des Actes est focalisée sur lui, Pierre. La deuxième sur Paul, après le récit de sa conversion en Actes 9.1-31. Le discours de Pierre, quant à lui, est centré sur la personne de Jésus, sur son chemin de son vivant, comment il a agi, toujours pour guérir et libérer tous ceux qui en avaient besoin. Et ce ne sont pas ceux qui manquaient. Mais le gros du discours tourne autour de sa mort et de sa résurrection, ce qui n’est pas surprenant. Pierre, qui était avec les Onze et parle comme une sorte de porte-parole du groupe, s’adresse aux habitants de Judée, et plus particulièrement à ceux de Jérusalem, donc à des Juifs. Il n’est pas pensable qu’il s’adresse à un tel auditoire sans utiliser l’Écriture comme référence majeure pour argumenter son discours.  Il fait appel à un oracle du prophète Joël qui parle un langage apocalyptique. L’auteur des Actes l’utilise pour expliquer les événements actuels. Un psaume est mis à contribution pour dire la résurrection de Jésus, appliquant ce psaume au « cas » Jésus. Et comme si cela ne suffisait pas, il prend un autre psaume qui « déploie » la situation actuelle de Jésus, Christ et Seigneur.  Ce deuxième psaume est ainsi utilisé pour parler de l’exaltation de Jésus, une autre manière de dire sa résurrection. La boucle est bouclée.
On peut passer ensuite aux effets de ce discours dans Actes 2, 37-47. S’il n’est pas surprenant que la proclamation de Pierre soit argumentée sur la base des textes de l’Ancien Testament, dans la mesure où les destinataires sont des Juifs, il n’est pas étonnant non plus que tout tourne autour de la résurrection du Christ, et de sa mort, évidemment. En effet, ce sont les deux événements fondateurs de la foi chrétienne, ce sont les deux éléments du kérygme que nous proclamons explicitement à chaque eucharistie : « nous proclamons ta mort, Seigneur Jésus, nous célébrons ta résurrection, nous attendons ta venue dans la gloire ».

Jesùs Asurmendi

Alléluia

écouter : Schütz

Évangile de Luc 24, 13-35

« Il se fit reconnaître par eux à la fraction du pain »

Il n’y a rien à dire, Luc est un excellent narrateur. En 22 versets, il vous raconte l’histoire des disciples qui se rendent à Emmaüs. On aurait pu difficilement dire autant en si peu. Les théologiens ont du mal à reconnaître que l’on peut faire de l’excellente théologie en racontant, c’est-à-dire avec des récits et pas seulement avec des discours plus ou moins tarabiscotés. On a les quatre évangiles, ce sont des récits. Dans le texte de Luc, les deux disciples se rendent à ce village, peut-être le leur. Quoi qu’il en soit ils marchent transis de déception « nous espérions… ».

Disciples d’Emmaüs, relief, cloître de l’abbaye St-Dominique de Silos, début XIIe s.

C’est là, au cœur de leur amère expérience qu’intervient Jésus. La douleur, la peine, le chagrin partagés baissent en intensité. Jésus commence par les questionner et les écouter. Écouter leur tristesse et leur tourment. Après, et seulement après, il parle, lui. Et il le fait de manière qu’ils puissent l’entendre. Il leur parle à partir de leur référent premier, incontournable, l’Écriture : « il leur expliqua dans toutes les Écritures ce qui le concernait » Lc 24,27. Il est évident que les textes de l’Ancien Testament ne « parlaient pas » de lui. Mais leur appropriation et leur actualisation étaient et sont tout à fait légitimes. Ce sont des textes ouverts. Comme il se doit, face à ce compagnon imprévu, mais ô combien « précieux », ils l’invitent pour la soirée. Et ils partagent le pain. Alors, quand il rompt le pain, ils le reconnaissent. Et cette reconnaissance devient la clé de compréhension de ce qu’ils ont vécu, de leur expérience récente et lointaine : « Ils se dirent l’un à l’autre : Notre cœur n’était-il pas brûlant en nous, tandis qu’il nous parlait sur la route et nous ouvrait les Écritures ? ». Ils ne gardent pas pour eux cette expérience inouïe, mais ils se rendent à Jérusalem pour la partager avec les autres. Mais avant de partager leur vécu, ils entendent l’expérience des autres, surtout celle de Pierre. Luc ne perd jamais de vue le sens des réalités ni de la hiérarchie. 
Il y a un chant liturgique en espagnol qui résume fort bien Luc 24,13-35 : « Nous t’avons connu Seigneur, au partage du pain. Tu nous connais Seigneur au partage du pain. » Tout est dit.

Jesùs Asurmendi

Méditation sur la Parole incarnée

Une parole présence « il marchait avec eux »
Une parole patience : « il leur expliqua »
Une parole partage : « tandis qu’ils parlaient »
Une parole témoignage : « ils racontaient ce qui s’était passé »
Une parole fondatrice qui comble l’absence : « notre cœur n’était-il pas tout brûlant tandis qu’il nous parlait sur la route »
La parole mais pas seulement elle, si riche, si essentielle soit-elle. Elle accompagne la fraction du pain offerte par Celui qui est et reste le seul prêtre de l’unique sacrifice.
Elle porte notre action solidaire, soutient nos gestes de fraternité qui permettront alors de l’enrichir de la vie de chacun et d’affirmer notre impensable essentiel : « C’est vrai, le Seigneur est ressuscité ».

Alain Cabantous

Cécité

Qui n’a pas entendu l’histoire des disciples d’Emmaüs au catéchisme ? Le récit est réjouissant, simple à comprendre bref, particulièrement adapté pour parler de la résurrection aux enfants ! Méfions-nous cependant des textes que nous connaissons trop bien ou que nous associons un peu vite à une période passée. Nous les écoutons parfois d’une oreille distraite alors qu’ils portent plus que jamais la Parole de Vie, toujours nouvelle.
En relisant ce texte j’ai été frappé par un paradoxe qui ne m’était jamais apparu auparavant : il ne fait aucun doute pour le lecteur ou l’auditeur du récit que Jésus marche en compagnie des disciples sur le chemin d’Emmaüs. Ce n’est pas un mystère : l’Évangile le signale d’emblée. Jésus lui-même s’approcha et il marchait avec eux, mais leurs yeux étaient empêchés de le reconnaître. Tout le ressort de l’histoire tient dans cette phrase. Vont-ils s’apercevoir que c’est Jésus, celui qu’ils pleurent, qui les a rejoints ? 
Cette intrigue dont le dénouement attendu se produit lors du partage du pain masque cependant une réalité tout à fait inattendue de ce texte : à aucun moment Cléophas et son compagnon ne voient Jésus. 
Nous qui sommes témoins de la scène comme lecteur (ou auditeur), nous imaginons d’un bout à l’autre du récit le compagnonnage de Jésus et des disciples. Du point de vue des disciples cependant, aucun moment de l’histoire ne les met en situation de voir Jésus.
Au début leurs yeux étaient empêchés de le reconnaître tandis qu’à la fin leurs yeux s’ouvrirent, ils le reconnurent, mais il disparut à leur regard. C’est là le grand paradoxe : d’un bout à l’autre de cette page d’évangile, Jésus est toujours présent à leur côté. Lorsqu’il marche avec eux bien sûr, mais aussi à la fin lorsque le texte précise qu’il disparait à leur regard. À leur regard uniquement.
Nous imaginons souvent trop vite que la résolution de l’intrigue de ce récit réside dans la reconnaissance de Jésus. C’est vrai mais c’est bien insuffisant : ils le reconnaissent sans le voir. Ils passent d’un aveuglement incrédule à une cécité croyante. Cela se fait de deux manières : en écoutant le Christ lui-même interpréter l’écriture (c’est-à-dire en écoutant la Parole de Dieu), et en participant au pain rompu. 
Dans le récit des pèlerins d’Emmaüs, le regard s’ouvre par la parole reçue et par la reconnaissance du geste du dernier repas. C’est l’avènement de la foi. Le retour à Jérusalem entérinera cette foi : « Le Seigneur est réellement ressuscité : il est apparu à Simon Pierre ». Personne ne met en doute cette affirmation car par la parole et le pain rompu les disciples sont déjà passé dans la réalité de la foi. 
Jésus ne se « voit » plus mais la réalité de sa présence est une certitude.
Nous vivons exactement la même réalité que les disciples d’Emmaüs. À aucun moment de notre histoire le Christ ne se rend visible à nos yeux, pourtant, il est présent à nos côtés à chaque instant. Cette affirmation n’a rien d’une image. Comme dans le récit évangélique, le Christ chemine avec nous. Comme dans le récit évangélique, il nous enseigne. Comme dans le récit évangélique il rompt le pain.
Notre vie chrétienne est donc la transposition de l’intrigue de l’évangile « que nous connaissons par cœur » : allons-nous reconnaître Jésus sans le voir ? 
Serons-nous à ce point saisis par la certitude de sa présence que notre propre chemin en sera bouleversé, changé au point de réviser notre itinéraire et de « retourner à Jérusalem » ?
Jésus est réellement présent. Jésus est réellement ressuscité. Voilà le cœur de notre foi. Il n’y a pas de manière plus simple de l’exprimer. Il n’y a là aucun symbole, aucune figure de style, aucune métaphore. Jésus est là avec nous, et il s’adresse à nous : vas-tu me reconnaître ? Vas-tu voir cette réalité ? 
Voici que je me tiens à la porte, et que je frappe, dit le Jésus dans le livre de l’Apocalypse, si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte, j’entrerai chez lui, je prendrai mon repas avec lui, et lui avec moi.

P. Alexandre Denis

Chant

Sur la route d’Emmaüs I 26-39 (Mannick, Jo Akepsimas, ML. Valentin)
Ouvre nos yeux, toi qui nous rejoins
Ouvre nos cœurs, donne-nous ton pain

Écouter : Sur la route d’Emmaüs

Prières

  • Qui te confier, Seigneur, pour cette prière universelle alors que notre monde semble plus meurtri, plus désemparé que jamais ? Les innombrables morts de l’épidémie ? Ceux dont on parle et ceux qui sont ensevelis dans l’anonymat ? Leurs familles éloignées ? Leurs soignants épuisés ? Te confier celles et ceux qui continuent de subir la guerre comme en Lybie ou la colonisation comme en Cisjordanie ? Les dizaines de milliers de réfugiés du Burkina-Faso ? Oui. Qui te confier ? Sinon te demander de nous donner la force et la foi nécessaires pour agir là où nous sommes. Nous te prions.    (Alain Cabantous)
  • Seigneur, beaucoup de jeunes déscolarisés, étudiants d’universités aux portes closes, de jeunes travailleurs précaires privés d’un petit boulot mini gagne-pain, se retrouvent en déshérence, manquant de ressources matérielles, culturelles, familiales, relationnelles. Leur avenir très incertain avant l’épidémie le devient encore plus en ce moment : en effet, à la gravité de la crise environnementale toujours devant nous est en train de s’ajouter une grande crise de l’économie mondiale et locale. Seigneur, aide chacun de nous individuellement et dans nos collectifs d’engagement citoyen à trouver, à ouvrir de nouvelles voies favorables au développement humain de chacun de ces jeunes. Que leur cœur ne perde pas le courage de l’espérance. Le nôtre non plus. Seigneur, envoie ton esprit de lumière et d’intelligence à nous tous, hommes de ce temps.    (Marie-Thérèse Joudiou)
  • Seigneur, prions aussi pour les salariés, souvent précaires, contraints au télétravail à domicile, qui sont confrontés à des problèmes professionnels dans la solitude et la privation de leurs relations sociales et du soutien du groupe, souvent confrontés aussi à la gestion indécente de directions sans scrupule ou ignorantes des réalités humaines, parfois au mépris des principes du droit du travail.    (Laurent Baudouin)
  • Rendons grâce pour l’action collective mise en place en Île-de-France par l’association Basiliade et ses associées, notamment « le bus des femmes » ; de nombreux familiers et volontaires vont remettre chaque semaine 250 colis alimentaires sur le lieu même de vie des accueillis de ces associations, occasion pour ces personnes de santé fragile de rompre un isolement par trop déshumanisant.    (Jean-Louis Lecouffe)
  • Rejoignons par la prière la Lumière qui habite chacun de nous, y compris les personnes détenues, à travers le partage et les échanges à distance. Rendons grâce pour les inconnus d’Emmaüs sur notre chemin, pour que l’Esprit nous aide à découvrir par notre regard combien ils peuvent être habités par un Autre qu’eux-mêmes et nourris par l’Esprit. L’inattendu dans ces rencontres apporte souvent surprise et merveilles, créant en nous l’écart et le déplacement, …et le dépassement de soi. Merci.   (Dominique Lambert)

Chant

Car depuis qu’il est venu (Paroles & musique : Robert Lebel)

Pourquoi laisser la peur choisir à notre insu
Des voies qui mènent à l’impasse
Pourquoi chercher ailleurs, le signe c’est Jésus
Voyez la route qu’il nous trace.

Car depuis qu’il est venu, en nous tout a changé.
Un monde a disparu, un autre monde est né.
Depuis qu’il est venu.

Pourquoi laisser la nuit confondre notre cœur
Fuyez les songes, les ténèbres
Ne craignons pas l’Esprit, c’est lui notre éclaireur.
L’Amour nous mène à la Lumière.

Écouter : Depuis qu’il est venu

Pierre de Grauw, bas-relief en bois, 1980
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  1. Geneviève P-M says:

    Cet évangile et le tableau de Rembrandt m’ont toujours bouleversée, en particulier le regard de Jésus dans lequel je perçois une douleur sans fond et un acceptation infinie.
    Dans un autre tableau, réalisé 23 ans plus tôt, sur le même thème, le peintre marque davantage la différence d’attitude entre les deux disciples. L’un est à genoux, un peu dans l’ombre, il est toute reconnaissance, l’autre est assis sur le bord de sa chaise, effrayé, prêt à fuir.
    Entre ces deux attitudes opposées, la reconnaissance(dans les deux sens du mot)et l’inquiétude incrédule, je retrouve bien la division qui me traverse, en ce temps où tous ceux évoqués dans la prière de ce jour sont au bord de l’abîme. Jésus restes avec nous! Ne permets pas que nous soyons séparés de toi dans cette nuit qui nous envahit!

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