François Kenesi. Feuilles de laurier sur mur de parpaing. 2020

Laurier / Parpaing de François Kenesi, l’œuvre du dimanche 5 avril

L’art au temps de Pâques et du confinement face aux textes du jour. Ils ont exposé à Saint-Merry entre 2010 et 2019 et y reviennent virtuellement, par amitié. Chacun évoque à sa manière le confinement, la mise de soi hors du monde réel, l’espérance. Chaque jour de la Semaine Sainte, Jean Deuzèmes vous propose de lire une œuvre. Dimanche 5 avril : des photographies étranges de François Kenesi.

Artiste du jour : François Kenesi // Texte du jour : Matthieu (Mt 21, 1-11)

« Feuilles de laurier sur mur de parpaing » est une œuvre photographique subtile qui évoque le confinement, les fentes d’un mur brut où peut s’installer du végétal, où joue la lumière. Des signes d’espérance revisitant du land art pour exprimer le temps qui passe.

Il est dit dans l’Évangile du jour (Dimanche des Rameaux) que les hommes qui acclament Jésus coupent palmes et branchages et les mettent sur un sol rude.

«  Dans la foule, la plupart étendirent leurs manteaux sur le chemin ; d’autres coupaient des branches aux arbres et en jonchaient la route. » (Mt 21, 08)

Dans son œuvre photographique, François Kenesi ne célèbre personne, il est seul. Il n’y a rien de religieux mais sa série photographique peut être lue comme un manifeste modeste de résistance au confinement, un geste de pudeur et de discrétion alors que se déroule une tragédie. François Kenesi transforme la rudesse et l’étouffement d’une immense enceinte en étonnement devant un paysage imaginaire ; il lui suffit pour cela d’un peu de végétal.  Il glisse de la légèreté dans un horizon bouché et grossier ; il mobilise le soleil pour créer de belles ombres ; il transforme la réalité avec un geste minimal. Son œuvre étrange de land art n’a pas de dimension, le mur est immense.

Dans l’Évangile, il est question de foules. Dans l’œuvre de François Kenesi, ce sont des feuilles de laurier qui sont rassemblées et alignées, au bord, non de la route, mais des parpaings.

François Kenesi. La foule des feuilles de laurier. 2020

Cette œuvre peut être lue de multiples manières. Ici, en parallèle au partage des textes par les membres du Centre pastoral. Par ses photos, l’artiste évoque la sensation du prisonnier qui sait mobiliser son imaginaire, jamais à court, pour s’échapper. Les foules voyaient dans Jésus leur roi qui allait les délivrer de l’oppresseur. Grave illusion. Un malentendu profond avec une foule qui va se montrer versatile lors de la condamnation.

François Kenesi met la vie là où on ne l’attendait pas, il parle en fait d’espérance, à qui sait l’entendre, en mettant du symbolique dans le visuel le plus trivial. Il utilise les traits des joints laissés par le maçon en montant son mur pour y glisser des feuilles, pour rappeler que cette réalité élémentaire, opaque et lourde, peut être transfigurée par un geste d’artiste. La matière a des creux qu’il décèle.

En architecte, il intègre la lumière[1], non pas avec des matériaux, mais avec des feuilles, du végétal, du vivant plein de symbolique. Ses ombres ne sont pas inquiétantes, elles sont belles comme dans un cadran solaire. Ainsi, cette série avec les ombres de grandeurs différentes parle du temps qui passe. Comme pour chacun dans la période de confinement.

Lire une analyse complémentaire de l’œuvre sur Voir et Dire.

Jean Deuzèmes

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François Kenesi avait exposé « Équivalent » dans le claustra, en 2015


« ≡ équivalent » de François Kenesi

Extrait de l’article de Voir et Dire

Conseiller scientifique : Rémi André, élève ingénieur à l’ESPCI ParisTech

L’ installation conceptuelle dans le Claustra était au croisement de l’art et du discours scientifique. Elle visait à sensibiliser le visiteur à ce qui devient la mesure de tous nos actes : le bilan carbone en équivalent CO2 de nos activités, déplacements, logement, nourriture, …

L’artiste a dessiné 3000 fois un lingot de 1 kg de carbone C : « équivalent » de la masse de carbone émise en moyenne chaque année par un Français, son bilan carbone annuel, 12 tonnes de CO2.
Ces 12 tonnes de CO2 sont contenues dans le volume d’air de l’espace intérieur de Saint-Merry.
Ainsi, par son activité, chacun « pollue » en moyenne le volume de l’église.

L’espace du claustra était occupé par ces formes rigoureuses crayonnées au graphite (du carbone) sur du papier, répétées comme des ‘ex-voto’, alignées et implacables comme l’est la lente dégradation du climat. Le claustra est devenu une chapelle incitant à la réflexion.

Devant ce claustra, une table de bridge et le moule en bois, parfaitement sculpté, qui a servi aux milliers de dessins !
Les visiteurs peuvent discuter avec l’artiste, lorsqu’il est présent, et repartir avec leur papier , signé.

Il a fallu beaucoup de temps pour mettre en œuvre cette installation ; cela est perceptible par tout visiteur inséré dans l’œuvre. La question du climat a aussi une dimension temporelle.

≡ est le symbole mathématique international pour « équivalent ».
http://www www.kenesi.fr /// Claustra

équivalent. 2015

[1] « L’architecture est le jeu savant, correct et magnifique, de formes assemblées dans la lumière ». Citation bien connue de Le Corbusier

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