Dimanche 5 avril. « Je ne me suis pas dérobé »

Accueil

Bonjour, à vous de la communauté et à vous qui êtes de passage sur ce site. Chaque lundi soir, un petit groupe se réunit pour préparer la célébration du Centre Pastoral Saint-Merry du dimanche matin : partage de la parole autour des textes proposés par l’Église, commentaires, chants, phrase du lutrin. Depuis trois semaines cette préparation se fait à distance (téléphone, mail, Skype) et nous partageons cette célébration sur le site. Cette semaine nous avons longuement échangé sur le texte d’Isaïe, en particulier sur la phrase « Tu m’as réveillé, je ne me suis pas dérobé. »

Philippe Pépin 

Lectures

« Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! » (Mt 21, 9)
 Vous trouverez ici les lectures du jour

Entrée de Jésus à Jérusalem, émail champlevé, Cologne (Allemagne), 1160-1180 ca

Commentaire

Les Rameaux arrivent avec le début du printemps et nous invitent ainsi à vivre la semaine sainte au rythme du cycle de la terre. La terre sort du sommeil de l’hiver et se réveille ce dimanche avec les paroles d’Isaïe.
Jeudi son humus accueillera les grains semés, à l’image de l’humilité du lavement des pieds et la simplicité du repas partagé.
Vendredi les grains disparaîtront dans les entrailles de la terre et l’obscurité des profondeurs, ce sera l’heure de l’enfoncement et de la mort.
Et samedi la vie renaîtra, là où l’on ne l’attendait pas, insolente, débordante, surprenante, à travers tous ces bourgeons multicolores qui jaillissent sur des branches en apparence mortes.
Ce dimanche de Rameaux nous introduit dans ce cycle où la mort et la vie se génèrent l’une à partir de l’autre plutôt que l’une contre l’autre, comme ce Jésus que nous voyons ce dimanche, au début acclamé comme un roi, et à la fin, crucifié comme un délinquant. 
Laissons-nous porter par ce mouvement pascal et laissons-nous instruire par le cycle de la terre qui nous apprend à relier plutôt qu’à opposer la mort et la vie.

Elena Lasida

Deux échos au texte d’Isaïe

Comme souvent la liturgie offre un texte tronqué. Il faudrait lire Is 50, 4-11. Ce texte fait partie des quatre « chants du serviteur » qui configurent, d’une certaine façon, la deuxième partie du livre d’Isaïe (40-55). Dans notre texte c’est le serviteur même qui parle : « Le Seigneur mon Dieu m’a ouvert l’oreille, et moi, je ne me suis pas révolté, je ne me suis pas dérobé. J’ai présenté mon dos à ceux qui me frappaient, et mes joues à ceux qui m’arrachaient la barbe. Je n’ai pas caché ma face devant les outrages et les crachats. » Ce serviteur affirme qu’il ne s’est pas dérobé ni à la mission ni à la souffrance (coups et arrachage de barbe, outrages et crachats) qui était sa conséquence. C’est une suite classique, nécessaire même, de la mission prophétique. Si le prophète est celui qui dénonce l’insupportable et annonce l’inimaginable, il est évident que les ennuis lui sont garantis. S’il est l’empêcheur de tourner en rond il dérange tout le monde, un jour ou l’autre. Il devient, lui, insupportable. Il ne faut pas attendre Jérémie pour voir le prophète, méprisé, insulté, frappé, emprisonné. Après les prophètes de l’Ancien Testament ce sera pareil. Et aujourd’hui aussi.

Jesus Asurmendi

« La Parole me réveille chaque matin, chaque matin elle me réveille pour que j’écoute, comme celui qui se laisse instruire. » Dans la campagne où je me trouve, en lisant cette phrase, j’ai vite pensé à cette période de l’année où se vit tout un réveil de la terre. Tous les bourgeons bien sûr. Mais je suis une apprentie jardinière ; instruite par d’autres, je découvre comment préparer la terre aux futures plantations. Avec la grelinette, je soulève les mottes de terre, sans rien casser,  « juste pour aérer », conseil d’écologistes ! Réveil de la terre auquel je participe, et qui me fait découvrir la vie qui y grouille. Oui, se laisser instruire, se laisser changer à l’écoute de cette terre, de ses « lois »… Dans la crise que le monde vit depuis quelques semaines, je vois aussi du réveil ! Du nouveau émerge, du bon et du mauvais ! Des tonnes de solidarités et des masses de « chacun pour soi ». Est-ce que vraiment je me laisse instruire ? Dans la réflexion immédiate, sans doute. Dans le long terme ? Comment maintenir le réveil ? Seigneur Dieu, viens à notre secours, ne nous laisse pas nous dérober face au défi d’un monde nouveau possible.

Myriam Glorieux

Chant

VOICI L’HOMME H18-36 (R. Mutin)
Écouter : voici l’homme

Jésus-Christ, roi blessé,
Dieu couronné de nos épines,
Ô Seigneur, prends pitié,
Que ton pardon nous illumine !

Flagellation Maître de Berswordt, Allemagne, 1400 ca

L’homme, voici l’homme,
Jamais homme n’a parlé comme cet homme.
Roi de silence,
Roi qui se tait devant l’offense,
Roi de patience et de bonté.

L’homme, voici l’homme,
Jamais homme ne fut vrai comme cet homme.
Roi de lumière,
Roi humilié dans la poussière,
Roi de prière et de clarté.

L’homme, voici l’homme,
Jamais homme n’a aimé comme cet homme.
Roi de largesse,
Roi qui console nos détresses,
Roi de tendresse en nos duretés.

Homélie

Tristesse et angoisse

Cette semaine sainte sera particulière. En raison du confinement bien sûr, qui obligera à des célébrations en comité plus que restreint, mais surtout parce que ce carême aura finalement été pour beaucoup l’occasion d’une proximité plus grande de la parole de Dieu dans la méditation des écritures autant que dans la tentative de comprendre ce que signifie qu’être chrétien dans ces circonstances exceptionnelles.
La liturgie des rameaux est inhabituelle : une fois n’est pas coutume, elle commence par un évangile : l’entrée de Jésus à Jérusalem. La bénédiction des rameaux et l’aspersion remplacent la liturgie pénitentielle et l’évangile de la passion est lu à plusieurs voix. 
Tout le mystère de la passion est ici résumé. Le même peuple qui acclame Jésus le crucifiera quelques jours plus tard, le même peuple qui se réjouit sur son passage pleurera au chemin de croix, le même peuple qui le suivait sur les chemins de Galilée se dispersera au moment de l’épreuve. 
L’humanité se dévoile.
Elle se dévoile dans son silence, dans sa lâcheté et dans sa peur. 
Ce n’est pourtant pas le message de la semaine sainte : la véritable révélation de la nature humaine ne se fait pas dans l’inconstance de ceux qui ne suivront pas Jésus jusqu’au bout. Elle se dévoile dans le Christ lui-même qui, parce qu’il vit la passion dans la perfection de son humanité, devient pour l’humanité le chemin de la perfection. 
Jésus partage toutes les émotions et les mouvements intérieurs qui sont les nôtres. Il vit la joie de l’entrée à Jérusalem et il vit la peur de la mort sur le mont des oliviers mais surtout, il vit tout cela sans le péché. C’est ce qui le distingue de nous. C’est aussi ce qui nous rappelle que nous ne croyons pas en un Dieu à notre image : c’est bien nous qui sommes à l’image de Dieu. 
Jésus, pour reprendre les mots d’Isaïe, ne s’est pas dérobé. La peur du Christ n’entraîne ni trahison ni bassesse, elle est vécue dans une confiance totale au Père : le Seigneur mon Dieu vient à mon secours, je sais que je ne serai pas confondu.
Entrer dans la semaine sainte aujourd’hui, confinés, marqués par la peur de cette maladie invisible, c’est aussi accueillir cette manière de vivre du Christ lui-même. Comme lui nous pouvons être marqué par cette angoisse de la mort qui tout à coup se fait plus concrète. Comme lui au mont des oliviers nous pouvons sentir cette tristesse s’emparer de nous et questionner le sens de notre vie.
Mais comme lui nous pouvons nous confier au Père, non comme un sursaut désespéré ou un cri de colère, mais comme l’accueil d’une présence qui sauve : Chaque matin, il éveille, il éveille mon oreille pour qu’en disciple, j’écoute. Le Seigneur mon Dieu m’a ouvert l’oreille, et moi, je ne me suis pas révolté, je ne me suis pas dérobé.
Voilà sans doute l’attitude du Christ au mont des oliviers. Pétri d’angoisse, il demeure celui qui écoute son père, qui continue de recevoir de lui une oreille éveillée.
Dans le Christ nous pouvons comprendre que lorsque la peur entre dans notre vie, elle ne s’installe pas comme une fatalité. Elle révèle notre besoin profond, essentiel, vital de la Parole du Père en nous.
Entrons dans cette semaine sainte avec l’oreille éveillée par cette Parole,
Entrons dans cette semaine en choisissant cette confiance inébranlable en Dieu,
Entrons dans cette semaine sainte éclairés par la résurrection du Christ dont nous vivons déjà.
C’est cela l’Espérance, non une confiance aveugle dans un Dieu hypothétique, mais une grâce reçue du Dieu vivant, une force dont nous pouvons vivre aujourd’hui et qui fait de nous, jour après jour des hommes et des femmes à l’image de Dieu. 

Anselm Kiefer, « Dimanche des Rameaux » Exposition Kiefer, Couvent de la Tourette 2019. ©fc

Alexandre Denis

Prières reçues de la communauté

Seigneur, chaque soir, à 20 heures, depuis plus de quinze jours, avec nos voisins, nous applaudissons tous les soignants, Samaritains et Samaritaines de notre temps, qui sont au service de nos frères souffrants. Chaque soir, nous retrouvons aux fenêtres des voisins connus, amis, et nous en découvrons d’autres que nous apprenons à reconnaître. Seigneur, entends leur prière, entends notre prière, une prière de reconnaissance, une  prière d’action de grâce.

Prions pour toutes les personnes sans-abri qui, depuis le confinement,
trouvent les portes de leurs lieux d’accueil closes, parce que la priorité a été donnée à la sécurité sanitaire des accueillants, parce qu’il manque de masques, parce qu’il n’y a plus d’invendus à distribuer… Prions pour toutes ces personnes qui se sentent ainsi davantage rejetées, qui perdent confiance, et qui maintenant ont souvent peur. Prions pour qu’elles trouvent sur leur route des gens suffisamment audacieux pour tisser une relation de confiance, qui sachent les aider à surmonter ces difficultés supplémentaires.

Prions pour toutes les personnes dont la précarité s’aggrave parce que, depuis le confinement, elles ont perdu un emploi précaire et/ou n’ont plus de revenus, ne peuvent plus payer le loyer d’un logement souvent sans bail, sans trêve hivernale d’expulsion ; prions pour toutes ces personnes et ces familles qui vont se retrouver à la rue. Prions pour qu’elles trouvent sur leur chemin des associations audacieuses pour organiser leur logement.

Prions pour toutes les personnes qui sont dans les centres de rétention administrative. La situation dans ces prisons pour ces sans-papiers, comme dans les autres prisons en France, est très dure : parloirs fermés, dégradation des problèmes sanitaires, aucune mesure sanitaire prise. Ils crient leur douleur. Prions pour qu’elles trouvent des associations audacieuses et une écoute d’humanité.

Ô ma force, viens vite à mon aide ! Ps 21 
Tandis que nous sommes confinés chez nous en Europe, nos villes surréalistes sont dévêtues de leurs habitants. Là-bas, sur le continent africain, les chemins, les routes et le désert ont disparu sous des flots humains, en détresse, qui s’avancent, courent et implorent avec leurs enfants si nombreux autour d’eux. Certains dans le sein de leur mère n’ont pas encore commencé la vie sur la terre !
Mon Dieu, sauve-nous, Marie, toi qui sais demander des miracles à ton fils, aide-les, aide-nous.
Des profondeurs de notre terre, nous crions vers toi ! 
Recouvertes de cendres, comme à Ninive, nos cités. 
Recouverts de clameurs, les chemins africains en douleur. 
Dessous va naître, la vie, plus forte que la mort. 

Chant

POUR INVENTER D’AUTRES ESPACES H 123-1 (D. Rimaud)
Écouter : Pour inventer d’autres espaces

Pour inventer d’autres espaces
Où se relèveront les corps,
Il étendit les bras :
Tout homme est libéré,
Le mur s’est écroulé
Où l’on avait gravé
Que Dieu est mort !
   Pourquoi vous désoler encore ?
   Depuis le jour du sang versé,
   Vous savez bien que tout est grâce.

Pour vous tenir hors des impasses
Et vous guider aux lieux déserts,
Il étendit les bras :
Les flots se sont dressés,
Son peuple a traversé
Au merveilleux sentier
Qu’il a rouvert.
   Pourquoi ne pas franchir la mer ?
   Depuis le jour du sang versé,
   Vous savez bien que tout est grâce.

Pour embrasser toutes les races
Dans sa bénédiction de feu,
Il étendit les bras :
Le monde est attiré
Au centre du foyer
Où l’on peut voir brûler
Le cœur de Dieu.
   Pourquoi ne pas lever les yeux ?
   Depuis le jour du sang versé,
   Vous savez bien que tout est grâce.

Pour vous garder près de sa face
Et vous transfigurer d’Esprit,
Il étendit les bras :
Le voile est déchiré,
Le livre, descellé,
Qui retenaient caché
Le Dieu de vie.
   Pourquoi ne pas courir à lui ?
   Depuis le jour du sang versé,
   Vous savez bien que tout est grâce.

Mot final

« Il me réveille, je ne me suis pas dérobé. » Nous vous proposons de mettre dans les commentaires ci-dessous, votre réponse en une phrase à la question : dans ce que nous vivons, qu’est-ce que cette crise réveille en nous ? À chacun de nos amis du groupe « Ce que sont nos amis devenus » (membres de la communauté qui ne peuvent plus venir aux célébrations, même en dehors de ce temps de confinement) qui n’ont pas Internet, nous enverrons par courrier postal une de vos réponses avec tous les textes de la célébration. Prenons soin de nous, prenons soin du monde.

5 commentaires

  • Voilà trois semaines que le temps de carême est devenu un temps de sobriété… forcée, par le confinement auquel les circonstances sanitaires nous obligent. Sobriété dans le domaine de la consommation puisque les magasins sont fermés et les sorties réduites. Peut-être pas sobriété vis-à-vis d’Internet, qui permet de garder le contact. Nous sommes en manque de relation, nous sommes en manque de partage, de communion. Mais nous avons plus de temps pour lire les textes, les ruminer et prier. Nous entrons dans la semaine sainte, la grande semaine, qui pour moi est une sorte de retraite avec les célébrations du jeudi saint, vendredi saint et la nuit pascale. Les textes, la Passion, le récit de l’institution et le lavement des pieds, la lumière, l’eau, qui me marquent et que nous lisons en communauté. J’ai un peu de mal à imaginer ce que sera cette semaine sainte, vécue chacun seul dans son coin pour les uns, ou juste avec ceux qui partagent le quotidien pour les autres. Mais ce sera en communion et en chemin vers Pâques.

  • Cette foule jubilante, que cherche-t-elle ? Sans doute espère-t-elle un prophète qui la rassure, peut-être un Messie qui enfin va accomplir la promesse de Dieu : rétablir la nation juive dans son intégrité et son autonomie. Comment ne pas imaginer l’immense déception de la foule devant les paroles de Jésus face aux autorités juives et romaines ; et puis n’oublions pas les comportements versatiles des foules, entraînées par les « grandes gueules » et les risques personnels encourus face aux autorités ; d’ailleurs même les plus proches de Jésus, ses apôtres le lâcheront.

  • La phrase du lutrin est d’une crudité provocatrice … Et moi … ?

    Et me revient en mémoire le chant de Guy Béart : Le poète a dit, la vérité : il doit être exécuté..
    Et son avant-dernier couplet :

    Un jeune homme à cheveux longs grimpait le Golgotha
    La foule sans tête
    Etait à la fête
    Pilate a raison de ne pas tirer dans le tas
    C’est plus juste en somme
    D’abattre un seul homme.
    Ce jeune homme a dit la vérité
    Il doit être exécuté.

    https://www.youtube.com/watch?v=dJxMvJEbUPA

    Il ne s’était pas dérobé.

  • « Il me réveille, je ne me suis pas dérobé. » Comment ne pas m’endormir ? En allant vers ceux la vie met sur mon chemin … sans se dérober ? Qu’est ce qui me réveille sans cesse ? Ce que l’autre me dit, pourvu que je sache l’écouter ? Mais quelle écoute ? Une écoute qui ne se dérobe pas… « Le Seigneur mon Dieu m’a ouvert l’oreille ». Je crois avoir entendu … et combien de fois suis-je passé à côté? Seigneur, donne-moi chaque jour l’audace de marcher sur tes pas.

  • Il ne s’est pas dérobé… Et moi ? Comment ne pas me dérober en ce moment, au milieu des épreuves et des déceptions liées à cette épidémie : nous devions recevoir la bénédiction du mariage demain à Saint-Merry, sera-t-il possible de rassembler de nouveau nos familles qui viennent de loin, de l’étranger ? Nos proches âgés seront-ils toujours là pour partager notre joie ? Nous nous préparions depuis 8 mois à cette joie, la déception a été immense et cela complique certaines de nos démarches administratives. Et pourtant, c’est vrai. Il ne s’est pas dérobé. Nous voyons fleurir des marques d’amitié de nos familles, amis, collègues, voisins, connaissances plus lointaines, comme s’il avait jusque-là que manqué une occasion pour les manifester ! La promesse de la vie, de l’amour toujours vivace et surprenant se réalise. Seigneur, donne-nous de rester à l’écoute de ta parole et de cultiver dans notre cœur des graines d’espérance, qui vont sans aucun doute germer. Quand ? Nul ne le sait, mais elles vont germer. Patience.

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