Espérer ce que nous ne voyons pas ! Mais l’attendre avec espérance… Voilà peut-être la tension à vivre pour aujourd’hui. Vivre sans peur. Sans impatience. Sans récriminations perpétuelles. L’espérance est l’assurance d’une non-clôture du monde actuel. Elle est attente active du monde futur. 

Saint Augustin, qui a traversé la chute du monde romain, l’a illustré de nombreuses manières : l’espérance est navigation vers un port plus tranquille. Elle est la voie qui nous mène vers un refuge véritable. Certes, la route peut être parsemée d’embûches. Celle du doute. Du trouble. Du constat de la misère humaine. Dans ce cas, l’espérance aide à tenir bon. Pour maintenir le cap, elle requiert des attitudes et des gestes concrets qui la manifestent. A quoi bon espérer ? demande le fou. Mais guidée par la confiance, l’espérance donne de la patience. Elle stimule la créativité. Elle purifie la volonté, en ne fixant pas des objectifs insensés. 

On pourrait dire que l’espérance donne les clés d’une maturation progressive dans une temporalité encore hésitante. Elle a la maladresse des premiers pas. Elle cherche une signification à un monde qui peut paraitre absurde, à des vies inutilement fauchées. Face à un centre de gravité qui risque de devenir trop lourd, qui, parfois, est carrément désespérant, elle réoriente l’action vers un centre d’attraction. Ainsi, elle aide à surmonter l’abandon, la dispersion, l’absence d’horizon. Devant un bonheur que nous ne possédons pas comme présent, l’espérance pose des jalons d’une joie à venir.

Dans des parcours humains semés d’embûches, l’espérance est marquée par une tension entre joie et tristesse. Tristesse, car nous pouvons voir la distance qui nous sépare d’un monde meilleur. Nous soupirons. Nous sommes encore dans l’adversité. Mais joie car, au sein même des tribulations actuelles, nous savons que nous pouvons envisager une ouverture vers un avenir meilleur.

L’espérance nous donne ainsi l’élan nécessaire pour nous séparer de refuges illusoires, de fausses sécurités. Elle réclame tout un travail intérieur de redressement, de retournement, de libération spirituelle. Ce dépassement vient d’abord d’une résistance intérieure plus affinée. 

Mais l’espérance n’est pas qu’une vertu défensive. Elle conduit au rassemblement de toutes les énergies. Elle est le fruit de ceux qui ouvrent une route, souvent fragile, pour tous les vivants. Elle agit pour le bien de tous. Elle entraîne à une mobilisation collective. Et pour saint Augustin, vaine est l’espérance pour celui qui n’aime pas ! L’évêque d’Hippone ajoute : « Le voyageur qui peine en marchant supporte son travail parce qu’il espère arriver. Enlevez-lui cet espoir, vous détruiriez son élan » (Sermon 158, 8).

Dans bien des cas, ces jours-ci, l’espérance se sera tenue comme en réserve. Beaucoup de gens peinent, souffrent. Les problèmes à résoudre sont encore très nombreux. Mais un monde sans espérance serait une abomination. Personne ne pourrait s’y résigner. L’univers quotidien peut être ingrat et cruel. Mais l’espérance évite de plonger dans la désolation, le dégoût, la rêverie ou l’utopie d’un monde illusoire. Elle cherche plutôt à faire grandit ce qui se prépare, se construit dans la douleur. Aujourd’hui l’espérance commence, très timidement, à prendre forme. 

Jean-François Petit

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