Disparition d’Henri Coindé

La disparition du Père Henri Coindé touche au cœur de tous ceux qui se sentent particulièrement concernés par le sort des migrants. C’est lui qui, en 1996, avait accueilli dans son église, Saint-Bernard de la Chapelle, des « sans-papiers » en situation désespérée qui venaient frapper à sa porte.

D’origine normande, il a exercé ses responsabilités ecclésiales surtout à Paris, notamment dans les paroisses de l’Est et du Nord parisien. Son heure la plus saisissante se situe à St Bernard de la Chapelle, au sein du quartier multiculturel de la Goutte d’Or. Au début de l’été 1996, plusieurs centaines de migrants, avec femmes et enfants en bas âge, se présentent impromptu à la porte de son église, comme dernier refuge. Phénomène complètement incongru, terriblement déstabilisant. Mais où donc aller en dernier recours pour ces parias, de religion surtout musulmane, rejetés de partout et qui ne demandent que la simple reconnaissance officielle de leur humanité ? Les pouvoirs publics restent sourds.

Henri Coindé se laisse saisir par l’inconnu, le déraisonnable, l’impensable. Il ouvre grand les portes de St Bernard, guère soutenu par une hiérarchie à l’époque plutôt réservée, sans savoir nullement où le conduirait ce geste un peu fou. Et la scène médiatique a surgi contre toute attente. Le mouvement de ceux qu’on allait appeler les « sans-papiers » faisait son entrée dans la sphère publique. Plusieurs longues semaines se déroulent en une cohabitation, certes fébrile, haletante, « vedettarisée », mais profondément respectueuse et féconde. Jusqu’à ce que le ministre de l’Intérieur poussé à bout fasse cesser ce « scandale » en ordonnant l’assaut de l’église par les CRS, qui vont en défoncer la porte à coups de hache, scène restée hautement célèbre. Henri Coindé, en train de lire I have a dream, ne peut retenir ses larmes. Au beau milieu des tempêtes, le curé et l’équipe de St Bernard demeurent solidaires et sereins.

Un geste prophétique était né, qui allait connaître les développements que l’on sait, jusqu’à son accent majeur donné aux migrants par le pape François.

Par la suite, Henri Coindé continue à agir, comme il l’a toujours fait, dans la plus grande discrétion de son être et de sa modestie. « J’étais étranger et… j’ai simplement accueilli ». Retiré à Toulon, il poursuit dans l’anonymat sa mission, toujours porté par la Mission Ouvrière et l’Action Catholique Ouvrière, sa véritable famille. En même temps, pasteur infatigable malgré la maladie, fidèle jusqu’à la fin au remplacement estival chaque année d’un curé isolé en Auvergne, pour permettre à ce dernier de souffler un peu. De temps à autre accueillant, étonné, des journalistes ou photographes désireux de raviver son histoire, qui marque aujourd’hui toute notre époque, consentant à écrire quelques articles à la demande de revues souhaitant perpétuer son témoignage (après avoir écrit « Curé des sans-papiers », titre qui lui semblait beaucoup trop prétentieux, en fait son journal du fameux été 96, Cerf 1997).

Henri Coindé était bon cuisinier, délicieusement malicieux, totalement convivial. Il nous laisse un testament plus que jamais vital, il n’y a de saveur et même de survie pour notre humanité que dans « le goût de l’Autre ».

JMG pour Réseau Chrétien — Immigrés

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.