Douce France

La France a plusieurs visages. A certains elle semble douce, à d’autres moins. Ce jour-là à Saint-Merry elle a offert le meilleur.

logo migrants1« Douce France » , cette chanson de Charles Trénet, nous l’avons entonnée à pleine voix hier au cours du déjeuner auquel le conseil de quartier Saint-Merri a eu la généreuse idée d’inviter, ce 30 janvier, une quinzaine de Français dont quelques membres de ce conseil et une vingtaine de migrants avec cinq de leurs formateurs, tous venant des cours de français qu’organise le Réseau Chrétien-Immigrés à la mairie du 4ème.  Il faut savoir que le maire, Christophe Girard nous prête quelques salles pour les accueillir quatre fois par semaine. Et cela fait 14 ans que le RCI en bénéficie.

Cette 20160130_144220-2France ainsi chantée, elle n’est pas toujours douce pour ces apprenants qui souvent mettent dix ans à obtenir un titre de séjour durable ou un travail qui ne soit pas « au noir. » Mais hier était un jour de fête. Alain Genel, le président du conseil accompagné de Hortense Georgandelis. qui coordonne les 4 conseils de quartier et de Anne Lebreton, adjointe au maire, avait invité à ce déjeuner festif,  une cinquantaine d’apprenants au RCI, simplement pour faire connaissance avec des personnes étrangères qui partagent les mêmes salles au 4 place Baudoyer dont les hautes portes Liberté, Egalité, Fraternité annoncent la couleur.

Les 18 formateurs ont eu pour mission de transmettre aux apprenants cette invitation. Ils ont eu un peu de mal à les décider ! Car bloquer son samedi matin, même pour une fête, n’est pas chose facile pour ces hommes et ces femmes, qu’ils aient 20 ou 60 ans. Ce jour-là, ils sont en famille, ou entre amis, ou ils se reposent de leur semaine de travail, ou ils travaillent, certains d’entre eux acceptant tout boulot qui se présente, même un week-end.  Dans cet emploi du temps peu de place pour les loisirs. Un travail de persuasion, une centaine de sms envoyés… finirent par porter leurs fruits et ils étaient une vingtaine hier à avoir répondu à l’appel.

Cela se passait dans la salle Xavier de Chalendar de l’église Saint-Merry. Le RCI y est domicilié et nombre de personnes de la communauté portent un réel intérêt au sort desamine md migrants et les soutiennent autant qu’ils le peuvent. Les tables colorées avaient été fleuries par Mireille Berbonde, particulièrement inspirée ; sur les murs, des panneaux écrits pendant la célébration du 18 janvier, Journée mondiale du migrant et du réfugié, s’adressaient directement au migrant, avec des mots d’accueil e de tendresse très justes.

« Bienvenue parmi nous. Gardez espoir malgré toutes les difficultés rencontrées sur la route.
Nous souhaitons partager votre histoire. »

« Vous m’invitez à me pousser pour vous faire une place.
 Bonjour et bienvenue ! »

« Bravo pour votre courage pour avoir tout quitt
é et risqué l’inconnu !
Merci pour votre confiance, nous voulons en être dignes ».

Douce France….

Le curé, Daniel Duigou, manifestement  heureux de s’adresser à « des amis », est passé pour dire sa joie d’une telle rencontre dans les murs de Saint Merry et ses remerciements aux organisateurs de l’événement, particulièrement au Conseil qui en a eu l’initiative.

Puis ce fut au tour d’Alain Genel de nous accueillir
tous avec chaleur ; il précisa en quelques mots le rôle du Conseil, puis demanda à chacun des convives de se présenter en donnant son nom et le pays d’où il venait. Loin d’être embarrassé par cette demande, chacun prit la parole et souvent pour en dire plus, par exemple depuis quand ils étaient en France et quel était leur travail. Ils sont en France depuis 1 à 10 ans ; les hommes travaillent pour beaucoup dans le bâtiment mais aussi dans les espaces verts et les cuisines de restaurant,DSC01742 les femmes sont femmes de ménage ou garde d’enfants.

Se côtoyaient Yasir, Nacer, Amine, Rita, Hongbo, Oumar, Youssef, Katiadou,  et d’autres  venus de l’Egypte, de la Russie, de l’Ukraine, du Mali, de Colombie, de la Guinée, de la Chine  et quelques Français, dont certains nés en Algérie, ou en Sardaigne… soit une dizaine d’origines différentes. Loin d’être un inventaire à la Prévert, la variété de cette liste montre le désir qui relie tous ces étrangers : celui d’apprendre le français et les codes qui permettent leur insertion.

Le repas préparé par l’équipe du Conseil (la soupe de Pascal L. : une merveille de saveurs !) aidé de personnalitésDSC01749 de Saint-Merry telle Jo de Linde,d’origine anglaise, qui encouragea les migrants présents dans leur apprentissage du français – parce qu’elle était passée par là, il y a 30 ans « et ce n’était pas facile ! » – fut délicieux et les conversations de chaque tablée  – en français ! – allèrent bon train. Une façon efficace et très gaie de faire connaissance. Dans les cours, on travaille et lDSC01752es moments pour se retrouver tous ainsi sont relative
ment rares. Ce fut aussi une occasion pour certains de parler rapidement avec les formateurs de leur dossier de régularisation, ou d’organiser un rendez-vous pour être accompagné à l’Ofpra…

Pas si douce, la France…

Et puis, avant le dessert, on chanta ; Gianni Cappai et quelques autres convives, se lancèrent, et très vite l’assemblée entière les suivit (copie DSC01757du texte sous les yeux). Le temps d’un cours instant, celui d’un refrain,  la France parut douce, je l’espère, au cœur de chacun.

Oui je t’aime
Et je te donne ce poème
Oui je t’aime
Dans la joie ou la douleur.

 

md
Coordinatrice des cours de français au Réseau Chrétien – immigrés

 

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