Du « mariage pour tous » à « la théorie du genre »

Spectacle inhabituel ce 19 mai au théâtre de la Colline : Edwy Plenel, de Mediapart, plante le décor dans un théâtre bondé : une loi sauvée in extremis, des conservatismes qui s’allient. En parallèle à cette rencontre, un colloque : « Habemus gender », à Bruxelles ; puis à Paris : « Les autorités religieuses face au genre »…

 

Logo de Mediapart (www.mediapart.fr)
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Spectacle inhabituel ce 19 mai au théâtre de la Colline :  Edwy Plenel plante le décor dans un théâtre bondé… : une loi sauvée in extremis, des conservatismes qui s’allient. En parallèle à cette rencontre, un colloque : « Habemus gender », à Bruxelles ; puis à Paris : « Les autorités religieuses face au genre »… Un thème à suivre.

Céline Béraud, sociologue des religions, donne trois éléments pour expliquer cette mobilisation : d’abord une tendance qui se prépare depuis 20 ans ; Benoît XVI s’inquiète de la position de l’ONU sur « le genre ». Des réactions sur le PACS et un galop d’essai sur les manuels de SVT, aux contenus bien inoffensifs, à partir desquels se teste un répertoire d’actions nouvelles, lobbying et pétitions… Ensuite un désenclavement avec d’autres groupes religieux et le rabbin Bernheim autour d’une anthropologie universaliste. Enfin un unanimisme du monde catholique, en dehors de quelques voix dissonantes – D et J, Comité de la Jupe, Témoignage chrétien, autour des valeurs d’accueil, laïcité, égalité, — même si, à la session d’avril de la Conférence des évêques la division est forte. Il ne faut pas oublier que les catholiques, même très minoritaires, gardent une grande capacité de mobilisation par leur organisation (paroisses, écoles, associations), leur lobbying et politique, et leur place dans les réseaux sociaux.

Houda Asal, universitaire, spécialiste de l’islamophobie, est frappée par les alliances et retournements, le brouillage des frontières : le monde musulman est traversé par les courants multiples et concurrences internes. Elle souligne le contentieux fort de l’islam avec la gauche : celle-ci contre le port du voile, les sorties scolaires refusées aux mères avec un foulard, etc… : un sentiment de trahison face à l’engagement d’ouvrir le vote aux municipales pour les étrangers. Elle constate une alliance nouvelle avec des groupes catholiques marginaux. Comment les espaces militants vont-ils relever ces défis ?

Eric Fassin ouvre une comparaison entre le PACS et le mariage pour tous : pour le PACS, une gauche conservatrice ; contre le Mariage pour tous une droite dure. Il souligne le caractère extraordinairement clivant du Mariage pour tous entre droite et gauche (voir Irène Théry et Sylviane Agacinsky). Le débat a glissé du fondement sur la culture, qui a perdu son universalisme depuis 2001 et le mariage homosexuel ouvert aux Pays-Bas, à un fondement sur la nature, construit sur la biologie et la filiation. On note aussi la guerre du langage : la gauche avec le « Mariage pour tous », la droite répond par la « théorie du genre ».

Nouveaux clivages, alliances nouvelles

On voit des convergences incohérentes, des repères perdus : dans les milieux militants se sont produits des ruptures et des conflits violents. Côté manif pour tous : on trouve les associations familiales catholiques, les évangélistes, la présence musulmane étant très marginale. À noter qu’à l’UNAF, les AFC opposent le droit de la famille aux droits de l’homme, dans une sorte de « familialisme », avec des relents maurassiens. Parfois, les arguments sur la « théorie du genre » font penser au créationnisme américain : théorie ou idéologie ?

« La crise, c’est quand le vieux monde tarde à mourir, et que le nouveau tarde à naître » (Gramsci).

Anne René-Bazin

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