Echos du Collège des arts visuels par un de ses membres

Récemment, deux d’entre nous s’interrogeaient non sans pointe d’humour lors de l’exposition de Dominique Renson sur ceci : dans une église, saint Merry, au moment de Pâques, des visages à fleur d’émotions entièrement humaines, rien qu’humaines, et dans une galerie parisienne, au même moment, un artiste « chrétien » exposant des scènes bibliques : y aurait-il erreur de choix de lieu  de destination? Ne serait-ce pas l’ordre inverse qui irait de soi ? N’étant pas mandatée par le collège, les propos qui suivent sont librement subjectifs. 

Dominique Renson artiste non croyante nous mettait alors en présence de visages offrant leur vérité d’hommes et de femmes de maintenant, tels que nous les rencontrons, tels que nous apparaissons nous aussi, je l’espère. Serait-ce déplacé ? A-t-on besoin de représentations de nos croyances religieuses qui ne manquent pas dans Saint-Merry ?
Bien au contraire, tous ces artistes qui nous donnent à voir leurs œuvres, Jeanne Rimbert plus récemment et tous ceux qui ont précédé et tous ceux qui viendront, à mes yeux, sont un cadeau pour nos regards trop habitués que pourrait guetter l’endormissement devant des images connues non dérangeantes. Là nous y sommes, il peut arriver que « ça » nous dérange.

« C’est de l’inconnu que le Seigneur arrive » lit-on dans « l’Etranger ou l’union dans la différence » de Michel de Certeau. (cité dans l’atelier des Fondamentaux de la foi, ainsi que J. Kristeva citée plus bas). Les artistes sont  une figure de l’étranger et de l’étrange d’une certaine façon. Un poète dit : « Devant la souffrance je ressens un arc de mots » et Nicolas de Staël : « Je ne peins pas ce que je vois, je peins le coup reçu ». Les artistes dérangent certes mais sont eux-mêmes dérangés : « L’art quand il approche le réel, découvre un monde, une réalité qui ne ressemble pas à l’idée que nous nous en faisions » (Jean Collet, critique d’art dans la revue Etudes janvier 1992).
Outre cet aspect dérangeant, les artistes peuvent bousculer ce « nous »  que nous formons. Julia Kristeva écrit à juste titre que l’étranger rend le « nous » problématique, difficile, impossible même.

Dans son livre « L’appel des images » Catherine Chalier écrit, évoquant Marc Rothko : « Dans le silence qui est le sien, une œuvre picturale propose à chacun de s’interroger sur ce qu’il voit et écoute, davantage qu’à s’enfermer dans un savoir érudit à son propos, savoir qui, souvent interdit de voir… ou encore de s’agripper à des certitudes, philosophiques, religieuses ou idéologiques censées en dire la vérité. L’œuvre en effet passe outre un tel savoir et de telles certitudes et elle demande plutôt qu’on la regarde en tentant d’écouter le mystère du monde que le peintre a lui-même écouté et auquel il a répondu par son œuvre » p.78

Revenant au collège des arts visuels **dont je suis membre actuellement, son fonctionnement collégial m’autorisant à écrire de mon propre gré repose à mon avis sur le fait que nous y sommes à des titres très différents, avec des compétences et intérêts différents, ayant des liens plus ou moins distancés par rapport à l’Eglise mais avec un point commun : nos rencontres, nos relations avec des artistes vivants et leurs créations, qui s’adressent à nous Saint-Merry, nous faisant confiance, et nous, les accueillant, leur donnant aussi notre confiance. Par là même, le monde contemporain nous est un peu présent dans ses lassitudes et dans ses nouveautés.

**Un mot sur le « collège des arts visuels ». Créé à l’initiative de l’équipe pastorale d’avant 2015, et s’appuyant sur un groupe existant à l’intérieur de « Voir et Dire », il est constitué d’un référent du pôle Art, du prêtre responsable, d’un référent de l’EP, de trois membres de la communauté, de personnes qualifiées en matière artistique. Trois grandes réunions par an, plus des collaborations entre personnes du collège pour des contacts avec les artistes. Nous sommes un des lieux de passage dans les deux sens entre le cultuel et les murmures parfois véhéments de la ville.

Marie-Thérèse Joudiou

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