Économie solidaire selon Gandhi

Pour Ziad Medoukh, cette participation des jeunes à des activités de bénévolat montre leur ouverture sur la société civile, ainsi que leur intérêt pour les événements et les activités sociales des familles de la Bande de Gaza.

Économie solidaire selon Gandhi : l’apprentissage des étudiants de Gaza

 Régulièrement, le Centre de la paix de Gaza et le département de français de l’Université al-Aqsa, dirigé par Ziad Medoukh, enseignant, poète et militant des droits de l’homme, organisent des actions communes de sensibilisation des jeunes aux réalités sociales et économiques de ce petit territoire sous blocus depuis dix ans. Les initiatives concernent notamment le soutien psychologique aux enfants traumatisés par les agressions de l’armée israélienne, l’aide aux paysans lors des récoltes et le soutien aux travailleurs dans les usines. Cette contribution fait partie du module d’apprentissage à la vie sociale du département de français. C’est ainsi que le 12 mai, des  étudiants – avec lesquels nous sommes régulièrement en contact à Saint-Merry par internet (Skype) – ont mené une activité de bénévolat dans la ville de Jabalya, au nord de la Bande de Gaza, en aidant les ouvriers d’une usine de détergent.

RŽcolte des fleurs ˆ Beit-Lahia (25 :04:2016). Les étudiants, le doyen de l'Université et Ziad Medoukh avec M. Abu Nidal Sarsour, agriculteurAuparavant, le 25 avril, ils avaient participé à la récolte des légumes et des fleurs dans des exploitations situées encore plus au nord, dans une zone dangereuse car fréquemment sous le feu de l’armée israélienne. Deux jeunes, Mohamed Abou Srar et Sarah Abou Nada, ont accepté de nous décrire leur expérience de cette journée. Nous reproduisons leurs textes dans leur formulation d’origine (ils n’apprennent le français que depuis deux ans mais ils le maîtrisent déjà très bien).

1) « Une journée particulière avec les paysans de Gaza » (par Mohamed Abou Srar)
« Le lundi 25 avril, une jolie sortie et très bien organisée a eu lieu vers 11h depuis le département de français à l’université Al-Aqsa, jusqu’à la région de Beit-Lahia au nord de la Bande de Gaza. On a fait un tour aux terrains et exploitations agricoles à Beit-Lahia.
La sortie s’est déroulée en trois étapes :
D’abord, c’était l’accueil chez M. Abdeljalil, qui était content en accueillant le groupe, et puis M. Ziad a expliqué les objectifs de cette sortie et comment serait son déroulement.
Deuxièmement, M. Abdeljalil a guidé le groupe dans les terrains agricoles. Au début ils sont allés à la plantation d’Al-Chafï. Là il y a eu une grande participation de la part de tous les étudiants, de leur professeur et du doyen dans la récolte de plusieurs légumes dont le concombre, l’oignon et le maïs.
Pour sa part M. Akram, le responsable de la plantation Al-Chafï, a exprimé son bonheur de la volonté du département de français et de ses travaux appréciables et socialisables, et il a apprécié les travaux et les efforts qu’avaient faits les étudiants.
M. Ziad a remercié Akram pour son accueil et pour permettre aux étudiants de participer à ce bénévolat et de vivre cette expérience qui vise à faire acquérir par les étudiants de nouveaux savoirs et apprentissages pour les rapprocher de la société en faisant des projets semblables ; il a aussi mentionné brièvement les efforts et l’aide de M. Abdeljalil pour soutenir le département de français.
Puis le groupe est allé à la floriculture d’Abu Nidal Sarsour, qui a servi aux étudiants des fruits de sa propre plantation ainsi que plusieurs types de roses, tout en guidant le groupe entre les fleurs et les arbres de la plantation.
Je suis très content de ce qui s’est passé aujourd’hui, bien que j’aie marché plus que j’avais marché dans toute ma vie, et il faisait très chaud ; mais bonne sortie, bonne compagnie. »

2) « Une journée merveilleuse » (par Sarah Abou Nada)
« Je dois remercier le département de français et le Centre de la paix de nous donner la chance d’élargir nos horizons, également de voir ce qui se passe dans la Bande de Gaza ; des choses que vraiment on oublie lorsqu’on est entraîné par la vie, le stress et les études ; on oublie que la vie ne tourne pas seulement autour de l’université ; il faut qu’on soit prévenants les uns aux autres et qu’on prenne soin de ceux qui affrontent divers types de tragédies et de fatigue. 
On était très contents d’organiser un travail de bénévolat pour les étudiants de la deuxième année, dans le but de faire un projet sociolinguistique en dehors du département mais avec des objectifs pédagogiques, à la fois insister sur l’importance du travail bénévole et aider les agriculteurs de la ville de Bayt-lahya’a.
Personnellement, j’ai visité la ville plusieurs fois, mais jamais je n’avais contacté ses habitants. Pour la première fois, j’ai touché le bon cœur des gens de Bayt lahya’a. « On se rend visite énormément et dans toutes les occasions », a expliqué monsieur Abd, « tout le monde connaît tout le monde ici », a-t-il ajouté. Ça donne du réconfort lorsqu’on sait, à Dieu ne plaise, que si j’affrontais du mal ou bien des bonnes occasions, presque toute le quartier m’aiderait.
Ensuite on est arrivés vers l’exploitation de monsieur Karam Shafï qui cultive à la fois les oignons, le maïs et les concombres. Ce qui le distingue est qu’il cultive des produits biologiques. Le monsieur nous a notamment expliqué comment on doit les ramasser, et nous a également donné des informations comme par exemple : pour planter des fraises, il faut qu’il paye entre 2000 et 3000 dollars sans être assuré par des institutions agricoles ; il a en plus mentionné qu’en 2005 jusqu’à maintenant, il a eu la chance de suivre un projet néerlandais qui porte sur l’enseignement aux agriculteurs de la façon correcte de planter les moissons, non seulement comme un produit à vendre mais aussi pour en prendre soin.
Après on est allés à une nursery aussi de la famille Shafï, qui a été très hospitalière avec nous. Ils ont parlé de pollinisation manuelle des fleurs et comment on peut les mélanger ensemble pour sortir des couleurs variées, en nous donnant des
paroles spontanées ; en plus il nous a expliqué l’importance de la thérapeutique herbale.
C’était une chance de rencontrer des gens nouveaux. A la fin on est rentrés chez nous vers 18h. Pour ma part, j’aimerais y aller une autre fois. »

Pour Ziad Medoukh, cette participation des jeunes à des activités de bénévolat montre leur ouverture sur la société civile, ainsi que leur intérêt pour les événements et les activités sociales des familles de la Bande de Gaza. Il souligne l’importance pour le Centre de la paix et les étudiants « d’encourager les produits nationaux, de développer une économie non violente et de promouvoir les principes gandhiens dans la production familiale, qui favorisent l’autonomie et le développement des revenus pour les travailleurs et leurs familles, afin de créer une économie solidaire, respectueuse de la vie et des rythmes de la vie, dans une dynamique d’équilibre optimal ». On est loin de l’image d’extrémisme et de terrorisme trop souvent véhiculée par les médias occidentaux, prétexte à un blocus inhumain qui enferme 1,8 million d’habitants de la Bande de Gaza depuis bientôt dix ans.

Laurent BAUDOIN, initiateur des contacts via internet avec les jeunes étudiants de Gaza.

NB : Ces articles en français des jeunes de Gaza ne sont pas exempts de quelques maladresses (j’ai corrigé les principales avec l’accord de Ziad), mais je pense qu’il faut les conserver telles quelles pour leur spontanéité et leur fraîcheur.

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