Écoute

Cet atelier prend donc comme point de départ le mot : « Ecoute, » maitre mot de la Bible. Ecouter et pas seulement entendre, comme le rappelle récemment le pape François, lequel dit aussi : « La parole a en soi un potentiel que nous ne pouvons prévoir, l’Evangile parle d’une semence qui, une fois semée, croît d’elle-même… ». Encore faut-il qu’elle trouve la bonne terre, pour germer.

Atelier Saint Merry : « Ecoute des psaumes » à partir de l’hébreu.

Cet atelier prend donc comme point de départ le mot : « Ecoute, » maitre mot de la Bible. Ecouter et pas seulement entendre, comme le rappelle récemment le pape François, lequel dit aussi : « La parole a en soi un potentiel que nous ne pouvons prévoir, l’Evangile parle d’une semence qui, une fois semée, croît d’elle-même… ». Encore faut-il qu’elle trouve la bonne terre, pour germer. Denis nous enseigne au mieux sur ce sujet. Il a 40 ans quand nous nous rencontrons. Il est, depuis de nombreuses années, en établissements psychiatriques. Son absence de dent rend son élocution difficile, il bave beaucoup et, la nuit, il faut le mettre, chaque soir, nu, dans une pièce spéciale car il n’a pas la propreté sphinctérienne.

Source 2013_032nD’emblée il dit : « Je ne suis pas fou comme les autres, moi je suis un arriéré mental » ! Au bout de dix-huit mois, où il ne manque pas une seule de nos rencontres bihebdomadaires, il parle d’une opération où un bout de fer lui a été enlevé du cœur. Interrogé à ce sujet il sourit alors, vraiment, pour la première fois, et dit : « Depuis trente-trois ans que je suis hospitalisé j’ai dit cela à plein de docteurs, de psychiatres, de psychanalystes, de psychologues, aucun ne m’a posé une question, alors je savais à qui j’avais affaire, c’était fi-ni » ! Peu après il rapporte le tesson de bouteille dont il se servait pour s’ouvrir les veines à la moindre contrariété, et demande à voir la mer qu’il n’a jamais vue. Une maison médicalisée, en bord de Méditerranée, accepte de l’accueillir et, pour pouvoir partir, il acquiert très vite la propreté sphinctérienne. Accompagné à la gare il voyage toute la nuit, seul, dans le train. Après un séjour de 2 mois dans cet établissement il revient enthousiasmé de ses « premières vacances » !

Les psaumes étant « un cri avant d’être un écrit » se prêtent donc aussi à être écoutés. Selon les Sages d’Israël, les psaumes 1 et 2, introduction à tout le psautier, n’en forment qu’un seul car, lorsqu’une œuvre était particulièrement chère à David, il la commençait par achré, heureux, et la terminait par achré. Le premier mot du psaume 1, commençant par un aleph, le dernier mot par un tav, première et dernière lettre de l’alphabet hébreu, nous pouvons entendre qu’il est, en lui-même, une totalité, soit alpha et oméga.

Notre projet de travail sur le texte biblique hébraïque vise aussi à dégager en quoi il a pu être reconnu, tardivement, par Freud, comme ayant eu un effet durable sur la direction de son intérêt. Nous devons à Gérard Haddad de rappeler que l’étrange similitude qui existe entre la méthode freudienne d’interprétation du discours du patient, avec ses rêves et ses lapsus, et celle du midrash – mode singulier juif d’interpréter le texte biblique – fut relevée pour la première fois, au début des années soixante-dix, par Jacques Lacan.

Chaque mot du texte fait donc pour nous l’objet d’une telle étude laquelle peut conduire chacun(e) qui le désire à établir sa propre traduction du texte biblique et à en tirer des enseignements. Prenons, par exemple, le second verset du psaume 1 : Ki im bétorat Adonaï H’éf-tso, ouvtorato yéhgé yoman valaïla, soit : 1 : Car si dans l’enseignement d’Adonaï est son désir profond, et dans son enseignement il ? yéhgé ? jour et nuit. Le verbe yéhgé, racine ה ג ה hé, guimel, hé, est à la forme paal, qui est une forme active simple, dont l’action est toujours en cours, appelée inaccomplie en hébreu. Etymologiquement ce verbe a le sens de bourdonner, murmurer, réfléchir, méditer, ruminer (une idée). En hébreu moderne il signifie prononcer, énoncer, et détourner. Au paal précisément cela peut signifier grogner comme un lion, rugir donc, roucouler, pousser un cri, proférer un mot. Il ressort de cette étude que ce verbe indique qu’il ne suffit pas de méditer l’enseignement d’Adonaï mais qu’il s’agit aussi de le murmurer, d’articuler chaque son du mot dans un mouvement des lèvres et, pour faire cela jour et nuit, certains choisissent d’apprendre le texte par cœur, ce qui se dit « au moyen de la bouche » en hébreu. Or nous savons, par Marcel Jousse, que « l’homme est un animal mimeur qui rejoue le monde par tout son corps et, notamment, par les muscles laryngo-buccaux, et qu’apprendre un texte par cœur met en jeu les mêmes muscles laryngo-bucaux que lorsque l’on ingère un aliment ». M. Jousse ne manque d’ailleurs pas de faire le lien avec « Prenez et mangez, prenez et buvez …» Ainsi, dans le travail de midrash, interrogation, étude, mise au travail de la parole, du verbe, se dévoile tout le processus de sublimation possible de la pulsion, orale ici. La liberté de l’homme n’est pas au niveau du choix de ses pulsions mais de ce qu’il choisit d’en faire. Ici, par exemple, que choisit-il de ruminer : l’herbe, l’alcool, la cigarette, le tabac, la musique, le théâtre, les textes, bibliques entre autres…? Nous ruminerons encore ces textes les 21 mai et 11 juin qui viennent.

                                     10 avril 2016,  Jean Jacques Bouquier.

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