Élections municipales. Le Front National au filtre de l’Évangile

Marine Le PenDepuis le temps qu’on en parle, des municipales, on finit par être tout surpris d’être à la veille du 1er tour. Consistent-elles un enjeu si important que cela dans nos modestes existences à chacun ? La presse affirme que les électeurs font des choix en termes de politiques locales, et que les étiquettes de partis ne jouent pas du tout le même rôle qu’aux élections nationales ou même aux autres scrutins locaux, même dans les grandes villes ; que des électeurs de droite voteront Gérard Collomb à Lyon sans état d’âme, et des socialistes Alain Juppé à Bordeaux sans remords, au vu de leurs bilans respectifs. Et que d’ailleurs, l’abstention sera sans doute une tendance lourde.
Mais une rumeur persistante, amplifiée ces jours-ci par les déboires de l’UMP sur divers fronts politiques et sociétaux, prédit une vague sans précédent d’élus frontistes, portés par l’exaspération devant les scandales politiques où pataugent les partis traditionnels, et par l’inquiétude devant les difficultés économiques des classes populaires, voire moyennes. En tant que citoyenne, en tant que démocrate, en tant que chrétienne, ai-je quelque chose à en penser ?
Citoyenne et démocrate, ça paraît assez facile : on peut à juste titre se méfier d’un parti qui se construit sur des valeurs pas toujours compatibles avec les bases communément admises de la démocratie — tous les citoyens, quelles que soient leur origine ethnique ou leur religion, sont égaux devant la loi —, et en même temps revendiquer le droit d’expression pour tous, même les antipathiques, du moment qu’ils jouent le jeu des élections prévues par la loi commune. C’est une chose de faire une interview sans complaisance, et autre chose de boycotter les représentants d’une frange de l’électorat dans son journal.
Faire entendre une voix chrétienne, ça me paraît déjà plus complexe, et d’ailleurs on a pu voir au fil des années une certaine variété et des évolutions, dans les propos tenus par les évêques de France. Mais entre celui qui refusait le baptême à des enfants de militants FN, en posant que l’Évangile était incompatible avec les fondamentaux de ce parti, et celui qui préférait rappeler la miséricorde méritée par toute personne en état de perdition économique et sociale, qu’il fallait voir comme une victime et non comme un coupable, on ne peut néanmoins pas dire que ce parti soit considéré comme neutre par nos responsables religieux parmi l’offre de choix politiques dans ce pays. Au sein du FN lui-même, il semble qu’il y ait un courant catholique intégriste (sans commentaire), mais il doit cohabiter avec un courant au moins aussi puissant, athée revendiqué ultra-anticlérical. (Ça doit être joyeux, les rencontres lors des congrès…)
En cas de vague frontiste assez déferlante pour être inquiétante, nos évêques nous enverront-ils dans la rue avec des pancartes « la République pour tous » ? J’en doute. C’est donc à chacun de nous, là où il est, de redire tranquillement et inlassablement, par ses paroles et surtout par ses actes, que l’Évangile sur lequel se base cette « civilisation chrétienne » revendiquée agressivement comme telle par certains est d’abord une Bonne Nouvelle, un message d’amour de Dieu aux hommes, à tous les hommes, qui enjoint à chacun de se mettre humblement au service de ses frères à commencer par les plus petits – les plus pauvres, les immigrés, les malades —, à l’opposé du hurlement « tarzanesque » du surhomme aryen.
Et au-delà, comment rappeler à l’ensemble de nos hommes politiques (pour paraphraser le pape François en parlant de l’Église aux cardinaux) que la République n’est pas une échelle à laquelle on monte, mais un peuple au service duquel on se met ?

Blandine Ayoub

4 Commentaires

  • Je ne vois pas ce que le FN a de non compatible avec la foi catholique, si ce n’est justement son respect des lois « républicaines » (avortement…) , et parmi les « intégristes », il y a de vrais catholiques fidèles au pape et aux valeurs chrétiennes, ne vous en déplaise.

    D’autres partis par contre sont beaucoup moins neutres, le PS particulièrement est incompatible avec les valeurs catholiques et vous n’en parlez pas !

    Ah, vous pouvez dire que certains « revendiquent agressivement » la civilisation chrétienne, vous préférez rester gentil avec tout le monde et croire à l’angélisme ? ce sont les gens comme vous qui mènent le peuple vers l’enfer, pavé de bonnes intentions, en négligeant de défendre le Christ qui lui, n’a pas hésité a revendiquer les droits de Dieu, et n’a pas eu peur de subir les foudres des hommes.

    Mike

  • Je pense avoir été assez claire sur les motifs d’incompatibilité entre la doctrine du FN et le message évangélique dans ma chronique, et je n’y reviendrai donc pas davantage : il n’y a qu’à la relire. Un autre point de votre réaction mérite peut-être une précision : il n’y a aujourd’hui aucun parti politique qui puisse se prétendre totalement compatible avec les chemins proposés par l’Evangile d’une part, et l’Eglise de l’autre (qui sont le plus souvent compatibles entre eux, mais, me semble-t-il, pas toujours). Les enquêtes démontrent qu’une majorité de catholiques français vote à droite, par exemple, en pensant défendre une certaine vision de la famille, comme l’a montré le récent épisode du « mariage pour tous ». Mais le Pape lui-même, se référant à la doctrine sociale de l’Eglise, fustige par ailleurs avec vigueur les excès du libéralisme économique défendu par cette même droite. Et je suis assez contente qu’aucun grand parti français n’arbore d’étiquette chrétienne, comme le font les Allemands ou les Italiens, car ces partis étant aussi fautifs que les autres (affaires de corruption, notamment), ils nuisent à l’image des Eglises et des chrétiens après s’en être arrogé indûment le patronage. Pas d’angélisme, donc, mais plutôt une certaine tristesse devant l’état de notre monde politique… Blandine Ayoub

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