Elisabeth Smadja : Prier le verbe. L’alphabet hébraïque, icône du Christ.

Elisabeth Smadja est bien connue à Saint-Merry où elle anime des ateliers où l'hébreu prodigue sa sève à l'Evangile. Dans son nouveau livre, elle explique :  «  C'est par le biais de ma conversion au catholicisme, à l’âge de quarante-cinq ans, que je me suis intéressée à la langue de la Bible, plus précisément aux lettres de son alphabet.  J'ai été comme frappée d'amour pour chacune d'elles et j'ai compris intimement que les aimer, c'était aimer Celui qui les contenait toutes, à savoir, le Verbe de Dieu fait chair, le Christ. N’est-il pas l’alpha et l’oméga, soit en hébreu, l’aleph et le tav, nom de la première et de la dernière lettre de cet alphabet ? » Elle nous parle avec compétence et émotion de l'alphabet hébraïque.

« J’ai réalisé alors que prendre soin de ma parole, c’était prendre soin de lui tout autant que lorsque j’étudiais les Écritures et je suis entrée dans une nouvelle manière d’aimer le Christ et de demeurer en lui. J’ai considéré chacun de mes propos avec encore plus de précaution, une crainte nouvelle me saisissant, celle de le blesser, en blessant par mes paroles mon prochain – en revêtant notre humanité n’a-t-il pas pris dès lors, le visage de chaque homme ? J’ai compris que l’Alliance entre Dieu et les hommes étaient depuis Noé, une Alliance par et dans le Verbe.

C’est le fruit de cette réflexion et de ces considérations toutes personnelles, élaborées à partir des extraordinaires singularités de la langue hébraïque, langue de la Bible, langue du Christ, ainsi que de mon cheminement en Christ, que je partage au lecteur dans ces pages.

Elles sont une invitation à relire les mots de notre foi en hébreu, pour en découvrir d’autres sens qui enrichiront notre méditation et nos prières ; mais aussi à relire notre vie comme on lit et relit la Bible, en sondant chaque parole, en commentant, en interprétant chaque événement, pour écrire les pages d’un troisième livre, celui de notre compagnonnage avec le Père et le Fils dans le souffle de l’Esprit.

Examiner les mots qui racontent notre vie, les faire voler en éclats puis, rassembler toutes les lettres répandues sur le sol et écrire d’autres mots, des mots de lumière, de paix, d’amour qui chantent alléluia, qui disent notre consentement à ce qui a été, ce qui est, ce qui vient ; un agenouillement de toute notre personne devant le « Très haut », le « Très bas » », le « Tout lointain », le « Tout proche », qui est venu nous visiter.

Dans le Zohar, le Livre de la splendeur, œuvre maîtresse de la Kabbale, il est écrit que les lettres de l’alphabet hébraïque préexistaient à la création du monde. Dieu jouait avec elles et les contemplait. Elles faisaient son délice et sa joie. Lorsqu’il se décida à créer le monde, elles vinrent se présenter à lui de la dernière à la première, chacune plaidant sa cause, pour avoir l’honneur de commencer la création.

Le livre qui raconte la création du monde, l’appel de Dieu à Abraham, l’Alliance entre Dieu et Israël et cette espérance universelle d’une ère messianique pour le salut de tous les hommes, est écrit en hébreu et s’appelle pour les juifs la Bible ou  en hébreu le Tanakh : c’est que les chrétiens appellent l’Ancien Testament.

Pour le monde chrétien, le Verbe est la deuxième Personne de la Trinité Une, Jésus de Nazareth, Fils de l’Homme et Fils de Dieu. Il est la Parole vivante et créatrice de Dieu

 « Au commencement était le Verbe et le Verbe était avec Dieu… Il était au commencement avec Dieu, tout fut par lui et sans lui, rien ne fut » (Prologue de l’évangile de saint Jean).

Les évangiles, les épîtres et l’Apocalypse forment pour les Chrétiens le Nouveau Testament, dont nous n’avons que des textes grecs. Or Jésus et son entourage parlaient araméen et connaissaient l’hébreu même si certains connaissaient peut-être le grec, voire le latin.

En regardant les lettres hébraïques, j’ai voulu repenser à leur sens dans le tanakh tout en l’éclairant par l’Evangile et réciproquement…

Une langue du passage

La langue hébraïque se dit l’ivrit en hébreu. Ce mot vient du verbe avar, passer, traverser, qui vocalisé iber, signifie féconder et vocalisé  oubar signifie embryon. Cette langue nous invite à nous mettre en route, à laisser derrière nous le passé et le connu pour se laisser ensemencer par l’écoute d’une parole autre que la nôtre et nous mettre au monde. Le premier homme identifié comme un ivri, un hébreu, c’est notre père Abraham (Gn 14,13). Celui-là même qui est passé de l’autre côté du fleuve pour répondre à l’appel de Celui qui lui a demandé de tout quitter pour le suivre. L’hébreu est la langue du passage, une langue initiatique qui nous mène au cœur de notre être pour y rencontrer Dieu et cheminer avec lui.

A titre d’exemple, voici une très courte méditation prière sur une de ces lettres saintes, la seconde plus précisément, la lettre Bèt  

Dire que Jésus de Nazareth est l‘alpha et l’oméga, en grec ou l’aleph et le tav en hébreu, implique qu’il est tout ce qui peut être écrit, parlé, raconté, transmis, composé à l’infini avec les vingt-deux lettres de cet alphabet, à savoir toute la création mais aussi l’histoire personnelle de chacun d’entre nous. C’est pour cela qu’il a le pouvoir en Son corps donné pour nous, de racheter nos existences. Tout ce que nous avons écrit dans les larmes et la joie, la tourmente et les peurs. Rien ne sera perdu, rien n’aura été vécu en vain, tout en Christ est justifié, c’est à dire ressuscité. C’est cela aussi, la résurrection de la « chair-annonce ».

Elisabeth Smadja

Prier le verbe. L’alphabet hébraïque, icônes du Christ, Elisabeth Smadja. (2017, éd. Mediaspaul, 14 € env., 158 p.

Prochaines interventions :
– Sacrement de réconciliation : dimanche 13 mai à 10h
– Eucharistie : dimanche 10 juin à 10h

Elisabeth Smadja viendra aussi le samedi 5 mai, dans le cadre du groupe Psaumes, animé par Jean-Jacques Bouquier, ( 10 h à Saint-Merry) continuer l’étude du Notre Père : elle abordera la 3ème demande et les 3 ( ou 4…) demandes suivantes, ainsi qu’éventuellement la doxologie  finale.

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