Xavier de Chalendar, célébration

En relisant les livres de Xavier de Chalendar

« Quels prêtres pour demain ? Pour Xavier de Chalendar, le prêtre doit être d’abord un témoin de l’Absolu, dans un monde tenté de se créer des absolus (la technoscience du vivant, la politique, l’argent…), clôturé sur lui-même. Il est l’homme d’une contestation essentielle au nom d’une Altérité essentielle ». Jean-François Petit revient sur la personnalité et les livres de Xavier de Chalendar, dans ce premier volet d’une nouvelle série de chroniques.

La concomitance du décès de Xavier de Chalendar et de Henri Denis pousse naturellement cette première chronique à s’intéresser à leur sujet de prédilection : le ministère presbytéral. En effet, entre l’érudition sans faille du premier, attesté notamment dans son fameux petit livre Les prêtres (collection Microcosme, Seuil, 1963) et le théologien lyonnais, expert au concile Vatican II et rédacteur du décret Presbyterorum ordinis, que de liens possibles : même souci de reprendre l’histoire, de trouver des chemins nouveaux, de penser « dans le monde ce temps »… L’un et l’autre ont une solide expérience de formateurs, de responsables de séminaristes, de rencontres pastorales et d’accompagnement des personnes… mais ils se rendent compte de la coupure entre une Église qui se pense comme « forteresse assiégée » depuis Humani generis (1950) et un monde devenu scientifique et technique. Leurs devanciers, les Pères de Lubac, Chenu ou Congar, les ont incités à reprendre les dossiers sur le fond : retour à l’Écriture, recours à l’histoire, souci de la contemporanéité. Alors ils se mettent au travail. Plutôt qu’un message aux prêtres, Henri Denis soutiendra la rédaction d’un véritable décret, pour situer mieux le presbytérat dans la mission de l’Église. Toute la recherche théorique et pratique de Xavier de Chalendar aboutira aux mêmes conclusions. D’un point de vue historique, les prêtres n’ont pas toujours été choisis parmi les célibataires ou astreints à la continence. Ils ont participé collégialement au gouvernement de l’Église. Leur style de vie a pu être inspiré progressivement par celui des moines mais ils sont restés solidaires d’un peuple, d’une charge, d’un appel. Par crainte d’offices vacants, l’Église a pu ordonner des hommes « ad tempus », sans habit particulier, proches des hommes et proches de Dieu, tout en gardant une certaine sobriété et un détachement nécessaire vis-à-vis de charges civiles. Que de liberté retrouvée en relisant l’histoire !

Quels prêtres pour demain ? s’interrogent donc inlassablement les deux théologiens. Pour Xavier de Chalendar, le prêtre doit être d’abord un témoin de l’Absolu, dans un monde tenté de se créer des absolus (la technoscience du vivant, la politique, l’argent…), clôturé sur lui-même. Il est l’homme d’une contestation essentielle au nom d’une Altérité essentielle. Porteur d’une Parole, qui le dépasse et l’oblige, il favorise les prises de paroles. Témoin du sacré, il valorise la dimension spirituelle et personnelle de tout homme, en les aidant à faire des choix éthiques. Passeur entre l’Église et le monde, il porte l’institution autant que l’institution le porte.

Xavier de Chalendar assumait parfaitement le risque de promouvoir la pérennité de la figure actuelle du prêtre, en particulier du caractère indélébile du ministère presbytéral mais il valorisait aussi sa mobilité dans les formes et surtout dans les cultures. Bref, l’avenir du ministère presbytéral se tenait pour lui autant dans sa capacité à vivre configuré au Christ qu’à garder au cœur le sens de sa mission dans le monde. Rude chemin en 1963-1964 !

(à suivre…)

Jean-François Petit

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *