Épidémies… toujours

« L’ampleur épidémique de la fièvre Ebola en Afrique ne cesse d’apporter des informations alarmistes depuis le début de l’été. Cette nouvelle pandémie nous rappelle notre propre passé » La chronique d’Alain Cabantous

Ebola 3L’ampleur épidémique de la fièvre Ebola en Afrique de l’ouest et au Nigéria n’a cessé et ne cesse d’apporter des informations alarmistes depuis le début de l’été et jusqu’à ces derniers jours. Selon l’Organisation mondiale de la Santé, plus de 20 000 cas ont été recensés depuis le début de la contagion et à la mi-septembre on comptait près de 2 500 décès. Les pays les plus touchés comptent parmi les plus pauvres d’Afrique. Les soins, faute de traitement efficace et en attente du vaccin annoncé, sont extrêmement aléatoires ; les hôpitaux fermés, par manque de soignants ; les malades renvoyés chez eux ou laissés à l’abandon. L’aide internationale s’organise encore difficilement alors que les économies africaines sont, à leur tour, fortement touchées puisque toute l’activité tourne au ralenti. L’héroïsme des médecins et infirmières restés sur place, la présence indispensable de volontaires, l’envoi de nouvelles équipes caritatives, à l’exemple de l’ordre de Saint-Jean de Dieu, pour remplacer celles qui ont été emportées, le rôle accru des forces militaires pour tenter de juguler les désordres participent du quotidien de cette situation dramatique.

Nous sommes bien sûr concernés à la fois parce que cette immense catastrophe, ajoutée à tant d’autres maux, atteint aveuglément toute existence humaine et plus encore celles des plus humbles, parce qu’Ebola a de grandes chances de débarquer dans les pays occidentaux si ce n’est déjà fait, parce que cette nouvelle pandémie nous rappelle notre propre passé. La ponction mortifère, le système de santé défaillant et impuissant, la désorganisation sociale et économique, le sacrifice des uns pour tenter de sauver la vie des autres, la mobilisation politique renvoient à des épisodes particulièrement douloureux de l’histoire épidémique de notre continent.

Si la Peste noire de 1348-1352 a mis 115 jours pour se transporter d’Avignon à Lyon, sa lenteur d’alors ne la rendit pas moins effroyable. Elle fit 43 millions de victimes en quatre ans, soit environ le quart de la population européenne. Ce « mal qui répand la terreur » y eut des poussées redoutables jusqu’en 1842, relayé ensuite par le choléra qui tua quand même 150 000 personnes en France en 1853-1854. Sans omettre les 30 millions de victimes de la grippe espagnole en 1918-1919…, j’arrêterai là le palmarès incomplet.

Ebola 3Mais qui n’a jamais entendu parler de la peste de Marseille venue d’Orient en mai 1720 ? Début août elle fauchait 50 personnes par jour, fin août, plus de 1000 ! Au total, c’est près de la moitié de la population de la ville mais aussi 40 % de celle de Toulon et autour de 20 % dans le reste de la basse Provence qui moururent en quelques mois. Là aussi, hormis l’isolement, une totale impuissance médicale qui conduisit à établir un solide cordon sanitaire sous le contrôle de l’État pour éviter une immense contagion. Là aussi une vie économique en suspens et la paralysie du trafic maritime et des activités induites de longues années durant. Là aussi le sacrifice de civils (forçats compris) et de religieux (un cinquième du clergé marseillais) pour secourir les malades et enterrer les morts. Là aussi les questionnements devant une sorte d’irrémédiable qui efface tout en quelques heures, en quelques jours. Là aussi……

Hier, Marseille ville morte. Monrovia ville morte aujourd’hui. Sous nos yeux. Et le sentiment profond et renouvelé de l’immense fragilité de chaque vie humaine.

Alain Cabantous

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