Et Dieu dans tout ça ?

Le Népal vient d’être ravagé par des séismes meurtriers. Comment un Dieu bienfaisant et juste peut-il permettre la disparition de milliers de gens en quelques minutes ? La chronique d’Alain Cabantous

 

Coup sur coup, à deux semaines d’intervalle, le Népal et sa capitale viennent d’être ravagés par des tremblements de terre meurtriers faisant des milliers de morts,

des dizaines de milliers de blessés, brisant des familles à jamais, détruisant des trésors culturels. Désormais, il convient d’éviter les épidémies et de trouver au plus vite des abris avant la mousson. Les médias ont largement couvert les événements bien sûr mais peu ont évoqué l’interprétation que les habitants se sont faits d’un tel phénomène. On sait que les Népalais sont essentiellement hindous mais un hindouisme largement teinté de bouddhisme tantrique. Est-ce alors sous cette influence que la fatalité liée à l’apparence transitoire de l’existence humaine a été mise en avant ? Est-ce une intervention des esprits contrariés des montagnes et des cols si présents dans les éléments naturels ? Est-ce, comme l’a proposé un membre du parti nationaliste hindou une punition due à la faute sacrilège d’un homme politique local ? Les éléments précis manquent pour aller plus loin sauf à dire que ces interrogations sur les causes originelles d’un pareil phénomène meurtrier demeurent parce qu’elles traversent les siècles.

 

Lisbonne, matin de la Toussaint 1755, les églises sont pleines lorsque se déclenche un séisme de 8,5 sur l’échelle de Richter, provoquant une vague monstrueuse de quinze mètres à l’embouchure du Tage et faisant en quelques minutes plus de 10 000 morts.

Immédiatement, en guise urgente d’explication, se trouve convoquée la justice rétributive de Dieu, spécialement pervers ce jour-là envers les fidèles catholiques ! Son intervention directe se comprenant comme l’expression d’un châtiment envers une ville commerçante et portuaire, pécheresse par essence, encline à la débauche permanente et où l’inauguration récente du théâtre en serait le dernier signe en date. Dans le même registre, pour certains théologiens réformés de l’Europe du Nord, ce sont les pratiques superstitieuses de la population, soumise à l’Inquisition encore omniprésente, qui auraient provoqué la lassitude divine et le besoin d’une intervention exemplaire.

Ces interprétations un peu courtes sur cette sinistre élection ne manquaient pas, en écho, de renvoyer à une question majeure, développée par Voltaire dans son célèbre poème sur Le désastre de Lisbonne, publié en 1756 mais au très large retentissement :

Quel crime, quelle faute ont commis ses enfants ?/Sur le sein maternel écrasé et sanglant/ Lisbonne, qui n’est plus, eut-elle plus de vices/ Que Londres, que Paris plongées dans les délices ?

Bref, comment un Dieu bienfaisant et juste, voire, pour certains, désormais attentif à ses créatures peut-il permettre la disparition de milliers de gens en quelques minutes ?

Ou alors, est-ce seulement un simple phénomène naturel extrême auquel Dieu est étranger puisque, ce que l’on nommera plus tard une catastrophe, fait partie du risque encouru par la nature humaine à chaque instant sur cette terre. Mais si Dieu n’y est pour rien, intervient-il vraiment pour et au sein de sa création et comment le fait-il ? Enfin, si l’on suit alors Rousseau qui s’intéresse d’abord aux effets du tremblement de terre de Lisbonne, le nombre élevé de victimes est imputable aux comportements inconsidérés d’une société qui édifia des constructions trop hautes, favorisant une densité extrême en un site connu pour les dangers qu’il pouvait receler. C’est alors l’homme qui met ainsi en péril les équilibres naturels.

 

 

Et pourtant, l’ensemble de ces questionnements et les tentatives d’explications rationnelles,

désacralisées ou inscrites dans un outillage mental spécifique face à la manifestation d’un tremblement de terre, d’un tsunami, d’une irruption volcanique n’effacent jamais totalement la lecture positive de la création ni l’énigme de l’impuissante puissance de Dieu devant les images de ces corps mutilés extirpés des débris et des ruines à Lisbonne comme à Katmandou.

Alain Cabantous

 

 

 

 

1 Commentaire

  • Et si ce type de catastrophe nous faisait réfléchir sur la manière dont nous, femmes et hommes du 21° siècle, gérons cette planète qui nous est confiée. Cela n’empêchera pas les cataclysmes en tout genre mais peut être nous rendra plus sensibles à nos réelles responsabilités face à l’avenir que nous laissons à nos descendants !

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