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Et Dieu essuiera toute larme de leurs yeux !

Dimanche 12 mai 2019

PREMIÈRE LECTURE  (Ac 13, 14.43-52)
« Nous nous tournons vers les nations païennes »
PSAUME  (Ps 99 (100), 1-2, 3, 5)
Nous sommes son peuple, son troupeau.
DEUXIÈME LECTURE  (Ap 7, 9.14b-17)
« L’Agneau sera leur pasteur pour les conduire
aux sources des eaux de la vie »
ÉVANGILE  (Jn 10, 27-30)
« À mes brebis, je donne la vie éternelle »

 Commentaire des textes

Nous avons beaucoup réfléchi lors de la préparation de cette célébration, près de deux heures ! J’espère être fidèle à ce qui s’est dit. Les trois textes qui vont être lus nous parlent, chacun à sa manière, de rassemblements humains . La lecture des Actes des apôtres nous dit comment Paul s’adresse à toutes les nations ; selon lui, la bonne nouvelle de Jésus doit parvenir « jusqu’aux extrémités de la terre » ; par cette ouverture il opère une rupture avec le monde juif. La deuxième lecture, celle de l’Apocalypse, nous décrit ce que Jean a vu dans sa vision, une foule immense que nul ne pouvait dénombrer, une foule de toutes nations, toutes tribus, tous peuples et toutes langues. La troisième lecture nous rapproche d’une méditation plus intimiste ; l’évangile de Jean nous parle des brebis qui écoutent la voix de Jésus : « moi je les connais et elles me suivent, je leur donne la vie éternelle.
Quel rapport avec les rassemblements que nous pouvons connaître ?
Les manifestations des révolutionnaires de tout pays  et de toute époque, celle des printemps arabes il y a quelques années, celles qui aujourd’hui mettent en péril la vie des manifestants dans les pays totalitaires.
Les rassemblements de ceux qui partaient pour les camps d’extermination.
Les rassemblements des migrants, aux frontières fermées, ou noyés dans la mer.
Les rassemblements en France des gilets jaunes en colère.
Les rassemblements sportifs. Les rassemblements des pèlerinages, des prières de toutes religions.
Les rassemblements des fêtes, dans l’exubérance et la jubilation.
Et aussi le nôtre pour célébrer ici à St Merry, portes ouvertes sur la ville.

Vous aurez remarqué que je n’ai pas employé le mot foule, celui qu’on entendra dans les traductions des deux premières lectures. Au pluriel, il est le titre de la belle exposition qui nous entoure et nous accompagne depuis la semaine sainte, Florence en parlera tout à l’heure. Ce mot demande des éclaircissements, il peut être très positif ou très négatif. La foule peut être terrorisante ou au contraire exaltante.
Terrorisante car on peut se sentir écrasé dans une foule, on étouffe , on est pressé de tout côté. A l’origine le mot vient de fouler comme on foule le raisin au pressoir ou les gerbes de blé, foulées aux pieds jadis ; le mot en ce sens peut aussi s’entendre métaphoriquement. Ne sommes-nous pas écrasés par le discours ambiant, poussés à la consommation, au gain, à l’absence de pensée critique ; pendant que d’autres sont écrasés par l’extrême pauvreté, indigne d’une vie humaine. La foule peut devenir une masse prête à se soumettre à un maître, à un führer, chacun perdant sa singularité dans une servitude volontaire. Ou au contraire la masse peut se transformer en violence pour lutter contre la répression.

Alors ne vaut-il pas mieux que le rassemblement se fasse peuple ? Tu seras mon peuple, dit YHVH dans la bible et je serai ton Dieu. Le peuple est une notion ancienne dans les récits bibliques et relativement récente dans le champ du politique. Notion parfois pervertie dans les populismes. Le peuple Hébreux se constitue autour d’une parole reçue. Pour tenir sur le long terme il  lui faut une action à entreprendre, ce sera avec Paul porter la bonne nouvelle aux extrémités de la terre.
Au lu de nos trois textes, le peuple est signifié, à mon avis, dans l’évangile de Jean, avec la singularité de chaque « une », de chaque « un », rapportée à Celui qui les conduit.
« Je connais mes brebis et mes brebis me connaissent »

Aujourd’hui, à travers les migrants, ce sont les extrémités de la terre qui viennent à nous, peut-être nous apportent-ils la bonne nouvelle ? Chaque personne n’est-elle pas visitée par l’Esprit Saint, qu’elle le sache ou non ?
Le peuple est aussi référé à l’intimité de Jésus avec son père. « Le Père et moi nous sommes Un »
Cette référence à l’unité de Dieu, contenant l’universalité puisque tous sont appelés à cette communion, nous renvoie à la foule immense de l’Apocalypse. C’est alors que la notion de foule prend tout son sens positif. Dans l’Apocalypse et aussi pour Paul, le peuple s’élargit en foule à l’infini, sans risque de perversité puisque c’est en Jésus que nous sommes unis et non en un homme seulement humain qui serait idolâtré. Dans l’infini de cette foule innombrable, non dénombrable, chaque une, chaque un, garde sa différence ; le nouage des singularités n’est pas la dissolution dans un tout. L’universel visé par Paul rejoint le Un de l’évangile de Jean, et cette unité n’est pas la fusion.

Dans un bouquet je trouve dommage que chaque fleur n’ait pas sa place, les bouquets serrés écrasent la beauté des fleurs. C’est peut-être cela la vie éternelle donnée par Jésus, un bouquet non serré, la foule non compacte de ceux qui n’ont plus ni faim ni soif. « Dieu essuiera toute larme de leurs yeux » .

De quels yeux, maintenant, puis-je essuyer les larmes ?

Geneviève Piot-Mayol

Méditation sur la Foule

Avez vous entendu l’orgue, après la lecture de l’Apocalypse ? Merci jean-Marc pour ta superbe improvisation. Et entendu aussi, comme moi cette fois dans le texte de l ‘Apocalypse ce mot de FOULE ?

Comment ne pas lever la tête ici ,vers les piliers et arrêter nos regards sur ces grands dessins de Carole Texier ? La foule est là au milieu de nous, au dessus de nous et semble marcher vers…regardez bien ! C’est vers ce Christ mort et accueilli par les bras de sa mère : la Piéta de Nicolas Legendre sculptée au 17° siècle. Ce Christ au corps abandonné qui, pour nous femmes et hommes de chrétienté nous conduit vers l’espérance de la Résurrection. Les quatre crucifixions dessinées, là bas, aussi par Carole en sont le signe qu’elle nous offre.  Mais parlons de cette FOULE :

Alors là, la valse des chaises va recommencer ! Un SIX SIX. Encore un ! Oui mais aujourd’hui c’est au milieu de ces dessins que nous allons réfléchir ; Les foules nous connaissons.  Foules des manifestations qu’elles soient de protestation ou d’allégresse qu’elles soient révolutionnaires ou rassemblement de prière. Elles sont agressive et font peur. Elles portent l’espoir du changement de l’Algérie à l’Argentine, la Tunisie ou autre… Elles sont enthousiastes après une victoire.
Foule consternée, sidéré ou fraternelle devant Notre-Dame en feu. Que portent toutes ces foules ?
De quoi sont elles signe ? Où vont-elles nous conduire ?
Mais s’agit-il d’une foule ou d’un peuple comme il est souvent écrit dans la Bible ?
Sommes nous un peuple ? Qu’est-ce qui fait un peuple ?

C’est aujourd’hui une vaste question : aussi vaste qu’une foule !!! Quelle différence y a-t-il entre une foule et un peuple ? Une foule peut-elle  devenir peuple ? Une foule ou LA foule ? Un peuple ou Le peuple ?Retournez vos chaises et nous en causerons.

Florence Carillon

Hommage à l’exposition en cours dans l’église

Quelques mots pour dire notre reconnaissance  à Carole Texier pour son œuvre « Foules »telle qu’elle l’a traitée pour saint Merry, pour les fidèles du lieu et les nombreux visiteurs et passants. De fortes résonances ont touché certains et j’en fais partie, et suscité quelques réflexions pour le temps présent. Je limite mon propos à ce que j’ai désiré intituler « Jésus, l’homme des foules », me vivant happée par ce que je vois et qui m’interroge.
Deux axes parallèles traversant l’église, à distance notable l’un de l’autre, libérant entre eux un large espace :
– l’axe des « foules « se dirigeant vers la chapelle de la Pieta, comme s’il fallait passer par elle.
– l’axe des figures christiques qui s ‘étend dans le transept.
Le mouvement « foules »ne rencontre pas le mouvement christique. Un entre deux s’ouvre, lieu du passage de tous les possibles, livré à notre liberté, à notre inventivité de vivre et d’agir.
Le regard porté aux « foules » créées par Carole évoque d’autres foules, celles-là incarnées. Elles sont dans la rue, le quartier Beaubourg, l’échangeur des Halles et tout autant dans les foules des migrants, dans les camps de réfugiés, prisonniers courbés sous les soubresauts douloureux de l’histoire du monde.

Comment ne pas penser alors aux très nombreux épisodes des évangiles dans lesquels Jésus se tient au cœur des foules. Jésus est ému jusqu’aux entrailles, saisi de compassion envers elles qui sont désemparées. Lui qui aux milieu d’elles ne s’impose pas, refuse d’être un leader ou un gourou mais discerne en chaque personne un appel muet à autre chose, peut-être même une force profonde d’espoir et d’espérance.Jésus, fidèle à ce qu’il est, relève « l’anonyme » en s’adressant à lui comme à un proche déjà aimé.

A nous peut-être de nous tenir dans cet  entre deux signifié par l’art de Carole, lieu passant de tous les possibles, non en communauté soudée comme il est dit parfois, mais ayant place dans la foule immense dont parle l’Apocalypse qui nous révèle que Dieu essuiera toute larme de « leurs » yeux, de « nos » yeux.

Marie-Thérèse Joudiou
(membre du collège des arts visuels
du centre pastoral saint Merry)

 

 

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