Être honnête avec Dieu : lettres à ceux qui cherchent

Un livre vient de paraître dont l’auteur est connu des habitués de Saint-Merry, pour y avoir donné une conférence en 2015 : John Shelby Spong, Être honnête avec Dieu, Lettres à ceux qui cherchent, sélectionnées et traduites par Gilles Castelnau, Karthala, 2020, 183 pages, 19 euros.
Le pasteur Gilles Castelnau a traduit en français des lettres de l’évêque épiscopalien (anglican des E.U.) John S. Spong, choisies parmi les milliers que celui-ci a envoyées en réponse aux lecteurs des 25 livres qu’il a écrits entre 1973 et 2018, ainsi qu’à ses auditeurs ou téléspectateurs. On peut lire ces 139 lettres sur le passionnant site : www.protestantsdanslaville.org/john-s-spong
Les éditions Karthala, qui ont déjà publié six livres de John Spong et ont présenté Né d’une femme à Saint-Merry en juin 2015 en présence de l’auteur, ont retenu 110 lettres. Certaines de ces lettres sont datées de 2020. Les livres ont été chroniqués au fur et à mesure de leur parution sur le site saintmerry.org où l’on peut tous les retrouver. L’éditeur annonce encore la parution en novembre prochain d’une traduction d’un livre de 1993.
Lire aujourd’hui ces lettres, rassemblées en treize thèmes, est une façon originale et féconde de re-parcourir l’œuvre de Spong, pour ceux qui ont déjà lu ses livres en français, et de la découvrir pour les autres. Certes ce choix est celui de Gilles Castelnau, comme le choix des treize thèmes retenus : Quand je dis « Dieu », Une foi au-delà du théisme, Le Jésus historique, la Bible et l’évolution, La prière, etc. et comme le choix des titres de chacune des lettres. C’est une œuvre « revisitée », mais ce n’est pas le moindre intérêt de la chose.
Autre intérêt : parfois, d’une lettre à l’autre, John Spong se répète, modifie légèrement ses formulations en fonction de la question qui lui est posée et de son destinataire, mais l’on sait que la pédagogie est l’art de la répétition ! Émergent aussi les formules-choc : « cet inacceptable concept : ’Jésus est mort pour mes péchés’ » (p. 32) ; « Prendre à la lettre l’expression ‘ Jésus est Dieu’ est un non-sens absolu » (p. 89), « la protection d’un Dieu-Père au pouvoir surnaturel qui surveille le monde et nous défend (…) nous maintient dans un état infantile chronique » (p. 154), etc.

On peut aussi retenir des idées-force : à la critique d’une lecture littérale de la Bible s’ajoute, plus nettement peut- être dans ce recueil, la critique de ce que Spong appelle « le théisme ». Le théisme définit Dieu comme un être extérieur au monde et doué d’un pouvoir surnaturel, comme une personne animée d’une volonté propre, qui aime, récompense et punit, et Jésus serait l’incarnation de ce Dieu théiste. Or il est impossible à l’homme de définir Dieu, il ne peut qu’essayer de faire partager son expérience de ce que, faute de mieux, il appelle Dieu. Spong se situe en témoin, pas en théologien. Et pourtant il reconnaît que « si on n’avait pas défini théologiquement le Jésus de l’histoire pour construire une religion institutionnalisée, sa mémoire pourrait ne pas survivre » (p. 66).
Autre idée-force : au récit de la Genèse qui place à l’origine de notre histoire un paradis d’où l’homme aurait été chassé par son péché, puis racheté par le sacrifice de Jésus, Spong oppose le récit contemporain de la longue, lente et continue émergence du vivant il y a 3 ou 4 milliards d’années, puis de l’homme il y a environ 250 000 années. Pour Spong il n’y a donc ni paradis, ni chute, ni salut. « Nous ne sommes pas des pécheurs déchus qui doivent être sauvés (…) Nous sommes des humains incomplets qui recherchent leur plénitude » (p. 77). Il faut passer de l’état de culpabilité à l’état de grâce. Le combat pour la vie (« the struggle for life ») peut conduire à l’extinction de l’espèce, mais grâce à Dieu et au Christ « nous devenons capables de devenir ce que nous n’avons encore jamais été, de véritables êtres humains » (p. 44).

John Shelby Spong

Enfin, c’est peut-être le choix opéré par Gilles Castelnau qui donne au chapitre sur la prière une importance plus grande que celle que l’on trouve dans les livres de Spong lus séparément. « Je prie tous les jours. Non pour que ma prière obtienne quelque chose de Dieu mais pour qu’elle m’ouvre à lui » (p. 138). Plusieurs réponses aux questions qui lui sont posées sur ce sujet et dont le nombre l’étonne, font écho au livre de la pasteure Marion Muller-Colard L’Autre Dieu.
Mais il est difficile et paradoxal de prétendre rendre compte de façon plus ou moins synthétique d’un recueil de lettres écrites sur une vingtaine d’années à des milliers de destinataires dont l’intérêt est précisément l’éclatement, la variété, et les nombreuses pistes de réflexion qu’elles ouvrent à « ceux qui cherchent ».

Jean Verrier

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Jean Verrier

Universitaire à la retraite (Paris 8, département de littérature, de 1970 à 2000). Membre du CPHB, devenu le Centre pastoral Saint-Merry, depuis 1987. Sept petits-enfants.

  1. Jacqueline Casaubon says:

    Cher Jean, j’ai lu avec un tel intérêt ton article sur Etre honnête avec Dieu que je vais me procurer le livre. Tu y joins des extraits qui me parlent, et on te lit avec toujours beaucoup de plaisir. Ta voix nous a manqués à St Merry. Maintenant il faudra attendre ! Pourquoi n’essaierais-tu pas les podcasts ? Je m’y emploie, et je pense qu’on peut toucher beaucoup d’oreilles en ce temps où nous ne pouvons plus nous rencontrer en chair et en os !!!
    Jacqueline Casaubon

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