Evangéliser : vive les questions !

Voilà que l’Église de Paris demande à ses troupes de se lancer dans l’évangélisation de rue, à l’occasion de l’Avent ! Pourrait-on imaginer des prophètes de rues criant simplement des questions ? La chronique de Blandine Ayoub

Interrogation 5Voilà que l’Église de Paris demande à ses troupes de se lancer dans l’évangélisation de rue, à l’occasion de l’Avent ! Nous sommes d’accord que les chrétiens ne sont pas censés se recroqueviller sur le trésor de la Bonne Nouvelle, et que leur témoignage doit lui permettre de se répandre à travers toute l’humanité, dans le temps et dans l’espace. Ce qui me pose problème, c’est plutôt la forme forcément péremptoire que va devoir adopter ce prêche, — ou ce prêchi-prêcha ? – Même si on peut espérer échapper aux éructations culpabilisantes auxquelles nous avons droit de la part des Évangélistes que je croise quelques fois dans le métro, les manuels actuellement diffusés lors des grands rassemblements d’Église, du type Youcat, me mettent déjà mal à l’aise, ne serait-ce que par leur forme de questions-réponses. Ou alors, en regard de chaque question, il faudrait proposer tout un éventail de réponses elles-mêmes questionnantes, pour éviter l’aspect terriblement réducteur de ces « bonnes réponses » à des interrogations souvent complexes.
Sans aller jusqu’à l’enfouissement quasi secret développé dans l’Église de France dans les années 70, la simple présence vigilante des chrétiens dans notre société, partout où il y a des hommes, sans se cacher ni s’exhiber, et en suivant les chemins proposés par l’Évangile, devrait normalement constituer en soi un témoignage édifiant, non ? Le problème étant souvent, comme dirait Saint Paul, que nous ne faisons pas toujours le bien que nous souhaiterions faire, mais plutôt, bien trop souvent, le mal que nous voudrions éviter. (Sans parler des fameux crimes historiques de l’Église, qu’il nous faut bien trimballer avec le reste du patrimoine, et les récentes et multiples affaires de pédophilie et de détournements de fonds que nous avons pris dans la figure). Heureusement que quelques grands témoins nous sauvent la mise, de François d’Assise au Pape François, en passant par Vincent de Paul et l’Abbé Pierre, entraînant du même coup un certain respect du message chrétien de la part de la société civile.
Pourrait-on imaginer des prophètes de rues criant simplement des questions ? Histoire de stimuler la réflexion des passants ? Voire de les inciter à se retrouver au café du coin pour en débattre ? Ce que j’ai aimé dans le groupe catéchuménat de Saint-Merry, quand j’en ai fait partie, c’est l’absence de réponses toutes prêtes à apporter à ceux qui y cheminent, et le fait qu’il y ait toujours deux accompagnants par catéchumènes afin d’assurer la pluralité de la parole. Il est arrivé que certains d’entre eux trouvent cela inconfortable, et préfèrent rejoindre un groupe paroissial qui pouvait leur fournir sans complexes les certitudes qu’ils étaient venus chercher. (Je me souviens d’un qui voulait l’assurance que le baptême lui garantirait son ticket d’entrée au Paradis !) Pour ma part, je trouve vraiment essentiel que nous ne cessions jamais de nous poser des questions sans leur trouver de réponses carrées et définitives, et au vu du caractère mortifère des fondamentalismes, je souhaite même avec ferveur que nos convictions – car nous en avons quelques-unes – ne se transforment jamais en principes ni en certitudes.

Blandine Ayoub

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