« Vos papiers, s’il vous plaît ! »

L’Évangile des sans-papiers

« Joseph fut convoqué au commissariat de police de Nazareth. L’inspecteur lui dit : “Joseph, n’est-il pas vrai que tu n’es pas d’ici ?” » Jean Verrier nous propose un texte d’Emmanuel Terray, toujours d’actualité.

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En ce temps-là vivait à Nazareth, en Galilée, un homme appelé Joseph. Joseph était charpentier, et il venait de se marier avec une jeune femme qui s’appelait Marie. Or il advint en ces jours-là que parut un édit de César Auguste ordonnant le recensement de tout le monde habité. Et tous allaient se faire recenser, chacun dans sa ville.

Joseph fut convoqué au commissariat de police de Nazareth et il fut conduit devant l’inspecteur. Alors l’inspecteur lui dit : « Joseph, n’est-il pas vrai que tu n’es pas d’ici et que ta famille vient de Bethléem en Judée ? – C’est vrai, répondit Joseph. L’inspecteur dit alors à Joseph : « Il faut que tu partes pour Bethléem te faire établir tes papiers. Sans ces papiers, tu ne peux pas vivre et travailler parmi nous comme tu l’as fait jusqu’à présent. » Joseph dit : « Ma jeune femme est enceinte, et le terme est proche. Ne peux-tu m’accorder une prolongation jusqu’à ce que l’enfant soit né ? Ensuite nous partirons pour Bethléem comme tu me le demandes.» Mais l’inspecteur répondit : « Je ne veux pas le savoir, et la loi est la loi. Si tu ne te mets pas en route immédiatement je te ferai reconduire à la frontière par mes hommes, et jamais tu ne pourras revenir ici. » Alors Joseph se mit en route avec Marie, et après quelques semaines de voyage, ils arrivèrent à Bethléem.

Comme Marie était fatiguée, Joseph alla frapper à la porte d’un hôtel et demanda une chambre, afin que Marie puisse se reposer. L’hôtelier lui dit : « Donne-moi tes papiers pour que je puisse t’enregistrer. » Joseph répondit : « Je n’ai pas de papiers, je viens justement à Bethléem pour qu’on m’en établisse. » Alors l’hôtelier dit à Joseph : « Si tu n’as pas de papiers, je ne peux pas te loger. Va t’en, je ne peux rien pour toi. » Et tous les hôteliers de la ville lui firent la même réponse.

Et voici que Marie ressentit soudain les premières douleurs de l’enfantement. Alors Joseph la conduisit à l’hôpital pour qu’elle puisse y accoucher. Mais à l’entrée de l’hôpital, le gardien dit à Joseph : « Donne-moi tes papiers pour que je m’assure que tu es en règle et que je puisse accueillir ta femme. »  Joseph répondit : « Je n’ai pas de papiers, je viens justement à Bethléem pour qu’on m’en établisse. » Alors le gardien dit à Joseph : « Si tu n’as pas de papiers, je ne peux pas accueillir ta femme. Va-t’en, je ne peux rien pour toi. »

À la fin, Joseph trouva une étable ouverte, et il y installa Marie qui mit au monde un fils, qui fut appelé Jésus. Et les bergers des environs lui apportèrent du lait et des langes, car eux non plus, ils n’avaient pas de papiers, et ils comprenaient la situation de Joseph et Marie.

Et voici qu’Hérode, gouverneur de la Judée, fut soudain pris de peur. Comme Joseph et Marie, beaucoup d’hommes et de femmes étaient venus de très loin jusqu’en Judée pour se faire recenser. Alors Hérode réunit ses conseillers et leur dit : « Si tous ces gens-là restent en Judée au lieu de repartir chez eux, ils vont manger le pain et prendre le travail de mes sujets. Ils feront des enfants, à la fin ils seront plus nombreux que nous, et nous ne serons plus les maîtres chez nous.  Pour empêcher cela je vais faire une grande rafle et les chasser d’ici. Quant aux enfants, je les ferai disparaître. » Un soir que Joseph était assis devant l’étable où il habitait, il vit dans le lointain la troupe des policiers d’Hérode qui s’approchait de Bethléem. Alors il rentra dans l’étable et il dit à Marie : « Prends l’enfant et partons, sinon il va nous arriver malheur. » Aussitôt ils prirent le chemin de l’Égypte et c’est ainsi qu’ils échappèrent à la rafle d’Hérode. Ils demeurèrent en Égypte jusqu‘à ce que César Auguste et Hérode disparaissent et soient remplacés par des souverains meilleurs et plus justes. Alors ils revinrent en Galilée.

Mais Jésus n’oublia jamais ce qui s’était passé au moment de sa naissance. C’est ce dont témoigne son enseignement :

« Heureux les pauvres, car le royaume des cieux est à eux, et à l’entrée de ce royaume on ne leur demandera pas de papiers.

Heureux les affamés et les assoiffés de justice, car ils seront rassasiés, même s’ils n’ont pas de papiers.

Le mari et la femme doivent vivre ensemble et peu importe que l’un ait des papiers et l’autre pas, car il ne faut pas séparer ce que Dieu a uni.

Dieu a fait la terre pour tous les hommes, et les hommes sont partout chez eux sur la terre car la terre est l’œuvre de Dieu mais les frontières sont l’œuvre des hommes et quand elles deviennent des barrières elles sont l’œuvre du démon.

La loi de Dieu tient en un seul commandement : aimez-vous les uns les autres, avec ou sans papiers, vous ferez ainsi la volonté de Dieu.»

 

Je viens de retrouver ce texte en faisant des rangements. Il a été écrit il y a 18 ans, en 1996, par un vieil ami, Emmanuel Terray, après l’occupation de l’église Saint-Bernard par des sans-papiers, et tout ce qui s’en est suivi jusqu’à aujourd’hui et ce Noël 2014.

                                                                                                                                                              Jean Verrier

2 Commentaires

  • Votre texte : » L’Evangile des sans papiers « m’a beaucoup intéressée. Je fais un rapprochement avec « les racontées bibliques « que des amis font dans le 56, dans l’association : »La bible n’est pas un conte, mais elle se raconte ». Et je me permets de vous signaler la parution d’un recueil de « racontées bibliques « de Loïc Collet (Prêtre-ouvrier à Lorient ) intitulé:

    Loïc Collet « De la barque du conteur » Racontées bibliques. aux Editions Amalthée. On le trouve dans toutes les librairies.

    Je profite de ce message pour vous remercier pour votre site que je fréquente régulièrement.et que j’apprécie

  • Merci de cette référence. Je cours chez mon libraire.
    Connaissez-vous le livre de Pierre-Marie Beaude: « La Bible de Lucile. Notre voyage de la Génèse à l’Apocalypse », éd. Bayard, 2014? C’est un long voyage (1248 pages !) que je suis encore loin d’avoir terminé, mais ça me semble dans l’esprit des « racontées bibliques »

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