Exographies à Saint-Merry

L’œuvre fascinante de Quentin Guichard veille sur la nef tout l’été 2014. « Je cherche une trace. Les signes de forces immuables qui rayonnent depuis les Origines. […] De ce chaos naît pourtant une forme fragile et violente d'harmonie. »

400 WP1090503« Je cherche une trace. Les signes de forces immuables qui rayonnent depuis les Origines. Des particules élémentaires à la formation de l’univers, des puissances Invisibles essaiment la matière et nos corps, comme une immanence qui nous traverse. De ce chaos naît pourtant une forme fragile et violente d’harmonie que je cherche à saisir derrière les apparences. Ma démarche est un travail de dévoilement à la recherche d’une unité perdue.  »

Quentin Guichard est un chercheur du son et de l’image en quête d’évocation des Origines, celle du cosmos après le Big Bang, celle de nos souvenirs perdus nichés dans la profondeur de notre inconscient. À cette fin, il a produit un ensemble de deux œuvres : une visuelle dont le rendu est photographique et une autre musicale, Abîmes (2009) entendue lors du vernissage.

Rien d’abstrait, ni de concret dans ces dessins. De l’organique plutôt que du minéral. L’œil passe de l’infiniment grand à l’infiniment petit, va de la dilatation à la contraction de la forme, de la densité de la matière à son évanescence. Les formes sont multiples et sont des fenêtres ouvertes pour le regard du spectateur, qui peut y jouer comme en regardant les formes des nuages : des cyclones, un bestiaire, des trompes de Fallope, qui conduisent à la vie, des fibres végétales, des abîmes, etc.

Exographie # 2Dans ces figures d’instantanés, des arrêts sur image, Quentin Quichard ressemble aux physiciens. Ses fils blancs ne sont pas de la matière, ils évoquent surtout le mouvement, l’énergie de la force des origines, du cosmos ou de l’homme, quand tout se cherche à se structurer et se détache de la « soupe originelle » de la création. Il s’agit d’une violence et d’une force de création où rien n’est achevé, où l’incertitude débouche sur un ordre imparfait et un sens, où le néant recule. Il s’agit de l’après Big Bang du cosmos, de la vie, de la parole.

Implicitement l’artiste parle de temps, non pas de son origine mais de son échelle, qu’il rend sensible par les agrégats de fils passant d’un état à un autre. Il parle d’accélération de ce temps, par la dilation des formes.

Il parle de l’après chaos et ses propos visuels oscillent entre ceux des scientifiques, qui cherchent à savoir comment la matière a submergé l’antimatière, et ceux des poètes et religieux qui ont construit des cosmogonies tributaires les unes des autres et dont le splendide récit de la Genèse est bien connu. Expliquer et rendre compte.

Quentin Guichard ne tient pas des propos de croyant, pas de traces de grand architecte ou de dieu surplombant tout. Mais son regard est celui de la fascination pour la beauté fragile, pour la violence qui se déchaîne et l’énergie qui met tout en mouvement, pour ces flux et ces forces du plus petit niveau de l’univers au plus grand, en passant par nos cellules menacées en permanence qui vivent, meurent et renaissent. Il invite à explorer l’univers que nous portons en nous et, bien plus encore, la représentation que l’on en a, représentation qui elle-même est en constant mouvement.

Exographie # 2 - détailQuelle est la technique mise en œuvre par Quentin Guichard ?

Il ne s’agit pas d’une génération d’images par ordinateur mais d’un travail réel sur la matière. L’artiste prépare longuement de l’encre de Chine puis la répand sur de grandes feuilles de papier aquarelle. Les fibres du papier deviennent les fibres de l’origine que l’on voit et font l’objet de prises de vue d’une incroyable précision.

L’appareil photographique révélant les fils et grains de matière très petits pour l’œil nu se transforme ainsi en une sorte de télescope mental pour dire le très grand et l’instant qui suit l’origine. On se plait à penser qu’il a suffi d’une goutte d’encre répandu sur une page blanche pour dire la création.

L’encre de l’écriture, celle qui formalise la parole, est au centre de cette création.

« Au commencement, la parole » Jean 1,1

Jean Deuzèmes

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