Exposition de Noël à Saint-Merry. « Inde. Contes et réalités »

« Inde : contes et réalités » est une exposition photographique immense et étonnante de Nicolas Henry et Floriane de Lassée. Vous pouvez obtenir leurs splendides livres vendus au bénéfice d'une association d'aide à l'enfance en Inde. S'adresser à la table d'accueil. Les artistes seront présents à la fin de la messe le 13 janvier.

Ils sont photographes et parcourent le monde ensemble. Ils le racontent à leur manière, pleine d’imaginaire, dans des expositions et des livres.

Ils aiment l’Inde et y vont souvent. Leurs grands formats en couleur témoignent de réalités sociales et patrimoniales. Par ailleurs, ils sont très impliqués dans des ONG indiennes qui défendent la cause des enfants et des femmes.

Mais chacun a son sujet, son style et sa manière d’exposer.

L’une développe une esthétique magnétique et l’autre une photographie réenchantée, mais les deux partagent la passion généreuse de l’humanisme.

Leurs trois propositions Saint-Merry sont étonnantes. Les mises en scène qu’ils ont adoptées sont des mises en écho de celles qu’ils ont choisies pour leurs propres photos. Dans ce temps de Noël, les espaces de l’église sont au service de l’expression de leur œuvre et vice-versa…

Pour Noël, Saint-Merry est plongée dans l’actualité de cet art et se trouve confrontée à des questions nouvelles.

Floriane de Lassée

Baôlis.

Dans le transept en travaux, l’artiste a relevé le défi d’installer des photos à la place de plusieurs tableaux d’autel, actuellement en restauration ou mis sous protection. Elle substitue au grand vide laissé des images sobres, dans une teinte proche de celle des pierres. Les quatre grandes toiles photographiques, très structurées, sans personnage, proposent des perspectives inhabituelles faites de marches de pierre. Les bâolis sont des puits à escaliers permettant les ablutions et bains rituels  en Inde ; ce sont aussi des sources d’approvisionnement en eau potable pour tout un quartier ou tout un village. Ils ont une valeur symbolique forte, mais n’étant plus utilisés risquent de disparaître. Placées à l’entrée du chœur, avec ses marches, ces photos rejoignent des symboliques chrétiennes : la montée majestueuse vers le maître-autel ; l’eau du baptême et de la parole de vie, d’autant que dans le transept se trouvait une grande toile de Noël Coypel (1683) ayant comme sujet la rencontre devant un puits entre Jésus et la Samaritaine, aujourd’hui déplacée pour éviter la poussière des travaux.

Modern Sati.

Dans la crypte, Floriane utilise l’aspect mystérieux d’un environnement à la lumière douce, avec ses voûtes et linteaux sculptés, pour faire découvrir des intérieurs de palais indiens et de bâolis, chefs-d’œuvre de l’architecture parfois menacés.

Mais le sujet est loin d’être idyllique. La Sati, l’acte des veuves hindoues s’immolant sur le bûcher funéraire de leur mari afin de remplir leur rôle d’épouse en est emblématique : l’interdiction de cette pratique séculaire en 1829 n’a pas suffi à changer le quotidien des femmes. La Sati continue sous des formes insidieuses.

Dans chacun de ces grands tirages, une femme en sari. La beauté est exaltée alors que la réalité dont parle l’artiste est inverse. Au lieu de parler d’ombre, la disparition physique ou sociale, l’artiste parle de lumière. La splendeur des visages et des corps pour dire le désastre de la réalité sociale. Des images de conte pour dire l’enfer de la réalité, d’où le titre général de l’exposition.

Nicolas Henry

 Les aventures de Supershaktiman

Dans la série de 50 photographies fondées sur la découverte de palais de Maharadjas et les entretiens avec leurs héritiers, il a construit progressivement un conte inspiré d’un conte indien qui détourne avec humour les grands mythes contemporains du héros. Les aventures de Supershaktiman, un superman Hindu, sont traversées par les couleurs et les décors somptueux de l’Inde mais aussi du Maroc où l’artiste a été en résidence. Ce conte philosophique oriental raconte l’histoire de son amour impossible avec la belle musulmane Shamina. Tels des Roméo et Juliette. Cette fable invente une histoire où la tolérance outrepasse les clivages religieux ; l’artiste construit ainsi une réflexion sur la spiritualité et la liberté.

Mais le plus important se trouve ailleurs, dans la manière dont il fait ses photos. D’une manière générale, dans toutes ses photos, l’artiste s’imprègne de la rencontre humaine pour « bricoler » avec la population sur place un petit théâtre éphémère réalisé avec les objets du quotidien, reflet de cette vie projetée. Cette petite scène est, le temps d’une journée, un monde imaginaire réalisé à partir du vécu des personnes rencontrées avec une narration visuelle qui exprime une idée. La préparation de cette « construction éphémère » prend du temps.

Alors que les précédentes photos étaient des clichés sortant de l’atelier de tirage, celles-ci ont été proposées à une équipe d’artistes indiens, à Jaipur, qui ont rehaussé chacune avec de la peinture, de la paille, des broderies, des matériaux les plus divers. Chaque cliché est donc une œuvre unique.

Photos ou tableaux ?

Cette exposition soulève en outre trois questions sur l’art. En savoir plus…

 Retrouvez les questions liées à cette exposition, les analyses approfondies et le film sur les prises de vue sur Voir et Dire.

Jean Deuzèmes

Floriane de Lassée. Ritu

 

Nicolas Henry. Les aventures de Supershaktiman

 

Retrouvez l’esprit de cette chronique sur www.voir-et-dire.net, l’expression du réseau des arts visuels de Saint-Merry. Un moyen de découvrir l’art contemporain par les photos, les films, les analyses d’expositions et les commentaires d’œuvres. Une manière d’entrer dans les expos de Saint-Merry, par les mots.

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