Face à l’indifférence

Le journal La Croix a publié le 21 mars la liste des 501 personnes retrouvées mortes dans la rue en 2016, mortes de l’indifférence d’une société au cœur de pierre. Une société doublement coupable : coupable parce qu’elle crée et perpétue les conditions menant à l’exclusion et à la précarisation d’un nombre sans cesse croissant de ses membres ; coupable également, parce qu’elle nous habitue nous-mêmes au spectacle de cette misère. Par la force des choses, elle nous rend indifférents.

Nous sommes accoutumés à voir des gens, des familles dans la rue. Nous avons tous spontanément bon cœur et notre première réaction est sans doute de donner une pièce à l’un. Mais nous ne pouvons pas donner à tous tout le temps. Alors on se donne des règles, on donne un coup sur deux, tel jour et pas tel autre… C’est humain, et en même temps c’est inhumain. Parce que nous rationalisons dans notre esprit la gestion de la misère d’autrui. Je ne dis pas que c’est mal, je ne blâme personne, mais ne devrions-nous pas plutôt nous insurger, être révoltés par un tel spectacle ? Plutôt que de gérer le mal, ne devrions-nous pas combattre ce dernier ?

L’indifférence issue de la technique, consacrée par notre société, est tout aussi terrible. Avec nos casques audios, nos écouteurs, nos jeux sur portable, du mendiant dans la rue au pauvre bougre qui demande un ticket restaurant, nous ne voyons que des corps gesticuler, une bouche bouger, mais nul son, nul appel de notre prochain nous parvient. Et nous passons à côté, indifférents. Jusqu’à ce que nous nous décidions de ne plus perpétuer ce règne de l’indifférence par nos compromis avec la charité, et qu’au lieu de nous accommoder de cette société nous prenions la résolution de la changer.

Kévin V.

Billet du dimanche 2 avril 2017

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