Fin de vie. Un point de vue

« Cette semaine comme avocate je rends grâce pour deux décisions de justice que je crois justes : l’arrêt de la Cour d’assises de Pau qui acquitte le Docteur Bonnemaison des accusations d’assassinats et d’empoisonnements, et l’arrêt du Conseil d’État qui dit que la loi Leonetti doit s’appliquer pour Vincent Lambert ». Par Danielle Mérian

Cette semaine comme avocate je rends grâce pour deux décisions de justice que je crois justes : l’arrêt de la Cour d’assises de Pau qui acquitte le Docteur Bonnemaison des accusations d’assassinats et d’empoisonnements, et l’arrêt toutes chambres réunies du Conseil d’Etat qui dit que la loi Leonetti doit s’appliquer pour Vincent Lambert. Certes le référé devant la Cour européenne des Droits de l’Homme impose la poursuite de l’hydratation et de l’alimentation mais j’ai bon espoir quand la Cour statuera au fond qu’elle dise que la loi intérieure française est conforme aux droits de l’Homme et qu’elle rejette la requête, ce qui permettra d’arrêter un coma qui dure depuis bientôt six ans.

Les débats dans ces affaires si difficiles ont été très riches et nous ne pouvons plus être après comme avant. Nous avons été amenés à réfléchir sur le débat sur la fin de vie. Les nombreux médecins, qui sont venus témoigner devant la Cour d’assises de ce que sont des agonies très douloureuses dont ils ont dit qu’en leur âme et conscience ils les avaient abrégées transgressant la loi qui ne permet pas l’euthanasie active, nous interrogent sur l’éternelle question du bien et du mal. On a reproché à raison au Docteur Bonnemaison qui ne voulait pas culpabiliser les familles d’avoir agi seul. Il n’a pas été aidé par ses confrères de l’hôpital qui se débarrassaient des agonisants graves sur l’urgentiste et ne se préoccupaient plus de l’état du malade et de son soignant.

Maintenant que tous les médecins de France ont suivi ces débats, qui ont amené le Procureur a changé d’avis et à admettre que l’accusé n’était pas un assassin mais un médecin humain, j’espère que dans les hôpitaux pour les cas d’agonies difficiles les médecins se concerteront davantage et s’épauleront.

Quand j’étais jeune avocate j’ai été amenée à cacher un enfant qui se mourait d’un cancer des os pour le faire échapper à une nouvelle intervention mutilante que voulait imposer le Procureur contre la volonté des parents. Quand l’agonie est devenue atroce le médecin de famille a fait ce qu’il estimait être son devoir et à la demande des parents l’a abrégée. Je suis heureuse d’avoir pu rendre ce service à cet enfant et à ses parents.

Dans l’affaire de Vincent Lambert la famille se déchire et nous ne pouvons que prier pour eux. La maman catholique espère un miracle, et n’a plus  de  dialogue avec ceux de ses enfants qui veulent qu’on cesse d’infliger la vie à un pauvre corps dont le cerveau est mort. Pour de tels drames                                                                                                                                                                                                humains la justice ne doit plus être instrumentalisée et il faut enrichir la loi Leonetti qui a déjà le mérite de prescrire d’arrêter la survie quand l’obstination est déraisonnable et même dans son article 1 d’envisager de ne même pas commencer la vie artificielle. Il nous appartient de poursuivre ensemble  notre réflexion sur le juste.

Qu’en dites-vous ?

Danielle Mérian, avocat honoraire

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