Foi & Politique : Parole et discernement

Pour sa troisième séance, l’Atelier Foi & Politique a donné un éclairage sur une parole des chrétiens fondée sur la doctrine sociale de l’Église et des clés de discernement pour analyser les programmes électoraux.

L’Atelier Foi & Politique du 12 mars s’est articulé autour de deux thématiques :
– s’interroger sur ce qui autorise les chrétiens à prendre la parole, par Jean-François Petit
– se donner des repères en relation avec la doctrine sociale de l’Église, par Guy Aurenche.

Ce qui autorise les chrétiens à prendre la parole

Le texte des évêques « Dans un monde qui change retrouver le sens du politique » s’adresse à tous les habitants de notre pays et invite en particulier les chrétiens sont invités à prendre la parole. Ces derniers y trouvent donc un encouragement sans avoir besoin d’une autorisation pour parler ! Toutefois, ce texte a été bien reçu dans l’opinion, les médias, le personnel politique. Nous avons à parler d’abord parce que nous aimons notre pays ; les chrétiens sont toujours enracinés dans un lieu…
Et aussi parce que nous sommes préoccupés par la situation : nous devons regarder les choses en face et apporter notre réflexion, mais il ne s’agit pas de tomber dans la morosité. Nous sommes portés par l’espérance dont nous sommes porteurs. Nous n’avons pas une vision utilitariste ou de rapport de force.
Par leur insertion dans le monde contemporain, les chrétiens sont aussi capables de réflexion pour participer au débat public. (Se référer au texte de Diognète). Les chrétiens sont citoyens comme les autres. Nous ne sommes pas des spécialistes de politique, mais nous partageons la vie de nos concitoyens. Ce qui touche la vie de l’homme est au cœur de la vie de l’Église », cf Vatican II, Gaudium et Spes, sur l’Église dans le monde de ce temps.

Nous nous engageons en politique aussi par fidélité à l’Évangile (à l’exemple de Jacques Delors). En politique est-ce qu’on privilégie une certaine éthique ? Les chrétiens ne doivent être ni sourds ni aveugles face aux situations de précarité… Nous avons à construire le monde à partir des « périphéries ».
Nous devons avoir une vision enracinée dans l’histoire. La politique s’inscrit dans une histoire longue – et non dans le court-termisme. Il faudrait référer ce texte à des textes plus ciblés, comme par exemple le texte des évêques sur l’avenir du monde agricole.
Dans de nombreux espaces aujourd’hui en France ce texte des évêques fait l’objet de discussions : ce sont les chrétiens qui animent sur le fond un débat politique. On fait droit à la gravité de la situation – attentats, populisme, corruption… Mais, il faut mettre des mots sur ces événements. Il nous faut une lucidité du regard, mais aussi travailler à un au-delà politique, à une refondation qui va prendre du temps. Ne pas réagir sur le mode de l’humeur, être aussi responsable des autres.
Une oraison liturgique  nous dit : « Donne à chacun la claire vision de ce qu’il doit faire, et le courage de l’entreprendre. » Les chrétiens doivent aller au delà de l’observation, l’engagement chrétien est voué au témoignage, qui peut être d’un très grand prix.

Prendre appui sur la doctrine sociale de l’Église

Quels sont les points sur lesquels la parole des chrétiens peut porter dans ce débat ? Les trouvons-nous dans la pensée sociale de l’Eglise. Elle s’est enracinée dès 1893 avec Léon XIII autour des transformations de modes de travail dans la société. On peut essayer de décliner cette pensée et d’en témoigner par le réfléchi de nos propositions.

Deux questions pour nous :
Comme Centre Pastoral Saint-Merry, à quel réseau avons-nous accès pour témoigner de ces paroles ?
Comment une parole forcément formatée est audible par d’autres ?

Ce temps de Carême et ce temps d’élection peuvent être le temps de l’effort.
Dans le texte des évêques paru en juin, il y a une série de petits paragraphes où sont lancés de nombreux thèmes. Ces thématiques sont moins claires dans le texte d’octobre.
La doctrine sociale n’est pas de l’ordre du credo : on y parle de la solidarité, ce n’est pas non plus un programme politique et économique à proposer, ce texte est de l’ordre d’un repérage incarné dans l’actualité. On est dans l’ordre de l’indication. D’ailleurs pourquoi l’Église fait-elle une telle distinction entre le domaine familial, devenu des éléments de doctrine, et le domaine économique et social ?
Ce qui est surtout reproché au monde politique c’est la distanciation avec l’éthique.

7 points d’attention autour de la pensée sociale de l’Église

Essayons de lire les programmes politiques à travers le prisme de ces 7 points, en s’interrogeant sur ce qui est important pour nous :

Premier point : Éthique et démocratie
La doctrine sociale de l’Église n’est pas explicite sur le lien entre pensée politique et démocratie : il n’y a pas de chapitre spécifique. L’Église a attendu le début du 20è (1944 Pie XII) pour dire quelque chose sur la démocratie.
Dans les deux textes des évêques s’exprime une inquiétude quand la vie démocratique tombe dans le discrédit et l’impuissance. C’est un appel à fonder ce socle à travers le débat démocratique.
S’y ajoute le bien commun : favoriser l’ensemble des conditions sociales, actions et institutions, qui permette tant au groupe qu’à chacun de ses membres d’atteindre sa perfection : humanisation, situation d’enfant de Dieu.

Deuxième point : La référence à la dignité de la personne humaine
C’est tout le débat sur l’Église catholique et les droits de l’homme.
Cette dignité entraîne la prise en compte de la personne toute entière – et non quelques aspects. Comment les programmes la prennent-ils en compte, à travers ses dimensions spirituelles et matérielles. Et non seulement la personne, mais toutes les personnes – donc cela exclut la préférence nationale… Il s’agit de la reconnaissance des droits et devoirs de toutes les personnes, et des conditions économiques et sociales nécessaires. Cette déclinaison des droits et devoirs interroge des conditions politiques.

Troisième point : la destination universelle des biens
Ce n’est pas évident par rapport à l’accumulation du capital, aux conditions de productions : spéculation sur la finance, spéculation sur les produits agricoles (moins il y a de blé, plus les spéculateurs se réjouissent et plus les gens meurent de faim)…
Contrôler l’usage des biens par rapport à leur destination universelle, on voit bien le problème avec les biens mondiaux : comme l’eau, l’air, la terre, – question de l’eau potable

Quatrième point : l’option préférentielle pour les pauvres
Dit également choix prioritaires avec les pauvres, dans les programme sociaux, dans les affectations budgétaires. Comment sont-ils pris en compte ? Comment se traite la question de la discrimination positive ?

Cinquième point : principe de solidarité
Il va apparaître avec le Pape Jean-Paul II, qui le considère comme une vertu chrétienne : c’est un chemin de paix et de développement. Il invite les deux blocs à arrêter de s’affronter, mais plutôt à collaborer. Ainsi le Conseil national de la Résistance a reconstruit en partie la France sur le principe de solidarité : c’est une histoire qu’il faut rappeler.

Sixième point : principe de subsidiarité
Il faut que nos institutions, nos pratiques permettent que la prise de décision et le contrôle de la mise en œuvre de la décision s’effectue au plus près des ceux qui sont concernés.

Septième et dernier point pour le pape François : l’écologie intégrale.
L’encyclique est une proposition de regard généraliste de tous les équilibres et déséquilibres autour de l’exploitation de la terre : il n’y a pas deux crises séparées, mais une crise globale, écologique ET sociale, qui requiert des décisions globales.
Cette orientation a été très bien reçue bien au delà de l’Église.
A partir de là comment vais-je me faire une idée ? Peut-être passer telle ou telle proposition au tamis d’un de ces points.
Comment construire un comportement éthique en politique ?

Débat

Question
Les plus vulnérables : il y a toujours une catégorie plus touchée que les autres. Que faire ? Y compris dans l’éducation, certains sont bien mieux placés que d’autres…
R : des organismes ont interpellé les candidats.

Question
Je constate une certaine mise à distance ; les évêques n’interviennent pas. Comment on est capable de construire. On est en décalage par rapport à une analyse lucide de la réalité… il faut avoir une analyse plus musclée… Il y a de vraies difficultés de l’implication ? même dans les partis, on ne peut pas construire sinon contre les autres plutôt que travailler intelligemment.
R : je crains toujours quand on oppose réalisme et idéalisme. Aujourd’hui la plupart des propositions par exemple sur la solidarité sont sous la lumière du réalisme : le réalisme est-ce que c’est ce qui est faisable ? Mais faisable par qui ? Pour qui ? Nous avons des axes, des convictions, comment vais-je trouver le lieu du compromis, du débat, du respect de l’autre, des intérêts concurrentiels, c’est cela la tache éthique. Si on choisit le réalisme, soit on sera des bouffeurs, soit des bouffés. Je veux faire en sorte que mes petites filles ne soient pas du côté des bouffeurs. Les vrais acteurs, ce sont les réalistes qui ont au cœur de cela une lumière, un axe, une orientation.
Le terme même de solidarité, comme axe du débat, oblige à prendre au sérieux cet enjeu.

Question
Comment évaluer la responsabilité de ceux qui font ? Sont-ils responsables si leur programme n’est pas bien chiffré ? Il faut aussi savoir lire : quelle convergence entre des paroles et des actes ?
R : on peut lire la charte des protestants. Il y a toujours une tension entre ce qui est dit et ce qui est pratiqué : il faut inviter les candidats à être plus cohérents.

Question
Livre de Bergeret, théologien orthodoxe. « Résister pour le monde à venir » – Le pouvoir des sans pouvoir : il faut bien faire l’éclairage sur tout ce qui est brouillé : capitalisme et socialisme, libéralisme.
R : Donc on attend de mettre de l’ordre dans la confusion. S’interroger sur la construction du discours politique aujourd’hui. Certaines agences de communication politique sèment la confusion en construisant des discours croisés.

Notes établies par Anne René-Bazin

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