Fondamentaux de la foi

Il est intéressé par les questions de méthode, de fond, peut-être moins que la qualité des analyses historiques. De Certeau interroge : Qu’en est–il de l'histoire de la raison, alors que Foucault montre les discontinuités de la raison, « les altérations de l'ordre constitutif de la culture ». « Une vérité est-elle encore possible ? » interroge de Certeau lisant Foucault.

certeauMichel de Certeau
8 février 2015. Avec Jean-François Petit
Ce groupe s’est constitué pour examiner comment la pensée de Michel Foucault pouvait nous aider dans une réflexion personnelle et communautaire, en découvrant les liens de Foucault avec le christianisme. Cela fait partie des courants souterrains qui irriguent la pensée, les mouvements de fond dans la société, avec une accélération du temps dans le monde contemporain.

Il y a un mois, nous tentions de comprendre les attentats, un mois après on en est complètement sortis. Mais l’émotion doit laisser place au travail d’analyse pour élaborer les réformes nécessaires : lire Dounia Bouzar « Désamorcer l’Islam radical ».

Philippe Chevallier avait attiré l’attention sur les liens entre Foucault et de Certeau : le pape aussi s’intéresse à Michel de Certeau. Il nous demande d’être nous-mêmes, c’est à dire de travailler dans la démarche synodale par exemple. Nous avons donc à faire une élaboration un peu plus conceptuelle des questions.

Présentation de Michel de Certeau
Il fait partie du bien commun des jésuites, et aussi de Saint-Merry en raison de ses liens avec Beaubourg. Il a travaillé surtout en histoire et sciences religieuses, et Luce Giard a valorisé son œuvre. De Certeau est comme une évidence pour les intellectuels brésiliens : quelqu’un vient du Brésil pour faire une thèse sur Paolo Freire et la pédagogie, donc Mounier et de Certeau. La question est : qui a la garde de quoi dans cette société mondialisée ? Hier un hommage a été rendu à l’Institut catholique à Gilles Verbrunt, pionnier sur l’interculturel : c’est un étudiant centre-africain qui fera la première thèse sur lui !

Parmi la bibliographie très importante de Michel de Certeau, nous retiendrons quelques textes pour appréhender ce qui se joue dans notre propre histoire, et la place à donner aux phénomènes culturels. L’économique et le politique ne suffisent pas (celui-ci est en mauvais état). Même si les questions sociales ont leur importance, à travers Foucault et de Certeau ce sont les questions culturelles auxquelles nous devons nous intéresser : ça passe par le volet artistique, liturgique, réflexif. Dans le culturel, on inclut la culture religieuse qui est à relancer, c’est le moment de ressortir le rapport Debray (années 2000) sur l’enseignement des faits religieux.

Une sélection de textes
– «  La prise de parole » Texte autour de 1968 et au delà.
– Sur l’interculturel : « l’Etranger ou l’union dans la différence » années 60 à 70 –
– « Le christianisme éclaté » Dialogue avec Jean-Marie Domenach 1973 – Livre témoin de la dissémination du christianisme dans la société française : un livre qui fait date. Eclosion de la parole, peur du vide (Claude Geffrey 1975). Le christianisme contemporain était en train de sortir d’une pastorale d’encadrement : on n’en est pas sorti. A mettre en lien avec la situation contemporaine. Par exemple, pour le diocèse de la Rochelle deux séminaristes (sept ans d’études) – 5 séminaristes pour tout le Luxembourg. Tout cela est à reconstruire et c’est très complexe.
« Histoire et psychanalyse entre science et fiction » : réunion de textes dispersés par Luce Giard.

Lien entre Michel Foucault et Michel de Certeau.
Deux contemporains : Foucault meurt en 1984, de Certeau 1986.
De Certeau : jésuite formé à Fourvière – responsable d’un séminaire de doctorat à l’ICP de 1964 à 1978 – participation à Beaubourg 1974 sur la politique culturelle.
Michel de Certeau a lu tout Foucault, c’est une relation asymétrique, inégalitaire entre lui et Foucault la star – qui pèsera sur de Certeau.
M de Certeau fait un long compte rendu du livre de Foucault : « les Mots et les Choses »., qui s’intitule « Les sciences humaines et la mort de l’homme » – texte assez central pour voir la compréhension de Foucault par de Certeau. Ainsi qu’un autre texte sur Michel Foucault sur « Le rire ». Foucault lui envoie « Surveiller et punir » (1975) avec une dédicace parfaitement impersonnelle.

De Certeau a été fasciné par la pensée de Foucault :

  • par une pensée du dehors (de l’institution, en marge)
  • par le héros culturel international (personnage public)
  • l’historien et l’épistémologue.

Il est intéressé par les questions de méthode, de fond, peut-être moins que la qualité des analyses historiques. De Certeau interroge : Qu’en est–il de l’histoire de la raison, alors que Foucault montre les discontinuités de la raison, « les altérations de l’ordre constitutif de la culture ». « Une vérité est-elle encore possible ? » interroge de Certeau lisant Foucault.

 

Discontinuité, différences, dissonances : de Certeau insiste sur le rôle des sciences religieuses, elles sont totalement absentes chez Foucault, qui n’y arrive que très tardivement par l’étude de la question de la vérité. Le discours sur la vérité est lié à des constellations et périodes, et disparaît avec elles. Foucault prend cette question par les marges, les « déchets » de l’histoire (Loudun). Examiner les formes de créativités dispersées qui bricolent dans les groupes, dans ce qui devient un filet de surveillance.

 

Ils s’intéressent tous deux à la façon dont les connaissances passent d’une sphère à l’autre. Paul Ricoeur dit aussi : dans l’histoire, il y a une « réserve » de choses qui ne sont pas apparentes tout de suite. La vérité se passe entre les procédures normées et ce qui se joue en marge, en contrebande, en réserve. Ricoeur dans son livre « La mémoire, l’histoire, l’oubli» insiste sur ces moments qu’on peut rechercher dans notre passé pour faire surgir des potentialités inemployées.

Tous deux s’intéressent à l’art du dire, narration – à rapprocher de l’identité narrative de Ricoeur. Ils sont plutôt dans des « identités de fuite » : ils refusent de fossiliser toute forme de savoir, de statut.

Sur la sexualité, de Certeau pose la question : comment penser les choses autrement ? Pas seulement en terme d’érudition, mais aussi en terme de fondement. Il constate l’insuffisance de Michel Foucault sur les questions culturelles et théologiques.

 

Question : comment peut-on aujourd’hui comprendre un certain nombre de phénomènes si on fait l’économie de la question des déterminations fondamentales de l’existence y compris religieuses. Problème lorsque la ministre de la Culture déclare « j’en ai marre de discuter avec les curés et les rabbins. » Autre erreur comme l’exclusion du conseil d’éthique des représentants des religions. Il faut qu’on arrive à non pas une laïcité d’incompétence (ignorance des phénomènes religieux) mais une laïcité d’intelligence (la Catho-laïcité).

Dans notre programme , nous examinerons comment de Certeau a été lecteur critique de Foucault : adhésion et divergences. Point de départ par le texte « Les sciences humaines et la mort de l’homme ». Puis étudier la façon dont il interprète Vatican II, qui n’a pas tout résolu. Aujourd’hui c’est dans l’actualité de revenir sur l’événement Vatican II en termes culturels, pas seulement théologiques. Dans le débat public ecclésial, on entend une remise en cause de Vatican II par de Lubac, Ratzinger par exemple, qui montrent les impasses etc. François fait silence sur Vatican II, pourquoi ? il estime que les priorités sont autres aujourd’hui, donc évite de s’enliser sur ces interprétations. Aujourd’hui des gens travaillent sur Vatican II pour le remettre en cause : le dialogue interreligieux, « Notra aetate », ils veulent démontrer que « ça ne marche pas ». Pour une nouvelle génération de séminaristes, 1515 et Vatican II c’est pareil.

On regardera le lien entre culture et spiritualité, notamment avec la revue Concilium, grande revue internationale traduite en espagnol, italien, anglais et allemand, mais pas en français, avec des grands théologiens – face à Communio lancée par cardinal Lustiger, Jean-Luc Marion etc.
« Apologie de la différence » dans Études janvier 1968, texte repris dans « Union dans la différence ». Aujourd’hui, nous sommes dans une forme de différentialisme absolu : je te respecte. De Certeau  travaille sur l’union dans la différence. Voir Christian de Chergé ou Bruno Chenu – qui ont beaucoup travaillé sur les questions de communion et rassemblement.

« Paroles humaines, paroles croyantes » Fondement anthropologique d’une parole croyante. Si le croyant est incarné, il doit être compris.
« Institution du Croire » texte magnifique
Autre point qu’on pourrait aborder, le rapport avec l’école freudienne.
La bibliographie complète a été publiée dans RSR Recherche de Sciences religieuses (50 pages).

Michel de Certeau a été défendu par les jésuites, par les dominicains (Claude Geffré), par l’Amérique latine – dans le domaine de la mystique. Il a été un solitaire, avec un parcours un peu décalé. Une certaine virtuosité dans le maniement des disciplines des sciences religieuses et de l’histoire et une vision à long terme, liée à son insertion longue dans l’histoire.

C’est en abordant les mystiques, qu’il a repris contact avec la contemporanéité. La mystique est un point de conjonction entre théologie et philosophie, comme rationalité ouverte à la transcendance. Pour la théologie, la mystique est une forme de contestation – pour la philosophie, c’est la pointe de la philosophie. Dans les années 30, autour de Saint Jean de la Croix, s’ouvre un débat entre la Sorbonne et Maritain : c’est aussi l’insertion dans la modernité par la question des phénomènes religieux.
Il y a de nouveau des jeunes chercheurs en sciences religieuses, mais quelle est leur audience et relais dans les sphères décisionnelles ? Le « centre de Bourgogne » avec René Nouailhat traite des questions religieuses dans les programmes scolaires. Les entreprises s’interrogent aussi face au communautarisme. Coup de balancier en direct en janvier 2015 : le ministre avait suggéré qu’on apprenne l’arabe, qu’on retourne à la laïcité. Tout le travail de René Rémond, Stasi, Aubin, 1989…

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *