François Cheng

François Cheng, sur la mort autrement dit sur la vie

« En ce temps de pandémie, on dit que les personnes âgées sont particulièrement menacées, et l’on se pose alors la question de savoir à quel âge on est “vieux”. L’œil noir et vif de François Cheng, son sourire, ses courtes pauses méditatives, nous font vite oublier son âge ». La chronique de Jean Verrier

Je viens de voir et d’entendre François Cheng à la télévision, il y a quelques jours, dans l’émission « La Grande Librairie ». Ce devait être une reprise d’une émission d’avant le grand confinement car ce n’est pas la première fois que François Busnel invite l’écrivain, poète, essayiste et académicien, âgé aujourd’hui de bientôt quatre-vingt-onze ans. 

En ce temps de pandémie et de confinement, on dit que les personnes âgées, les vieux, sont particulièrement menacés, et l’on se pose alors la question de savoir à quel âge on est « vieux ». L’œil noir et vif de François Cheng, son sourire, ses courtes pauses méditatives où il semble aller puiser la force et la pertinence d’une réponse, nous font vite oublier son âge. De toute façon, comme l’écrit le narrateur de La Peste, le Covid 19, cette peste d’un nouveau genre, est « notre affaire à tous », nous sommes tous « pris dans le sac et il (faut) s’en arranger ». Qui d’entre nous, jeune ou moins jeune, n’a pas été brusquement surpris ces jours-ci d’apprendre la mort soudaine d’une personnalité, homme politique, artiste, ou celle d’un proche ? Qui d’entre nous ne craint pas d’être « testé positif » ?

Certaines pages d’un livre de François Cheng paru en 2013 sont un écho à ce que nous vivons tous aujourd’hui. Il s’agit des Cinq méditations sur la mort, titre immédiatement suivi de «autrement dit sur la vie »,  ce qui résume tout le propos du livre. Sa lecture est exigeante, à suivre à pas lent, et je reste parfois étranger à des références venues d’ailleurs car l’auteur « participe de deux cultures situées aux deux extrémités du vaste continent eurasien » comme il aime à se situer lui-même. Mais voici une page que j’entends de tout près :

« Nous ne pouvons pas penser la vie sans penser la mort, pas plus que nous ne pouvons penser la mort sans penser la vie. Mais au sein de ce binôme insécable, c’est la vie qui a la prééminence. La mort aura-t-elle le dernier mot ? Rien n’est moins sûr. (…) La vie a la prééminence, disais-je, mais cela n’enlève rien au fait que nous sommes dans le pétrin. Nous autres, humains sur terre, nous sommes pris dans un implacable engrenage : la certitude de mourir sans en connaître ni le jour ni l’heure devient en nous la source de toutes les incertitudes. Malgré nos mille mesures visant à nous sécuriser, nous vivons sous la menace de maladies, d’accidents, de conflits meurtriers, de perte d’êtres chers. D’où notre permanente angoisse. Compte tenu de cette situation, il y a bien lieu de parler de miracle, d’être là ensemble, de partager ce rare bonheur d’un vrai échange » (éd. Albin Michel, page 42).

L’entendez-vous comme moi cette page ? Ne trouvez-vous pas aussi du bonheur à ce temps d’échange ?

Jean Verrier

1 commentaire

  • “Sans savoir pourquoi
    j’aime ce monde
    où nous venons pour mourir” Natsume Sὀseki (1865-1915)

    Cher Jean, merci pour cette question. J’ai une conscience aiguë -merci à cette pandémie- que nous sommes dans le même bateau, sur le même vaste océan et sous le même vaste ciel… et que nous avançons en chantant Pueblo unido… en échangeant pensées, propos sombres ou drôles, poèmes, autant d’interrogations et signes d’encouragement à… ramer vers le même lieu… d’où nous sommes partis et que nous connaîtrons pour la première fois (T.S. Eliot)

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