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Frères humains

Une militante de l'ACAT, engagée depuis des années dans la lutte pour le respect de la dignité de chacun, nous communique cette lettre qu'elle dédie « Aux amis du groupe interreligieux, à tous ceux que j’aime, à tous ceux qui s’aiment »

Confinée comme vous depuis le 16 mars, je vis autrement, sans courir, sans les repères de mon emploi du temps habituel. Je me sens en lien avec chacun de vous, et je pressens aussi que cette épreuve qui nous est commune doit élargir nos horizons, bien au-delà de nos cercles habituels, qu’elle peut être l’occasion de faire advenir une société plus solidaire, un monde plus fraternel. Je pense à ceux qui souffrent, à ceux qui soignent, à ceux qui perdent pied, épuisés de fatigue ou d’angoisse, écrasés de solitude.

Nous vivons dans un pays riche, au système de santé performant, mais… Pourquoi avons-nous laissé faire la déshumanisation, les délocalisations à tout va, pourquoi avons-nous abandonné à des gestionnaires rivés sur leurs calculettes, nos établissements de santé ou d’accueil des personnes âgées ? Pourquoi si peu de masques, si peu de tests disponibles ? Pourquoi les molécules essentielles fabriquées en Chine ? Pourquoi les auxiliaires de santé si mal payés ?… Pourquoi a-t-on voulu tout rentabiliser ? Et si cette pandémie sans frontières nous amenait à réfléchir, à reconstruire, demain, un monde plus humain ? 

On a voulu nous faire applaudir, comme un progrès inéluctable, l’achat de nos billets de train en ligne, notre déclaration d’impôts en ligne, nos déclarations après un accident ou une tempête, en ligne, nos RV médicaux en ligne… et on a oublié que le lien virtuel peut être un piège qui se referme sur nous. Le geek tout fier de ses 187 followers ou des 515 like glanés sur facebook sait-il encore dire bonjour à son voisin de palier ?

On a oublié ce qui se joue de visage à visage : le contact, l’humour, la bienveillance. Et si le chagrin d’aventure vous submerge, c’est sur l’épaule amie que va se reposer votre visage ! Elle manque tellement à certains confinés, aujourd’hui, cette épaule amie !

On a vu récemment des élites exprimer leur mépris envers ceux que nos sociétés performantes laissent sur le côté ; on a vu des manifestants tenir des propos agressifs ou haineux à l’égard des gouvernants et des politiques. Devenir artisans de paix, c’est un job à plein temps, et si quelques uns s’y risquent, ils savent qu’ils auront à essuyer les avanies de tous bords, qu’on les traitera d’idéalistes, d’incompétents, de rétrogrades… Mais le chantier est ouvert : pour bâtir un monde plus fraternel, on recrute ! Tout le monde peut être embauché ! Les croyants de toutes confessions et les hommes de bonne volonté peuvent s’atteler  ensemble à cette tâche, ici et maintenant. 

Alors demain, saurons-nous reconstruire une société bâtie sur des valeurs solides, donner une chance à la paix, à la fraternité, qui est le point d’orgue qui peut concilier liberté et égalité ? Des femmes et des hommes l’ont tenté au lendemain de la deuxième guerre mondiale. Rédiger la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, mettre en place la sécurité sociale, les allocations familiales, faire avancer le droit des femmes, engager la décolonisation, esquisser l’Europe, ce n’était pas rien, même si les rêves des pionniers se sont souvent fracassés sur l’exigence de la finance et le glissement vers la corruption, sur les égoïsmes et le chacun pour soi…

Ce sont là quelques réflexions que je me suis faite au cours de mon confinement.

Je vous porte, amis très chers, frères humains, dans la prière… J’ai conscience de mon grand âge, je sais qu’il me faut passer la main, (et bientôt l’arme à gauche), mais s’il me reste un peu de souffle et d’énergie, je veux bien continuer avec vous le combat !

Vendredi 27 mars 2020, au 11ème jour du confinement,
Marie-Nicole

1 commentaire

  • Merci Marie-Nicole,on vous promet de continuer le combat pour la fraternité… et pour ne pas revenir en arrière , ou le moins possible …
    Un espoir : celui d’avoir vu qu’il est des circonstances qui révèlent que la finance n’est, finalement pas la seule option, et que dans les crises, ce sont les fondamentaux qui seuls , permettent de faire face.
    Une démonstration à ne pas oublier, une leçon qu’on n’aurait pas crue exacte si on ne l’avait pas touchée du doigt.

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