Gaza et Saint-Merry : un dialogue régulier

Les jeunes Gazaouis, bien qu'en première année de français seulement, ont tous été capables de tenir une petite conversation

étudiants de l’Université DePaul de ChicagoConverser avec les étudiants de Gaza par internet :

Un projet concret de la commission Partage du CPHB
Depuis le mois d’avril 2015, un projet de solidarité internationale de la commission Partage du CPHB, approuvé par l’assemblée générale, est en cours de réalisation : des contacts audiovisuels réguliers par internet avec les étudiant(e)s du département de français de l’Université Al-Aqsa de Gaza. Florence Carillon et Laurent Baudoin vous livrent leur première impressions.

Ce jeudi 9 avril à 10h (heure française), une dizaine d’étudiants du cours de français de l’Université Al-Aqsa de Gaza étaient présents devant la caméra et l’ordinateur de leur salle de cours pour une liaison avec Paris par le logiciel Skype. Ziad Medoukh, directeur du département de français, organisait ce contact avec son charisme habituel. Les étudiantes et étudiants de ce jour étaient quasiment tous en première année d’un cursus de français de trois ans. Certains étudient notre langue depuis seulement trois mois, et nous avons été sidérés de leur niveau de compréhension et d’expression au bout d’un temps si court ! Tous sont avides d’échanges avec des personnes de langue française. C’est pourquoi le département a prévu, dans le temps même des cours de français, un module « oral », activé chaque fois que des visiteurs étrangers francophones de passage à Gaza viennent à la rencontre des étudiants (comme l’a fait le mois dernier le Dr Christophe Denantes, fils de notre ami Jacques), ou lorsque des liaisons par internet avec la France sont mises en place (c’est le cœur même de notre projet).
Une étonnante capacité d’apprentissage de la langue
Une dizaine de filles et de garçons  du cours de français (surtout féminin) se sont relayés pour nous parler de leur vie quotidienne. Cette université est quasiment la seule qui soit mixte à Gaza. La vie extérieure rend difficile la mixité : la plupart des sports sont réservés aux garçons, les filles ne peuvent pratiquer que la natation, en mer ou en piscine. Même pour les garçons, la situation est difficile : certains jouent au football mais ils doivent s’entraîner sur la plage, depuis que le stade a été bombardé par les Israéliens (de plus, il faut savoir que les meilleurs joueurs sont des cibles privilégiées pour les soldats israéliens, qui veulent empêcher toute carrière internationale pour ces jeunes Palestiniens)… Pas de cinémas, peu de théâtres, mais des écoles de musique, les bibliothèques universitaires et les sorties au café avec les copains. Leur vraie vie se déroule plutôt en intérieur où ils consacrent beaucoup de temps à l’étude, ce qui explique sans doute leur aisance dans notre langue… Beaucoup sont d’ailleurs curieux de savoir à quoi les jeunes Français consacrent leur temps libre !

De nombreux étudiants voudraient devenir interprètes ou traducteurs, mais ils n’en sont qu’au début de leurs études. Peu désirent quitter Gaza, du moins c’est ce qu’ils disent à ce jour. D’après Ziad, l’esprit de résistance semble bien présent, de même que l’attachement à leur terre et à leur culture.

Nous avons besoin de vous !
Devant cette soif de contacts extérieurs et ce désir de communiquer ce qu’ils vivent, en particulier à des jeunes Français de leurs âges, nous avons pensé qu’il était très important de poursuivre ce lien avec eux, quelles que soient les difficultés techniques ou administratives.

À Gaza les possibilités de contact avec l’extérieur sont assez limitées compte tenu des horaires de l’université et de la fourniture d’électricité (actuellement, du fait des destructions israéliennes d’août dernier, le courant n’est disponible que 6 heures par jour). Mais Ziad nous a assuré que malgré tout, à la belle saison, ses étudiants n’hésitent pas à rester en classe jusqu’à 16h. Il est donc possible de fixer des horaires de rendez-vous plus faciles que le matin à 10h pour les jeunes Français qui étudient ou qui travaillent : une tranche de discussion entre 12h et 14h (voire au delà) est possible.

Il n’est pas nécessaire de faire partie de la communauté de Saint-Merry pour échanger par internet avec les étudiants gazaouis. Seul suffit le désir de rencontrer des jeunes gens qui vivent ailleurs, autrement et dans des conditions que nous ne saurions imaginer, et qui expriment un vif désir de s’évader un moment, par l’esprit et par le cœur, de leur « prison à ciel ouvert ». Ces jeunes de Gaza cherchent bien sûr à converser en priorité avec des jeunes Français de leurs âges, mais tous les âges et toutes les capacités, expériences et motivations sont les bienvenus.

Si vous êtes intéressés par ce type d’échanges, laissez vos coordonnées dans la partie « Réagir » en bas de cet article, et nous vous contacterons. Bien entendu, par discrétion, nous ne laisserons pas vos coordonnées visibles sur le site.

Faisons ensemble que triomphent l’espoir et l’humanité à Gaza-la-vie, selon l’expression fétiche de Ziad, qui est aussi poète.

Florence Carillon

Depuis le début du projet Gaza du CPHB, quatre séances Skype ont eu lieu avec Gaza : le 19 mars à St-Merry ; les 9 avril, 17 mai et 31 mai à mon domicile. Chacune a duré environ une heure. Les liaisons du dimanche, qui commençaient vers 13 h, ont été tributaires de la coupure d’électricité quotidienne vers 14h30 (heure française).

La séance du 31 mai, la dernière avant les vacances d’été, a été animée de notre côté par deux jeunes de St-Merry : Joseph Mathivet et Stéphane Moignon ; du côté Gaza, par Ziad Medoukh, trois étudiantes et trois étudiants.

Les jeunes Gazaouis, bien qu’en première année de français seulement, ont tous été capables de tenir une petite conversation, laquelle a porté principalement sur leurs prochains examens de français (en juin), le festival de cinéma sur les droits de l’homme dans le quartier détruit de Shujaiya (avec tapis rouge traversant les ruines, émouvant symbole de l’esprit de résistance des Gazaouis tandis que se déroulaient les fastes du Festival de Cannes), les loisirs à leur portée (la musique francophone, les films français dont ils ont une bonne connaissance, le football, les bains de mer).

Tous expriment le souhait de poursuivre l’expérience. À Saint-Merry, un nouvel équipement informatique devrait permettre à ce projet de prendre sa forme véritablement communautaire.

Laurent Baudoin

 

Ziad Medoukh : homme de culture et de paix
Ziad Medoukh, poète et écrivain palestinien d’expression française, est directeur du département de français de l’Université Al-Aqsa de Gaza. Il a terminé ses études de didzactique du français à l’Université de Paris VIII où il obtint un doctorat en 2009. Il est l’auteur de plusieurs recueils de poésie sur Gaza et la Palestine, ainsi que de nombreuses publications et recherches concernant l’enseignement du français en Palestine, l’éducation pour la paix et la non-violence. Très attaché aux principes de la démocratie, de la liberté, des droits humains et de la francophonie., il a créé à Gaza un Centre de la paix qui vise à développer une culture de paix et de résistance pacifique parmi la population palestinienne.

Ziad Medoukh a été fait chevalier de l’Ordre des palmes académiques de la République française en 2011. En 2014, il a été nommé ambassadeur de la paix par le Cercle universel de la paix. Il a gagné le premier prix du concours Europoésie 2014 pour son poème «À la mère palestinienne » et le prix de la Francophonie pour l’ensemble de ses œuvres. Il a reçu en 2015 le diplôme d’honneur de l’Association Rencontres Européennes-Europoésie pour l’ensemble de ses poèmes en français de l’année. Ses poèmes sont considérés par le jury comme “un cri libre et intense qui s’élève au-dessus des murs et du blocus de la honte. Ses mots sont universels de vérité et de sagesse. C’est la plume palestinienne de la paix  qui montre la dignité et le courage d’un peuple resistant”.

Ziad Medoukh a également publié un livre sur l’offensive israélienne sur la bande de Gaza en été 2014 (la troisième en cinq ans) : “Chroniques d’un été meurtrier à Gaza – récit d’un génocide répété” (éd. Kairos, Nancy, novembre 2014).

 

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