Rafah, les maisons rasées côté égyptien

Gaza, l’impasse

2000 morts, 113.000 maisons endommagées, dont 22.000 totalement détruites, 100.000 personnes déplacées, des écoles et des hôpitaux bombardés… À Gaza rien n’a changé depuis le bombardement du mois d’août 2014. Le témoignage de Christophe Denantes
Rafah, les maisons rasées côté égyptien
Rafah, les maisons rasées côté égyptien

Depuis plusieurs années, je me rends trois fois par an à Gaza dans le cadre d’un programme humanitaire avec une équipe composée de 2 à 3 chirurgiens, et de moi-même qui suis médecin anesthésiste. Nous intervenons dans les hôpitaux de Gaza à la fois comme praticiens et comme formateurs en chirurgie de la main et de réparation des nerfs périphériques qui sont réalisées sous microscope. Mon dernier séjour s’est déroulé du 1er au 12 décembre 2014.

La bande de Gaza

La bande de Gaza est un territoire de 430 km² peuplé de 1.800.000 habitants soit une densité de 4900 habitants par kilomètre carré, dont 50 % sont âgés de moins de 18 ans. À la fin du premier conflit israélo-arabe en 1948, le territoire a accueilli un grand nombre de réfugiés pris en charge par une agence de l’ONU, l’UNWRA, qui fait fonctionner, à Gaza comme en Cisjordanie et au Liban, un réseau de dispensaires et d’établissements scolaires grâce auxquels les enfants palestiniens sont parmi les mieux scolarisés du monde arabe.

Jardin d’enfant à Nusseirat
Jardin d’enfant à Nusseirat

Un raccourci de l’histoire récente

Restée Égyptienne jusqu’en 1967, la bande de Gaza a été conquise par Israël lors de la guerre de 1967. L’armée y a installé des avant-postes militaires et des colonies de peuplement. La première intifada y commence en décembre 1987 et se terminera en 1993 avec les accords d’Oslo qui permettent l’installation de l’Autorité Palestinienne à Gaza et Ramallah en vue d’une autonomie palestinienne. En 2000 débute la deuxième intifada et pour sortir d’une situation d’affrontements incessants, Israël décide d’évacuer Gaza en évacuant les colonies, de sorte que la bande de Gaza est devenue le seul territoire palestinien non occupé. Mais sa frontière terrestre, son littoral maritime et son espace aérien restent soumis à une étroite surveillance par Israël.

Les élections municipales en 2005, puis les élections nationales en 2006 ont donné une large majorité au Hamas sur le Fatah qui avait, jusque-là, dirigé sans partage l’Autorité Palestinienne. Le Hamas a affirmé son intention de remettre en cause les accords sécuritaires qu’avait passés l’Autorité Palestinienne avec Israël. Il en est résulté des conflits très violents entre Palestiniens, qui ont abouti, en 2007, à une scission entre la Cisjordanie, gouvernée par le Fatah, et la bande de Gaza, gouvernée par le Hamas. Israël, qui de son côté, avait arrêté et emprisonné les députés élus sur les listes du Hamas, décide un blocus de Gaza

En 2006 sous la pression d’Israël et des États-Unis, le Hamas, qui avait enlevé un soldat Israélien participant au blocus, a été déclaré organisation terroriste, de sorte que ce blocus a été considéré, par les médias et les pays occidentaux, comme la réponse normale à la prise de pouvoir d’une « entité terroriste » à Gaza. C’est alors que se sont multipliés les tunnels sous la frontière avec l’Égypte, de l’ordre de 1000, permettant la circulation des biens et des personnes et dont les péages alimentaient les caisses du Hamas lui permettant de payer ses fonctionnaires.

Sous blocus, le Hamas a estimé n’avoir pas d’autre moyen d’attirer l’attention du monde que l’expédier des roquettes sur Israël. Ces roquettes ne contenant pas ou peu d’explosifs et n’ayant pas de radioguidage, ne faisaient pas grand dégât, mais cela frappait d’autant plus l’opinion occidentale que le gouvernement israélien donnait une grande publicité à chaque envoi de projectile. Il en est résulté trois épisodes de bombardements intensifs précédant des opérations terrestres israéliennes, chaque fois interrompues sous la pression internationale : en décembre 2008, en novembre 2013 et en juillet 2014. Chacun de ces épisodes a été très meurtrier : le dernier en août s’est traduit par 70 morts, dont 15 civils du côté israélien et 2000 morts du côté palestinien, dont 1500 civils, mais aussi 113.000 maisons endommagées, dont 22.000 totalement détruites, 100.000 personnes déplacées, des écoles et des hôpitaux bombardés…

Shujaya un quartier de Gaza que les israéliens ont rasé après y avoir perdu des soldats
Shujaya un quartier de Gaza que les israéliens ont rasé après y avoir perdu des soldats

Le « statut actuel » est le fruit du manque de volonté politique tant du côté israélien qu’égyptien et même ce qui est le plus dramatique du côté palestinien

Le blocus israélien instauré en 2006 existe toujours. À l’intérieur du mur de séparation qui entoure la bande de Gaza, l’armée israélienne a décrété une zone interdite de 100 m et une zone dangereuse (tir à vue) de 200 m, qui se trouvent soustraites à l’agriculture. En mer, les pêcheurs ne doivent pas aller au-delà de 6 miles. La circulation des personnes et des biens, notamment les matériaux de construction, reste contingentée ce qui ne permet pas la reconstruction de Gaza.

Le blocus égyptien s’est aggravé depuis juillet 2013, quand le gouvernement militaire issu du « coup d’état » qui a renversé Morsi vainqueur des élections présidentielles de juillet 2012, a reproché au Hamas sa proximité avec les Frères Musulmans égyptiens. La plupart des tunnels ont été détruits ainsi qu’en décembre 2014 les maisons de la ville de Rafah à cheval sur la frontière, de façon à créer une zone interdite.

Le gouvernement d’union nationale palestinien institué en avril 2014 n’est qu’une façade. Il a été formé à la demande du Hamas qui n’avait plus les moyens de payer ses fonctionnaires, avec pour mission de préparer de nouvelles élections. Mais l’Autorité Palestinienne refuse de payer les fonctionnaires nommés par le Hamas depuis avril 2007 pour remplacer ceux payés par le Fatah, mais à qui Ramallah a demandé de ne pas reprendre le travail. Elle refuse aussi de payer l’électricité et le fuel venant d’Israël pour alimenter la seule centrale de Gaza et l’électricité ne fonctionne que 8 heures toutes les 16 h. De ces dissensions jamais résolues résulte une paralysie de l’exécutif palestinien qui n’est pas en mesure de peser sur la communauté internationale pour résoudre le problème de Gaza.

 

Christophe Denantes
29 décembre 2014

Lire la Lettre ouverte de Taoufiq Tahani, pré­sident de l’Association « France Palestine Soli­darité » à Laurent Fabius, ministre des Affaires étrangères

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