Groupes Carême 2014 : le bilan

Comment rendre compte des réunions des groupes carêmes cette année ? Chacun a abordé le sujet à sa manière : les uns se sont étroitement inspirés des textes proposés, d’autres les ont abandonné tout de suite pour se livrer à leur propre réflexion.

Groupes carême 2014 : le bilan

Anne Gratadour. Panneaux 3 et 4
Anne Gratadour. Panneaux 3 et 4

Comment rendre compte des réunions des groupes carêmes cette année ? 18 groupes se sont retrouvés sur le thème de la fraternité, 12 compte rendus ont été envoyés qui témoignent de la richesse des échanges. Chacun a abordé le sujet à sa manière : les uns se sont étroitement inspirés des textes proposés d’autres les ont abandonné tout de suite pour se livrer à leur propre réflexion.

Une approche théologique

Certains ont privilégié une approche théologique : quelle est la spécificité de la fraternité chrétienne ? L’altruisme se retrouve dans toutes les religions ; l’appel radical du Christ à l’amour de l’autre et du plus différent, le souci, auquel nous pousse l’Esprit, de faire grandir le prochain parait clair à tous. Mais jusqu’à quel point un lien spécifique nous relie-t-il à l’Eglise ? Faut-il considérer d’abord nos liens avec cette « communauté d’hommes qui …conscients d’avoir été élus par ce Père qui est Amour en sont venus à s’appeler mutuellement « frères »[1]? Ou pouvons nous dire avec Michel de Certeau que « le croyant qui sait lire spirituellement la rencontre humaine y découvre, là comme partout, le Dieu vivant dont lui parle l’Ecriture. Jusque-là, simplement, ses «  yeux sont empêchés de le reconnaître » (Luc 24,16)  tel qu’il se présente, avec le visage des hommes ». ?

Seuls deux groupes se sont arrêtés à ces distinctions ecclésiologiques mais d’autres, en faisant porter leurs débats essentiellement sur les relations à l’intérieur du CPHB ont montré combien ils étaient sensibles à l’importance particulière de la fraternité entre chrétiens; d’autres encore ont rappelé que la religion pouvait aussi séparer et détruire la fraternité…

Les difficultés auxquelles se heurtent nos efforts de fraternité

La plupart cependant ont considéré comme acquis que le Christ nous appelait à être fraternels aussi bien avec nos proches qu’avec les plus lointains et les plus isolés et ont réfléchi aux conditions spirituelles, psychologiques et sociales nécessaires ainsi qu’aux difficultés auxquelles se heurtent nos efforts de fraternité :

La première condition évoquée porte sur l’attitude à avoir soi-même : souvent notre méfiance (défiance) provient du fait que nous n’avons rien à demander : nous avons plutôt conscience d’avoir des droits à défendre. Il faut casser sa coquille dans une démarche intérieure d’où naît un souffle qui donne de la force et du goût à la relation. Savoir prier et ne pas seulement agir. Rester disponible, poser sur l’autre un regard bienveillant, vierge de tout a priori. Se défaire de l’envie d’être efficace. Ne pas tout prévoir pour laisser sa place à la fraternité.

En cas de tension, fraternité ne veut pas dire angélisme. La première nécessité (mais aussi difficulté) est celle de s’aimer et d’être indulgent avec soi même, notamment dans les moments les plus durs : Accepter son impuissance, accepter l’aide d’autrui, se rappeler ses capacités et talents, continuer à s’émerveiller. Se protéger de la perversion et de la malveillance.

Vis-à-vis de proches, notamment frères et sœurs de sang, la fraternité n’est pas la plus facile, d’ailleurs la première fratrie dans la Bible (Caïn et Abel) s’est mal terminée…Nos relations familiales sont souvent le modèle dont vont s’inspirer nos relations ultérieures. Bien qu’il nous arrive de ne pas bien nous comprendre, nous sommes parfois simplement heureux d’être ensemble, en famille.

L’amitié, qu’on prend parfois comme référence, semble plus une expérience qu’une forme idéale de fraternité.

Il est difficile d’être fraternels avec les gens qui vous exaspèrent…Il y ades indifférences polies, parfois du mépris et pourtant la vraie fraternité exige de respecter un niveau d’égalité dans l’échange et une posture systématique d’écoute ; ne pas oublier qu’en croyant donner, on reçoit.

Dans une relation quelle qu’elle soit, il y a toujours une différence entre soi et l’autre. Or cette différence est à la fois source de dynamisme et d’agressivité : Attention à ne pas confondre conflit et dynamisme et à ne pas valoriser le conflit sous prétexte de franchise…Le mal me traverse, il nous traverse tous malgré nous – et ce n’est pas là le privilège des pervers ; il est au cœur du conflit (et avec lui sa kyrielle de méchancetés…).Seule la prière nous permet de le franchir !

À St Merry, on crée des liens

Font-ils obstacle à une ouverture plus large ? Comment vivre mieux notre fraternité avec nos paroisses respectives, avec l’ensemble de l’Eglise ?

La fraternité dans une communauté comme le CPHB exige l’écoute de la parole des autres, des nouveaux, des différents, il faudrait inventer les moyens permettant à chacun de s’exprimer même s’il n’en a pas l’habitude. Pour laisser place au silence. Permettre à celui ou celle de derrière le pilier d’être à la fois tranquille et de se sentir accueilli, parfois dans un geste silencieux. Soyons attentifs et inventifs dans le domaine de la fraternité incarnée.

Il nous arrive de passer entre nous du désaccord au conflit (où l’autre n’a plus droit à la différence) surtout quand il s’agit d’atteindre un but précis (par exemple le droit au mariage pour tous). Deux attitudes alors : l’agression ou le silence… Savoir dédramatiser et retrouver alors les raisons profondes de faire ensemble communauté. La confiance peut permettre de construire quelque chose de vrai.  L’important, c’est de voir que chaque interlocuteur est capable de donner. A contrario, redouter rumeurs, bavardages, bonne conscience, individualisme. Et savoir pardonner…

Solidaires avec ceux qui sont proches nous le sommes aussi avec ceux qui sont loin ou inconnus : dans mon immeuble, dans la foule du métro je peux par mon regard manifester attention et respect. Dire bonjour à quelqu’un qui ne répond pas ou même se demande ce qu’on lui veut …

Quelle est notre manière d’habiter le monde ? De qui suis-je proche, dans notre temps et espace globalisés ? Comment par exemple, j’utilise les ressources naturelles, les biens inaliénables comme l’eau, pour mon seul profit dans une économie globalisée et souvent prédatrice ?

Plusieurs groupes ont abordé cette dimension collective de notre responsabilité fraternelle vis-à-vis de nos contemporains : certains pour inciter à accepter l’inattendu, l’inconnu, affronter la peur de l’autre, de sa domination, de son emprise– la peur de l’Islam par exemple  et de ses minorités agissantes.

Face à l’actualité (par exemple, la situation en Syrie, les nombreuses personnes sans-abris, etc), d’autres pensent qu’il faut ne pas s’en couper mais ne pas se noyer dans une « porosité » qui mettrait à mal notre capacité d’action, de création, de résistance. Agir concrètement à travers des associations de bénévoles, chrétiennes ou pas. Et pourquoi pas à chaque célébration, donner une bonne nouvelle de la fraternité où qu’elle s’exerce, car il est incontestable qu’elle est bien vivante dans ce monde de désenchantement général…

 

Martine Roger-Machart

À partir des compte-rendus faits par G. Aurenche, C. Chaduc, JM Eldin, M. Glorieux,

MT Joudiou, JL Lecouffe, C Manuel, D. Mérian, I. Pépin, B.Sadier, Sarah, A Seminel

 

[1] « conscients de vivre de l’Esprit- Saint dans le Christ…. d’avoir été élus par ce Père qui est Amour, ils en sont venus à s’appeler mutuellement « frères » et « bien- aimés » dans une Communauté qu’ils ont spontanément appelée « la Fraternité »… ». ecclésiologie enracinée dans la vie en Christ.. (Michel Dujarier)

 

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