Guidé par le soleil

Pellegrino con la conchiglia, simbolo del Camino.L’homme est un animal marcheur ; debout, et bien d’aplomb par la solidité des jambes et l’appui de ses pieds sur le sol, il a redressé sa colonne, libérant le port de sa tête, l’espace du cerveau, et sa complexité permettant la pensée.
Sa tête ne tombe plus, pesante, vers le sol, le regard seulement attiré, comme chez la vache ou le mouton, par de l’herbe à brouter.
Mais sa tête bien plantée, juste entre les épaules, tournant à droite et à gauche par l’aisance du cou, permet une vision large et libre, pour le choix, sinon du but – parfois lointain, à peine deviné –, au moins de la direction où aller et des signes indiquant les possibles chemins et leurs étapes, et les repos pour la joie du trajet parcouru.

Il a renoncé à l’envol, à la mer sans repères, aux branches balançantes au gré du vent et du fruit mûr. Il s’accepte humain sur l’humus, la terre basse dont chaque pied à tour de rôle éprouve la solidité fidèle, pressentant par-dessous un secret de fécondité.
Alors il décide d’aller, il va, marchant son pas selon son rythme, rythme des forces, rythme du souffle, rythme ajusté à celui des membres du groupe. Il va son rythme de marcheur au pas régulier et pesant : pas plus que brouteur d’herbe il n’est le bondissant prédateur guettant des heures durant sa proie, ni proie sur le qui-vive prête à bondir pour échapper.

L’homme n’est pas que le mangeur. Il explore, il découvre, il s’intéresse au neuf tout au long du chemin, de découverte en découverte, pour habiter, pour cultiver, cela aussi au rythme de ses pas, épousant celui des saisons.
Ainsi va l’homme depuis son aube d’humanité, marchant et parcourant et possédant le monde, guidé par le soleil, repoussant l’horizon, inaccessible fascination.
Les riches ont domestiqué l’animal – bœuf, âne, cheval… – pour les porter. Mais l’essentiel, siècle après siècle, ou plutôt millénaire après millénaire, fut le pas à pas sur le sol, humilité se révélant chemin et sens.
Et maintenant nous innovons : ce ne sont plus nos pas qui nous font déplacer ; l’énergie est toute autre, et les distances parcourues… Auto, avion, fusée, à quel rythme de vie, et pour quel but sinon de rétrécir notre espace, peut-être ôter du goût au temps, perdre la trace de nos pas, empreinte des épreuves traversées ? …
Ainsi, voici notre corps d’homme marcheur, pour la première fois de son humanité, mutilé de ses pas et de ses rythmes et son contact avec le sol : de quelles blessures allons-nous donc souffrir, physiologiques, et surtout symboliques ?

<

p style= »text-align: right; »> Geneviève Esmenjaud

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *