« Heureuse celle qui a cru ! »

Le chrétien qui chante le magnificat avec Marie ne peut être complice des injustices du monde. Avons-nous l’ouïe assez fine pour distinguer, dans ce fatras d’informations quotidiennes, des mots qui peuvent nous faire vivre véritablement et qui peuvent nous dire qu’il y a peut être du bonheur à construire et à vivre de ce côté ci, celui de l’Esprit ?

Vendredi 15 août
Assomption de la Vierge Marie
Année A

magnificat
1ère lecture : La Femme de l’Apocalypse, image de l’Église comme Marie (Ap 11, 19a ; 12, 1-6a.10ab)
2ème lecture : Le Christ nous entraîne tous dans la vie éternelle ( 1 Co 15, 20-27a)
Evangile : « Heureuse celle qui a cru ! » (Lc 1, 39-56

 « Heureuse la mère qui t’a porté dans ses entrailles, et qui t’a nourri de son lait ! » Alors Jésus lui déclara : « Heureux plutôt ceux qui entendent la parole de Dieu, et qui la gardent ! »

Commentaire de Paul 1 Co, 15, 20 à 27
Les mots de Paul paraissent bien décalés. Ce qui me fascine c’est le rapport entre ce texte de Paul et le magnificat.
Pour moi Saint Paul dit la même chose mais à sa façon que Marie dans le magnificat. Il nous expose en clair le plan créateur et rédempteur de Dieu. C’est ce plan qui se réalise de façon sensible dans le coeur et la spiritualité brulante de Marie. Paul nous explique que les bondissements de Jean Baptiste encore dans le ventre de sa mère marquent  le commencement d’un monde nouveau. Marie l’expérimente et le décrit.
Une naissance dans l’Esprit à laquelle nous sommes appelés, un mystère que Jésus expliquera une nuit à Nicodème.
Paul décrit les étapes du plan : détruire les puissances  du mal et en dernier lieu, la mort. Il nous revient d’enfanter le monde nouveau dans la douleur et dans le combat quotidien. Contre les forces du Mal qui cherchent à détruire tout germe de fraternité, de justice et de paix.
Combien de puissances monstrueuses à travers l’histoire ont cherché et cherchent encore à anéantir ce nouveau monde dès qu’il émerge ? Il suffit de penser ces semaines-ci à Gaza, à l’Irak, à l’Ukraine, à la Syrie. Le comble est que le nouveau califat en Irak veut anéantir les Yazédis sous prétexte qu’ils seraient des suppôts de Satan.
Mais c’est aussi tout cet égoïsme qui menace l’avenir de notre planète et nous renferment sur nous mêmes, les idoles du pouvoir et de l’argent qui cherchent à supplanter Dieu avec une telle habileté que certains ne savent plus parfois où est le Mal, où est le Bien. Le but inavoué n’est-il pas que disparaisse toute présence de Dieu ?
Le Magnificat dans sa splendide chaleur humaine et sa joie mystique contient une traduction de ce plan. Profonde méditation de l’histoire, le magnificat est pour moi une expression parfaite de la spiritualité de la libération : humilité, service, soif de Dieu, ouverture et disponibilité, confiance inébranlable, joie et action de grâce pour l’intervention de Dieu, qui libère les prisonniers et humilie les puissants, solidarité avec les pauvres, espérance active dans le changement du monde.

Le chrétien qui chante le magnificat avec Marie ne peut être complice des injustices du monde, ni se limiter à la prière. Il prend parti pour le Dieu des pauvres, et s’engage dans un amour politique envers eux. Le Magnificat est un chant de libération contre toute injustice et toute tyrannie.  L’hymne d’une grande révolution de l’espérance, l’abolissement de toute neutralité ou indifférence, le feu et la violence de l’amour pour œuvrer du côté des laissés pour compte.
Ce n’est pas par hasard que la dictature en Argentine avait censuré les versets subversifs du magnificat « il renversera les puissants de leur trône, il élèvera les humbles ».
Bien sûr Paul parle aussi de la promesse du Salut, et de l’Eucharistie. En quelque sorte le Magnificat donne sa version : une expérience personnelle de rencontre dans son corps, une réponse intime faite tout à la fois d’émotion, d’intuition et de raison, la joie radieuse d’un oui inconditionnel. Tout cela n’est-il pas la promesse, déjà accomplie, du salut, déjà là ?

 Jacques Debouverie

Commentaire de l’évangile
Que d’images nous viennent à l’esprit en entendant ce texte ! La visitation est si souvent représentée dans les œuvres d’art.
Mais maintenant dans cet évangile ce ne sont plus des images mais des mots qui nous sont proposés et même presque, proclamés haut et fort tant leur puissance me renverse.
Mais d’abord, au début de ce récit, que se sont dites ces deux femmes ? Nous n’en savons pas grand chose : une salutation, c’est tout ! Même si les mots ne nous sont pas rapportés, leur justesse, leur puissance, et leur vérité est telle que Marie, comme Elisabeth, est bouleversée tout au fond d’elle même : l’enfant qu’Elisabeth porte en elle en tressaille.
Nous pouvons imaginer une scène d’une grande intimité. Elles ont dû s’embrasser avec affection dans une grande tendresse, leurs corps de femmes enceintes tendus l’une vers l’autre. Leur proximité est telle qu’une voix forte jaillit et l’évangéliste nous dit là, la force de l’Esprit Saint. Marie proclame  alors des paroles inouïes !
Imaginez maintenant ces mots, tagués comme des slogans de manifestations, en travers des photos d’actualités de ces jours ci ! : “ Il disperse les superbes ” “ Il élève les humbles ” ” il comble de biens les affamés ”.
Je ne peux m’empêcher d‘y voir les images de ces derniers jours : des foules courants dans les montagnes d’Irak pour tenter de fuir les assaillants ; de voir les familles entassées dans les camions ou sur le bord des routes avec des enfants pleurant de faim et de soif dans les bras de leur mère… Mais Marie dit aussi “ il se souvient de son amour ”
Oui, il y a aussi les sourires timides des peuples chez qui un peu d’espoir renaît enfin. “ Heureuse celle qui a cru à l’accomplissement de ces paroles ” Croyons nous que ces paroles du Magnificat -que j’ose dire révolutionnaires- peuvent s’accomplir aujourd’hui, sur notre planète où tant d’horreurs et tant de merveilles se vivent ? Oui, nous pouvons croire à l’accomplissement de ces paroles si nous y reconnaissons les paroles de l’Esprit en nous tournant vers lui. Avons-nous écouté, entendu ou même dit des mots qui peuvent nous faire croire à cette “ promesse faite à nos pères ”, promesse de Paix ? Avons-nous l’ouïe assez fine pour distinguer, dans ce fatras d’informations quotidiennes, des mots qui peuvent nous faire VIVRE VERITABLEMENT et qui peuvent nous dire qu’il y a peut être du bonheur à construire et à vivre de ce côté ci, celui de l’Esprit ?

 florence carillon 

Quelle distance de la Marie de l’Evangile à cette femme de l’Apocalypse, , entourée d’effets spéciaux, trop grandiose pour être vraie !
L’évangile de la visitation et le Magnificat sont des constructions théologiques, tout autant que le récit que nous venons d’entendre, mais l’évangile, lui, renvoie à deux jeunes femmes, en chair et en os, qui tressaillent jusque dans leurs ventres.

Certes, la misogynie n’est pas une invention chrétienne. Mais impossible, en ce jour où nous fêtons Marie, de passer sous silence que l’Eglise, qui se présente elle-même comme une  femme, et qui fait de Marie sa figure accomplie, continue d’exclure les femmes de ses plus importantes  responsabilités. Et qu’elle le justifie par le simple fait qu’elles sont femmes.

Plus encore : elle légitime théologiquement que l’autorité et le gouvernement soient exclusivement réservés, chez elle, à des individus de sexe masculin.
Encore trop souvent, elle nous cantonne dans un rôle de vierge, d’épouse ou de mère, quand elle ne fait pas, purement et simplement de nous, des «  sentinelles de l’invisible », priées d’exister le moins possible.
Et, de fait, combien sont-elles, en ce 15  août, à prendre  la parole dans les églises pour commenter ces textes, ça se passe ici, aujourd’hui ?

Que pouvons-nous faire, nous, les vraies femmes, d’une Marie de Nazareth devenue, ici ou là une sorte de meringue rose bonbon ou de poupée fluorescente ?  ou, à l’inverse, mais ça revient au même, « la » femme élevée à de telles hauteurs, tellement idéalisée, qu’elle est sans formes, sans corps, a-sexuée;  J’ai presque envie de dire, ouf ! enfin !

Marie de Nazareth, toi, ma soeur aînée,
Toi dont j’admire l’audace et le déchirement, la foi limpide et questionnante,
Toi, qui n‘est pas une humble petite servante muette et passive,
Toi, l’épouse d’un homme qui a cru aussi,
Toi, qui a si bien appris à Jésus comment être avec les femmes,
Toi, qui a été jusqu’au plus noir de la nuit avec ton enfant,
Toi, qui est, nous le croyons, dans la joie de Pâques,
Prie pour nous, Marie.

Claude Plettner

 

 

 

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