« Il a obtenu une libération définitive »

« Ils viennent nous “voler” nos hosties et même pas un petit amen de bienséance ou de gratitude. Peu importe, nous ne traînons pas dans le secret des cœurs et nous ignorons le travail qui s’y s’opère... À ces inconnus de passage, nous n’avons exigé ni certificat de baptême ni récitation par cœur du credo ni vérifié s’ils étaient en règle, bref ils ont communié... Pour la multitude répond le Christ, libération définitive ! » Le commentaire de l’évangile du dimanche par Pierre Castaner

Dimanche 7 juin 2015
Fête du Corps et du Sang du Christ
Année B

Saint-Merry, chapelle de communion. Paul-Ambroise Slodtz  ©fc
Saint-Merry, chapelle de communion. Paul-Ambroise Slodtz
©fc

Pendant le repas,
Jésus, ayant pris du pain
et prononcé la bénédiction,
le rompit, le leur donna,
et dit :
« Prenez, ceci est mon corps. »
Puis, ayant pris une coupe
et ayant rendu grâce,
il la leur donna,
et ils en burent tous.
Et il leur dit :
« Ceci est mon sang,
le sang de l’Alliance,
versé pour la multitude. »
                    (Mc 14, 22-24)

 

Accueil. Introduction
Le Christ nous précède et nous accueille sur notre chemin dans le monde. En son nom, nous nous accueillons du fond du cœur, frères et sœurs ici présents et ceux à qui nous pensons.
Ce dimanche porte un nom particulier : « saint sacrement du corps et du sang du Christ » Il a été institué au 13ème siècle pour inviter et aider les chrétiens à approfondir le mystère pascal.
Pour cette célébration, le groupe de préparation : Alain, Florence, Jacques, Olivier, Pierre et moi, avons choisi les mots écrits sur le lutrin : «  Il a obtenu une libération définitive »
Est-ce bien là le cœur de notre foi et de notre espérance ?
L’actualité, celle dont on parle, semble souvent apporter un démenti à cette affirmation recueillie dans le passage de la lettre aux Hébreux.
Les lectures de ce jour ne viennent pas apporter une démonstration de ce que nous affirmons. Elles sont le récit des témoignages ardents de ceux qui ont vécu et vivent dans le monde ce que le Christ a fait pour la multitude des  humains. Agir de Dieu auquel les baptisés sont appelés à collaborer.

Marie-Thérèse 

Commentaire sur l’Evangile « Ceci est mon corps, ceci est mon sang » Mc 14, 12-16.22-26
Nous ne pouvons pas trop savoir ce que Jésus a réalisé au soir de la Cène, nous ne
pouvons pas davantage définir ce que nous accomplissons en reprenant son geste, lors
de nos eucharisties, mais notre espérance est de rejoindre l’intensité qui fut la sienne
en cet instant, lui qui s’est fait le frère de tous.
Dans l’équipe de préparation de la messe, on a remarqué que des touristes, des
passants, à st Merry, se glissent quelques fois dans nos files pour aller communier. Le
font-ils par imitation, par curiosité ou par adhésion ? On ne sait pas … Et le plus
drôle, à la fameuse expression « le corps du Christ », certains ne répondent même pas
« amen ». Ils viennent nous voler nos hosties et même pas un petit amen de
bienséance ou de gratitude. Peu importe, nous ne traînons pas dans le secret des
coeurs et nous ignorons le travail qui s’y s’opère … A ces inconnus de passage, nous
n’avons exigé ni certificat de baptême, ni récitation par coeur du credo, ni vérifié s’ils
étaient en règle, bref ils ont communié …
Pour la multitude répond le Christ, libération définitive !
Permettez moi de témoigner quelque peu. Dans le café chrétien que j’ai animé
pendant 10 ans, où se retrouvaient des jeunes, des poètes, musiciens et aussi et surtout
des athées, des agnostiques, des curieux, des chercheurs de sens et des assoiffés
d’absolu, on terminait souvent par la prière à l’oratoire au fond du bistrot. Et quelques
fois, on osait une eucharistie sauvage, et certains étaient là, et ils communiaient sans
trop savoir ce qui se passait vraiment, peu importe …
Pour la mutitude répond le Christ ! Libération définitive.
L’eucharistie, au fond, ce n’est que l’apéro du royaume ! Me disait souvent Jean
Cardonnel quand il venait célébrer dans ce bistrot. Ne voyez surtout pas dans ce mot
« apéro » un manque de respect. Bien au contraire, du latin apertus, apéritif signifie
ouverture. L’eucharistie est une ouverture, ouverture sur le Royaume déjà là et pas
encore là. Le royaume déjà là et pas encore là. C’est immense et c’est bouleversant.
Dans « le Désenchantement du monde », Marcel Gauchet ose dire « le christianisme
nous fait sortir de la religion », je dirais l’évangile nous fait sortir de la religion et le
jésuite Joseph Moingt comme en écho déclare : « L’acte salutaire n’est plus le sacrifice
offert à Dieu mais le don de soi et le don de l’amour qui va jusqu’au bout. Avec les
premiers disciples, on est ainsi passé du temple, du sacré et du sacrifice à la
communauté de la table, ouverte sur le monde, ouverte au tout venant.»
Pour la multitude, pour tous, libération définitive.
Ainsi, nous irons là bas, autour de la table, invités à la Présence et nous nous rendrons
présents les uns aux autres. Par la prière, nous laisserons creuser en nous le silence de
Dieu et le mystère de l’homme. Faute d’entrer dans ce mystère, Dieu nous demeure
étranger. Maurice Zundel ajoute « l’eucharistie, ce n’est pas un rite magique qui
précipite Jésus dans l’hostie mais c’est le Christ présent quand nous communions à lui
et parce que nous communions les uns aux autres. »
Nous irons donc prendre des miettes d’hosties dérisoires où se joue pourtant un
instant d’éternité. C’est immense. Le Christ s’est fait présent aux hommes, d’une
présence si douce et si vraie, et comme lui nous nous rendons présents les uns aux
autres. La simplicité de la présence nous apparaît d’autant plus que notre vie n’est pas
simple. Oui mais les blessures de notre existence ne peuvent s’opposer à la
communion de l’être. Et oui là nous sommes dans l’Etre et non pas dans le paraître.
Non pas une farce de toi, un semblant de moi, un déguisé de toi sur les toits de ce
monde, mais vraiment toi … et là Dieu devient en toi. Au point que St Augustin osera
dire « Dieu plus présent à moi même que moi même »
Cardonnel, encore lui, en guise d’anamnèse, disait « je me souviens de mon
devenir », je me souviens de mon devenir, oxymore magnifique qui veut bien dire
qu’il ne s’agit pas seulement de se souvenir d’une soirée christique, aussi intense soit-elle,
mais de faire de ce geste de communion un acte créateur toujours nouveau qui
nous correspond au plus profond de nous-mêmes et qui nous met en devenir, en route.
Jésus, le mystique de la nuit, qui connait le geste qui pacifie et la parole qui libère,
nous invite à poursuivre la tâche immense d’humanisation de l’homme. Ainsi, moi
disciple, et vous disciples, par des gestes qui pacifient et une parole qui libère, nous
devenons des associés pour l’infini.
« De Dieu je ne peux rien dire mais j’en ai la trace » déclare Bernard Feillet. Quand
nous irons communier au pain rompu et au vin versé, de Dieu nous ne pourrons
toujours rien dire, mais dans l’épaisseur du silence et dans le feu de ce geste banal et
fou, nous en aurons la trace et le goût …

Pierre Castaner

À propos du texte de la lettre aux Hébreux (He 9, 11-15)

Peut-être avons-nous partagé la même réaction à la première lecture de ce texte ? Pourquoi faut-il vraiment encore parler de sacrifices, de sang, de souillure, de victime, de purification qui serait nécessaire ? Ce texte de la lettre aux Hébreux nous offre un beau florilège des mots dont nous avons du mal à comprendre la signification profonde, parce qu’ils ne nous renvoient que des images mortifères, bien éloignés de la Révélation chrétienne.

Bien sûr, on peut toujours se dire que l’idée de sacrifice peut être comprise comme un don que l’homme fait à Dieu, ou comme une expression de la communion entre l’homme et Dieu, ou encore comme la réponse – trop humaine – à l’alliance proposée par Dieu ; il n’en reste pas moins que nous comprenons surtout derrière ce mot l’idée que, pour avoir un accès à Dieu puisque c’est de cela qu’il est question, il est nécessaire de se purifier, d’expier ses fautes, de racheter ses transgressions, de compenser le mal que nous avons commis, et, pour ce faire, aller jusqu’à accepter la souffrance collective ou individuelle ; parce que tout cela serait utile pour être agréable à Dieu.
Utile ? En réalité, pas tant que cela, puisqu’il faut régulièrement reproduire le sacrifice. Ces idées peuvent-elles, alors, conduire à autre chose qu’à un enfermement culpabilisateur et mortifère ? Ne vaudrait-il pas mieux les abandonner totalement et définitivement ?

Il est vrai que la Lettre aux Hébreux peut nous paraître troublante. Non content de recourir à des notions qui ne nous disent rien de bon, elle ne semble pas contester l’efficacité des logiques sacrificielles. Elle semble même, à certains égards, présenter les sacrifices comme une nécessité, une évidence qui ne saurait être discutée…
Pourtant, si on relit attentivement notre passage, on ne peut qu’être frappé par l’audace de l’auteur de la Lettre aux Hébreux ; car ce qu’il nous dit, c’est qu’il n’y a plus aucune place pour des sacrifices, qu’ils sont caducs et d’ailleurs, qu’ils ont toujours été incapables d’atteindre les objectifs que les hommes leur ont assignés (ou leur assignent encore). Eux, qui ne pouvaient pas apporter une libération définitive, puisqu’il fallait sans cesse les répéter, ont été supplantés, éliminés par la venue du Christ, Le Médiateur, qui a obtenu la libération, la guérison, définitive de l’humanité et lui permet de recevoir l’héritage éternel jadis promis. La rupture est donc radicale.£
Mais il ne faut pas pour autant passer sous silence le paradoxe de cette épître qui dit l’incomparable nouveauté, la rupture totale de l’acte du Christ par rapport aux logiques sacrificielles, et qui voit, en même temps, dans ces actes si décriés autant d’annonces de la nouveauté chrétienne. Autrement dit, comment comprendre la reprise du vocabulaire sacrificiel pour expliquer la croix du Christ ?

Que peut-on dire ? Voici quelques pistes d’idées qui méritent d’être prolongées et débattues.
On peut d’abord rappeler que les prophètes ont, les premiers, dénoncé les limites des pratiques cultuelles et sacrificielles, ont toujours préféré la voie de l’obéissance vis-à-vis du prochain à celle des offrandes. Mais cela n’a pas suffi ! Seul un homme qui est plus que cela, de nature divine, pouvait faire comprendre leur inutilité et permettre à tous d’en sortir pour toujours. C’est d’abord ainsi que nous pouvons comprendre l’inscription du Christ dans la logique sacrificielle de la première alliance.

On peut aussi noter que le thème du sacrifice n’est que l’un des registres que les premiers chrétiens ont utilisé pour rendre compte de la mort du Christ en lui donnant une valeur positive. Ce thème n’est pas le seul, ni le dernier. Il ne fait pas non plus l’unanimité dans les Écritures. Il fait partie des métaphores utilisées par la Lettre aux Hébreux. On en trouve bien d’autres dans notre passage : le Christ n’est pas prêtre ; le Christ entre dans une tente ou un sanctuaire, qui n’en sont pas ; la mort du Christ n’est pas destinée à « racheter » les fautes des Hébreux. Ces images ont une puissance évocatrice. Mais elle est limitée. Il ne faut pas les suivre trop longtemps, surtout lorsqu’elles risquent de dénaturer la Révélation que la Croix donne de la nature et de l’action de Dieu, un amour qui s’offre gratuitement à l’humanité entière.

Enfin, la nécessité des sacrifices évoquée dans ce texte ne devrait-elle pas être comprise non pas dans le registre du besoin, mais dans celui de la fatalité ? Ne faut-il pas faire le constat que les hommes, de tout temps et la plupart des cultures, ont tendance à offrir des sacrifices rituels pour se rassurer, parce qu’ils ont peur de perdre la relation avec Plus grand qu’eux. Dans notre église, n’avons-nous pas l’habitude de parler du « saint sacrifice de la messe » ? L’idée de sacrifice ne nous est pas aussi étrangère que nous le pensons ou voulons.

Dès lors, on peut se demander s’il n’est pas inutile de garder, dans les Ecritures, quelques traces de ce vocabulaire qui renvoie à l’histoire religieuse de l’humanité et peut servir à jeter un pont entre d’autres traditions et ce que nous comprenons comme la nouveauté chrétienne, accomplissement des autres traditions. Même si le détour par la notion de sacrifice est une étape à dépasser.

Olivier

Préface

Père,
Lorsque nous parlons de TOI notre Dieu
Avec nos mots à nous
Nous ne disons rien de Toi
Mais Nous  parlons de nous,
Compagnons dans l’aventure humaine que nous vivons tous

Lorsque nous parlons de TOI notre Dieu
Avec nos mots à nous
Nous ne disons rien de Toi
Mais nous parlons de ce que nous devenons en ta présence

Pour nous Parler de TOI Jésus ton fils
Avec nos mots à nous
Est devenu compagnon de l’aventure humaine
et il l’a partagée jusqu’au bout

Pour nous transmettre ton amour il n’a pas fait de sacrifice sanglant
Il n’a égorgé ni animaux ni hommes
Il savait que tu n’acceptes pas les sacrifices
Et que ce qui te plaît c’est l’amour que nous avons les uns pour les autres

Pour nous transmettre ton amour
Il a partagé un repas,
le repas de la Pâques qui célèbre la liberté pour tout le peuple
et pour tous les hommes de tous pays, peuples et nations

Il a partagé sa nourriture en partageant le pain
Il a partagé sa vie en partageant le vin qui en est le symbole
Il a partagé sa liberté
à ceux dont il avait partagé l’aventure

Nous célébrons à nouveau ce matin
Ce simple repas de fête
Dans lequel nous recevons de sa main la nourriture, son corps
Dans lequel nous recevons de sa main la vie, son sang
Dans lequel nous recevons ton amour qui nous libère

Jacques Merienne

Conclusion et envoi
En conclusion et signe d’envoi, je désire vous donner ce que j’ai reçu et garde en mémoire, concernant notre baptême dans la mort et la résurrection du Christ
Ce sont quelques mots d’Henri Bourgeois qui consacra une grande part de sa vie de prêtre aux catéchumènes et à ceux qu’il nommait les recommençants :
« Le baptême n’est pas un privilège pour quelques-uns ; c’est un signe pour quiconque et ce signe, reçu par quelques-uns affirme que tous sont sauvés »
Alors, nous pouvons « aller » ayant reçu la bénédiction.

Marie-Thérèse

2 Comments

  • Merci, merci Pierre Castaner pour ce commentaire d’évangile !!

    Et de reprendre en gras, de proclamer haut et fort:

    « De Dieu, je ne peux rien dire mais j’en ai la trace. Quand
 nous irons communier au pain rompu et au vin versé, de Dieu nous ne pourrons 
toujours rien dire, mais dans l’épaisseur du silence et dans le feu de ce geste banal et
 fou, nous en aurons la trace et le goût … »
    ( Bernard Feillet)

  • Oui, de beaux commentaires. J’ajouterai le mot de la fin cité par Marie-Thérèse :
    « Le baptême n’est pas un privilège pour quelques-uns ; c’est un signe pour quiconque et ce signe, reçu par quelques-uns, affirme que tous sont sauvés »
    Non pas une mentalité de propriétaire, mais une parole de générosité, qui nous lance avec le monde ; non pas une « chrétienté », mais l’abolition des frontières.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.