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Dimanche 27 septembre. « Il a ouvert les yeux »

106e Journée mondiale du migrant et du réfugié

PREMIÈRE LECTURE (Ez 18, 25-28)
« Si le méchant se détourne de sa méchanceté, il sauvera sa vie »
ÉVANGILE (Mt 21, 28-32)
« S’étant repenti, il y alla »

Lecture de la lettre de saint Paul apôtre aux Philippiens (Ph 2, 1-11)

Ayant la condition de Dieu, il ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu.
Mais il s’est anéanti, prenant la condition de serviteur, devenant semblable aux hommes.
Reconnu homme à son aspect, il s’est abaissé, devenant obéissant jusqu’à la mort, et la mort de la croix.
C’est pourquoi Dieu l’a exalté : il l’a doté du Nom qui est au-dessus de tout nom,
afin qu’au nom de Jésus tout genou fléchisse au ciel, sur terre et aux enfers,
et que toute langue proclame : « Jésus Christ est Seigneur » à la gloire de Dieu le Père.

Accueil

Bonjour à tous.
Commençons par un titre de film que vous avez vu dans les kiosques  «  Les choses qu’on dit, les choses qu’on fait », un titre de film qui s’applique exactement à notre Evangile d’aujourd’hui : l’un dit qu’il y va et n’y va pas, l’autre dit qu’il n’y va pas, et il y va… Les choses qu’on dit, les choses qu’on fait…   
Mais on peut aussi « ouvrir les yeux », et ça change tout !
Ouvrir les yeux, c’est le message de la Journée mondiale du migrant et du réfugié que nous voulons célébrer avec l’Eglise toute entière, et avec notre Europe qui la célèbre si mal ! Ouvrons les yeux… et les oreilles, et le cœur, pour cette célébration.
Au nom du Père, du Fils, du Saint Esprit.

Anne René-Bazin

Psaume 24

Seigneur, enseigne-moi tes voies,
fais-moi connaître ta route.
Dirige-moi par ta vérité, enseigne-moi,
car tu es le Dieu qui me sauve.

Rappelle-toi, Seigneur, ta tendresse,
ton amour qui est de toujours.
Oublie les révoltes, les péchés de ma jeunesse ;
dans ton amour, ne m’oublie pas.

Il est droit, il est bon, le Seigneur,
lui qui montre aux pécheurs le chemin.
Sa justice dirige les humbles,
il enseigne aux humbles son chemin.

Témoignages

Nous avons voulu célébrer la Journée mondiale des migrants et du réfugié par quelques témoignages.
« Ils ont ouvert les yeux ». Il s’agit d’un documentaire très fort sur les éboueurs à Paris et leur travail (LCP vendredi 18 septembre) : parmi bien d’autres missions, certains doivent passer derrière la police lorsqu’elle « ferme » des camps de migrants, pour nettoyer le terrain. Pour eux, c’est un travail terrible : ils voient les migrants quitter leur refuge, parfois avec des enfants… et ces gens qui n’ont rien, on leur enlève le peu qu’ils ont, le matelas, la couette….
Eux, les invisibles, nous parlent de respect et d’humanité : « On n’aime pas du tout ces missions, on ne devrait pas faire des choses pareilles. »
Eux, les invisibles, « ils ont ouvert les yeux. »

Anne René-Bazin

Voici l’invitation du pape à propos des migrants :
voyons-les : ils représentent le visage du Christ.
Rencontrons-les, pour les connaître.
En connaissant leurs histoires
nous parviendrons à les comprendre

Rencontrons-les pour les servir
et dépassons nos peurs et nos préjugés.
Alors en ce jour, à cette eucharistie, que
décidons-nous pour secourir nos frères migrants ?

Alain Prat

La première fois que je la reçois à Médecins du Monde,  Aissatou est défigurée par un rictus de dégoût sur le visage, elle a un bandeau autour de la tête.

« J’ai honte, j’ai honte ! Ils nous mettaient sur la table pour nous violer. Ils m’ont frappé sur la tête. J’ai peur de perdre la tête. Pourtant je ne suis pas folle, non je ne suis pas folle !
J’ai honte, j’ai honte ! « 
Aissatou est une jeune femme de 22 ans. Elle était trésorière du parti d’opposition dans une ancienne colonie française ayant un gouvernement soi-disant républicain, mais en fait dictatorial. Le dictateur veut maintenir l’excision et le mariage forçé des femmes, contre quoi Aissatou se bat. Elle-même a été excisée à 3 ans et mariée à 14 ans avec un homme de 50 ans,  violent avec elle.
Un jour des miliciens, envoyés par le pouvoir, viennent dans son village et massacrent tous les hommes du parti d’opposition. Les corps de son mari et de son frère sont déchirés et piétinés sous ses yeux.
Elle même est emmenée en prison : là pendant 3 mois elle est frappée, torturée et violée à répétition.
Elle réussit à s’échapper et arrive en France après bien d’autres déboires.
Elle ne peut revenir dans son pays où elle est menacée de mort.
Elle a présenté son dossier de demandeur d’asile, préparé pendant le confinement avec une personne de la CIMADE. Refusé par l’OFPRA, alors que les réfugiés politiques sont en principe les mieux acceptés.

Où est-elle la France, terre d’asile ?
La dernière fois que je l’ai vue elle pleurait en disant : « ils ne m’ont pas crue » Mais elle avait retrouvé le visage d’une jolie jeune femme.

Geneviève Piot-Mayol

La France est souvent caractérisée par les étrangers -et aussi par nous-mêmes, ressortissants français- comme le pays des droits de l’homme, le pays de la devise « Liberté, égalité, fraternité. »

En effet, après la Déclaration universelle des droits de l’homme (1948), elle a signé des conventions internationales qui protègent la vie des personnes : la convention européenne des droits de l’homme (1950), la convention de Genève qui définit l’asile (1951), la Convention internationale des droits de l’enfant (1989), et bien d’autres.Mais aujourd’hui, en France, les droits fondamentaux des personnes sont-ils respectés ? Notre expérience nous invite à poser la question. Voici des faits :
– Depuis la réouverture des préfectures après le confinement, sous couvert des précautions sanitaires évidemment nécessaires,  plus personne n’a accès à une préfecture sans RV.
– Les RV ne se prennent que par internet, pas de téléphone (sauf pour la demande d’asile, numéro unique très encombré)
– S’il faut envoyer des documents, c’est de manière dématérialisée : par scan.
Il suffit que les plages internet soient saturées ou non actives pour réduire, voire bloquer l’accès en Préfecture. Il suffit que les personnes ne soient pas équipées en informatique, ne lisent pas bien le français, etc… Humour involontaire ?  Sur la page de telle préfecture, pour entrer dans la procédure, il faut cliquer sur « demarches.simplifiees »

Aujourd’hui, personne ne peut entrer dans une Préfecture sans attendre des semaines, voire des mois, sans être contraint de recourir à des taxiphones et autres Copy shop pour seulement commencer une démarche.
Ainsi, le droit des personnes ne peut pas être exercé. 

Céline Dumont

Envoi

Ta gloire, Seigneur, c’est l’homme debout !
Une France tétanisée, une Europe incapable de parler d’une seule voix. Pourtant des milliers d’Allemands se mobilisent pour l’accueil des migrants de Lesbos : « Wir haben Platz », « Nous avons de la place », c’est le slogan de leur manifestation.
En France une manifestation dans le même sens, mais si peu médiatisée… Et un « réseau de villes solidaires » qui a décidé de prendre en charge des réfugiés.  Si chacun des 27 pays européens acceptait d’accueillir et d’examiner le cas de 500 réfugiés de Lesbos…

L’Evangile nous parle de ces migrants, ces migrants qui sont le visage du Christ nous dit le Pape, ces migrants qui nous parlent d’Evangile… Comme le disait Michel de Certeau, « il y a des milliers d’éclats d’Evangile sur la mer, et personne pour les ramasser »…
Pour nous aussi, il nous faut ouvrir les yeux, mais surtout aider nos frères à ouvrir aussi les yeux, aider notre Europe à ouvrir les yeux… et avancer au large, sans peur.

Anne René-Bazin

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