Il est l’agneau et le pasteur

Surlendemain des attentats. Daniel, le prophète, m’interpelle : « Ce sera un temps de détresse comme il n’y en a jamais eu. » Choc d’une coïncidence. Mais de quoi parle-t-il ? Daniel est-il une Cassandre, un prophète de malheur ?

Le sang a coulé dans les rues de Paris. La blessure, insidieusement, s’étend jusqu’à moi. Cela, c’est la douleur. Ma détresse, affolement du cœur, c’est de ne plus pouvoir conjurer cette douleur par l’accusation. Ah que j’aimerais crier sur les places : « C’est l’islam radical ! » Certes, les assassins portent la responsabilité affreuse de leur acte. Mais suis-je innocent ?Question lancinante. Singulier tourment de l’humanité depuis le Christ.

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Innocent malgré, par exemple, les armes nombreuses vendues pour la gloire de la France et le salut de son économie ? Au fil des fanfaronnades jetées en rideau de fumée par des représentants que j’ai élus, je me scandalise en éruptions aussi bouillonnantes que brèves. Je m’exaspère et me lasse. Je laisse le champ libre. Je m’apitoie sur mes forces dérisoires. Excuse de mon apathie.

Les parangons de justice nous réconfortent en nous livrant une victime expiatoire. Soulagement aussi funeste qu’efficace. Mais si nous succombons à leurs sirènes, une fois encore nous laverons le sang dans le sang. Nous renierons le Christ. Mais dans l’emballement fiévreux de ce billet, ne suis-je pas déjà en train de céder à la violence ? Comment apaiser la souffrance sans la transmettre ?

Vincent Liard

Billet du dimanche 29 novembre 2015

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