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« Il est ressuscité »

A chacune, à chacun sa réponse sinon de dire peut-être qu’il nous faut être vivants parmi les hommes, vivants comme l’est le Christ, qu’il nous faut être attentifs et plus encore aux détresses comme aux joies qui nous entourent pour tenter d’effacer les unes et essayer d’amplifier les autres.

Pâques
4 / 5 Avril 2015

Cahédrale du Mans. Résurrection. Mets ton doigt dans mon côté.
Cahédrale du Mans. Résurrection. Mets ton doigt dans mon côté.

Celui qu’ils ont supprimé en le suspendant au bois du supplice,
Dieu l’a ressuscité le troisième jour.
Il lui a donné de se manifester,
non pas à tout le peuple,
mais à des témoins que Dieu avait choisis d’avance,
à nous qui avons mangé et bu avec lui
après sa résurrection d’entre les morts.
Actes 10/40-41

Lectures
1ère lecture : « Dieu vit tout ce qu’il avait fait : cela était très bon » (Gn 1, 1 – 2, 2)
2ème lecture : « Les fils d’Israël avaient marché à pied sec au milieu de la mer » (Ex 14, 15 – 15, 1a)
3ème lecture : Venez à moi, et vous vivrez ; je m’engagerai envers vous par une alliance éternelle (Is 55, 1-11)

Epître : « Ressuscité d’entre les morts, le Christ ne meurt plus » (Rm 6, 3b-11)
Evangile : « Jésus de Nazareth, le Crucifié, est ressuscité » (Mc 16, 1-7)

Présentation des lectures Claude Pletner
Dans cette nuit pascale, nous  entendons  trois grands récits bibliques   : celui de la création au livre de la Genèse,  celui du franchissement de  la mer à pied sec par les  Hébreux au livre de l’Exode, et celui de l’alliance que Dieu  renouvelle  gratuitement à  son peuple, au livre d’Isaïe.
Ces histoires nous arrivent à travers trois millénaires et sonnent étrangement à nos oreilles  modernes. Nous nous gardons bien de les prendre naïvement au pied de la lettre. Ce sont des poèmes symboliques, trois histoires de traversée et de sortie du chaos.
Elles sont le fruit de trois expériences de passage vécues par le peuple hébreu, relues et interprétées après coup : nous étions dans la ténèbre la plus épaisse, au bord de la disparition, et à chaque fois, Dieu a fait du nouveau pour nous et avec nous. En dépit de tout, en dépit du pire, il nous  ouvre un avenir. Gratuitement.

Ecoutons pour commencer  le  beau poème de la création du cosmos et de l’homme au livre de là Genèse

Ce n’est pas le film des débuts de l’univers ! Nous savons bien qu’il n’est pas sorti tout fait des mains de Dieu en sept jours. Dieu n’est pas pour nous un magicien ou un grand architecte.
Ce poème ouvre la Bible mais il a été écrit tardivement : après des années d’errance, de déportation et de tribulations des Hébreux : ils ont été  confrontés au vide, à l’éloignement de leur terre, à la perte de tous leurs repères, et, à chaque fois, ils sont ressortis vivants de la catastrophe. C’est «  grâce à Dieu » disent-ils. Ils en déduisent qu’en fait Dieu n’arrête pas de créer dans leur histoire, de faire surgir de l’inattendu, des commencements. Et ils élargissent cette expérience  de création  aux dimensions de toute l’humanité et du cosmos.
Ce récit ne nous dit rien de  nos commencements qui nous échappent sans cesse :  les premiers moments du cosmos sont toujours hors de notre portée : plus nous nous en approchons, plus ils reculent. Nul n’en n’est le témoin.
Mais pourtant ce  poème dit juste :  tout ne commence pas avec nous,  nous ne sommes pas à nous-mêmes notre propre origine, un don nous précède et nous dépasse,  la parole est toujours là avant nous :  elle rend la vie possible en séparant, en mettant des limites, en faisant advenir des différences. Elle est créatrice.
Croire au Dieu créateur, c’est reconnaître un don premier, toujours renouvelé et actuel, c’est consentir à la part offerte, confiée. A nos risques et périls.

 

Le  récit biblique de la traversée de la mer peut nous choquer par les temps qui courent : il met en scène un dieu guerrier qui déploie son armée.
Mais l’image du guerrier  n’est pas la seule dans cette grande épopée d’une nuit de traversée. Dieu a aussi ici des aspects féminins, bien que partiellement cachés. Derrière la “droite” du guerrier, on peut reconnaître, je crois, une main féminine, un peu comme la main forte d’une sage-femme tirant le peuple nouveau-né hors des profondeurs du liquide amniotique.
Les Hébreux racontent qu’avec leurs oppresseurs aux trousses, ils sont sortis par la mer entrouverte de l’Egypte, symbole de tous les malheurs subis.  Cette traversée de la mer est un passage fondateur : elle nous fait penser au moment critique de la rupture des eaux de la femme enceinte, au passage par l’étroit d’un accouchement, à la première respiration du nouveau-né à l’air libre.
Cette rupture des eaux est comme une  gigantesque naissance, analogue au poème de la  création du monde : on y entend souffler le même vent, s’y agiter les mêmes eaux.

Avec le prophète Isaïe,  on approche de la fin du temps de l’Exil, cette déportation des israélites à Babylone loin de Jérusalem, six siècles avant notre ère.
Une petite lueur d’espérance se fait jour : le prophète annonce qu’on va enfin sortir d’une condition  de survie, des sombres années de découragement où on a tout perdu.
Une nouvelle  fois, Dieu va  nous nous aider  à affronter ce qui nous a détruit:  on va revenir d’exil, libres.
C’est encore l’expérience d’un Dieu qui désensevelit, qui fait sortir de la nuit, contre vents et marées, qui s’aventure avec son peuple infidèle dans des commencements impensables et toujours possibles, qui donne un avenir gratuitement, qui tient promesse par amour.
Un Dieu qui accompagne toutes les traversées et dont la parole créatrice fait ce qu’elle dit.
Sa parole porte semence, chaque fois qu’elle nous ouvre à la faim, au plus grand désir.

 

Claude Pletner

 

Messe du jour

Méditation sur Actes 10-37/43

Toute profession de foi avant d’être affirmative et vivante, comme nous venons de l’entendre, se construit à coup d’interrogations et de doutes, de remises en cause ou de trahisons.
Ce sont les contradictions, si douloureuses soient-elles, qui l’établissent. Et Pierre lui-même n’y échappa pas.
Toute profession de foi, parce qu’elle n’est jamais figée, est nécessairement destinée à porter témoignage pour le confronter et le partager.
En ce jour de la Résurrection du Seigneur que retenons-nous pour aujourd’hui de la déclaration de Pierre chez Corneille le centurion ?
Que et comment dire à nos contemporains notre foi au Christ vivant parmi nous ? Comment adapter sans trahir cette phrase pétrinienne, parmi d’autres, :
«  Dieu a désigné ce Jésus de Nazareth comme juge des vivants et des morts » ?Caude Pletner
quand nous faisons nôtre un événement secret, sans témoins directs, jeune de  deux mille ans. Indicible en quelque sorte.
Alors maintenant de quoi ou plutôt de qui sommes nous témoins sur notre territoire pour rendre cette résurrection présente ?
A chacune, à chacun sa réponse sinon de dire peut-être qu’il nous faut être vivants parmi les hommes, vivants comme l’est le Christ,
qu’il nous faut être attentifs et plus encore aux détresses comme aux joies qui nous entourent pour tenter d’effacer les unes et essayer d’amplifier les autres.
Qu’il nous faut entendre les cris et les attentes qui nous viennent des nôtres ou de bien loin et tenter d’y répondre.
En une humble imitation, de la voix, du visage et des gestes de celui que Dieu, notre tendresse, a relevé d’entre les morts
afin que nous aussi nous soyons élevés dès maintenant au-dessus des ténèbres et le monde avec nous.

A.Cabantous

 Prière d’intercession :

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Seigneur pour rendre vivant l’aujourd’hui de ta Résurrection, nous te demandons de ne pas craindre de témoigner et d’agir en ton nom dans ce monde qui, tout à la fois, change tellement vite et se crispe sur les certitudes d’hier ; dans ce monde où la violence est si forte partout et la paix si fragile partout. Nous te demandons de pouvoir entendre chaque matin ce que l’ange dit aux femmes en cette aube dominicale ; «  N’ayez pas peur. Il est ressuscité »

A.Cabantous

 

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