« Ils reviendront les captifs libérés »

« Patience encore un peu de temps.
Tant que les captifs de toute sortes sont dans leurs prisons,
saurons nous discerner les prophètes aujourd’hui dans l’actualité,
pour les écouter et les suivre ? »

 

Année A
3ème dimanche de l’Avent
Dimanche, 15 décembre 2013

panneau 3°dim avent 

Lectures

  • Lecture du livre d’Isaïe Is 35, 1-6a, 10
  • Lecture de la lettre de saint Jacques Ic 5, 7-10
  • Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu Mt 11, 2-11

 

 

Accueil
Bonjour à tous

1 – Patience, encore un peu de temps. Ils reviendront les captifs libérés, disent les prophètes évoqués par les trois lectures de ce jour. Les opprimés, les prisonniers d’eux mêmes, les exclus, les enfermés dans l’addiction, les dépendants, les jaloux.

Desmond Tutu a dit que Mandela était un prophète : normal pour un évêque. Obama l’a dit aussi, et surtout le peuple le célèbre comme tel. Un vrai prophète qui a voulu du fond de sa prison, le pardon sans l’oubli, la vérité sans la vengeance.

En Inde l’Aam Aadmy Party, le parti de « l’homme commun », issu de la société civile et des manifestation anti-corruption de 2012 a mis en échec, dimanche dernier à New Delhi, le parti au pouvoir. Ce parti s’inscrit dans l’héritage du mahatma Gandhi, il veut l’auto-gouvernance et son symbole est le balai comme Gandhi. Pour l’heure, c’est un immense espoir populaire.

Tels sont les signes Seigneur, donne nous la simplicité d’entendre ces clameurs de joie.

2 – Patience encore un peu de temps
Tant que la peur domine devant les transformations nécessaires
Accepterons nous les bouleversements
Pour espérer voir fleurir le désert ?

En Ukraine, la tension est très forte. Ce pays cherche son destin, entre l’Europe et la Russie. Les manifestants sont pacifiques, les forces de l’ordre brutales. Le ministre allemand Guido Westerwelle, est allé manifester dans les rues de Kiev. Les églises orthodoxes et l’église gréco catholique s’efforcent de parler d’une seule voix. De nombreux prêtres se trouvent parmi les manifestants. Et nous quelle Europe voulons nous ?

Michelle Bachelet devrait être élue aujourd’hui présidente du Chili. Elle, la torturée, l’exilée, la socialiste, est plus grave désormais. Elle s’est engagée à transformer de fond en comble le système éducatif, à engager une profonde réforme fiscale, et à élaborer une nouvelle constitution, tant les revendications sont nombreuses.

Tels sont les soubresauts de l’actualité, Seigneur, permet nous la confiance et l’espérance.

3 – Patience, encore un peu de temps
Tant que le monde traîne ses passions mortifères
Aurons nous le courage et le discernement
pour préparer le chemin ?

En Centrafrique, la France a proclamé le risque de génocide. Elle s’implique militairement, mais le ministre de la défense est aussi allé à Bossangoa parler de réconciliation avec l’imam et avec le vicaire. La force peut-elle imposer la paix et la réconciliation ? La France ne manque pas de courage en l’occurrence. Elle vient ainsi coup sur coup d’esquisser une nouvelle doctrine d’intervention armée, triplement motivée par l’urgence humanitaire, le droit international et le consentement du pays concerné. Rien à voir avec la doctrine Bush d’intervention unilatérale comme en Irak. Ni avec la doctrine Blair d’ingérence imposée. Ni avec l’apathie de nombreux pays européens. Quel sera le résultat ?

Mardi, le parlement européen a rejeté l’interdiction complète du chalutage en eaux profondes, réputé très destructeur des fonds marins. 79 % de ces pêches européennes sont françaises. L’avenir des océans est entre nos mains. L’emploi dans ce secteur en difficulté aussi. Quand réussirons nous à concilier le long terme avec les intérêts immédiats ?

Telles sont les incertitudes du monde, Seigneur, donne nous la force de discerner les gestes prophétiques.

Jacques Debouverie

En laissant résonner la parole d’Isaïe…
Le désert… Il peut être la meilleure ou la pire des choses.
Il est omni présent depuis les origines dans beaucoup de récits anciens. Il est un passage que l’on doit entreprendre ou fuir. Une épreuve que l’on doit supporter.
Aujourd’hui, il nous parle quand nous savons que des milliers de gens le quittent ou le traversent au péril de leur vie. Une terre sans eau, sans liberté n’est vivable pour aucun être humain, on quitte un lieu, on s’en va vers un ailleurs parfois inatteignable.
Pourtant l’homme est fait pour être libre et heureux.
Dieu nous a créés ainsi par amour.
Même si dans notre vie, nous n’avons pas été forcés de quitter notre terre devenue inhospitalière, nous sommes appelés à sortir de ce qui nous rend captifs de nous-même, souvent à notre insu. St Jean de la Croix dit : »Que l’on soit retenu par une chaîne ou un fil très fin, le résultat est identique.»
N’y aurait-il pas en nous quelque obstacle qui nous entrave, nous rend captifs de nous-même ?
Chaque créature et la création toute entière sont appelées à se réaliser. Cela n’a pas toujours été le cas. Dans le texte d’Isaïe, il est question de la rétribution de Dieu, de sa revanche, on ne va pas en rester là. Son amour est si grand qu’il nous envoie son fils entrer dans notre humanité. Un nouveau chemin, une nouvelle manière de vivre nous sont proposés dans l’Evangile.
Et c’est possible, aujourd’hui même.
Dans quelques jours nous allons fêter cette Incarnation. Un évènement qui donne la possibilité de renaître à nous-même et d’être repris par un élan d’espérance…
Parmi les personnages en route vers la crèche il y a un jeune qui porte un casque de musique sur la tête… on le connaît, il nous est familier.
Mais quel étrange comportement ! Où est-il ? Ailleurs, pourquoi ? Que fuit-il ? Est-il heureux ? Le regard semble absent de ce qui se passe autour de lui.
Parfois, nous passons de l’énervement à la lassitude, à I’indifférence… ce qui n’est pas mieux.
Il y en a beaucoup comme lui.
On dit couramment que nous leurs sommes transparents…
Et nous ? Ne sommes nous pas, « ailleurs », plutôt que « là »
où nous devrions être ? Mais il y a un autre désert qui est la meilleure des choses.
Une invitation de Dieu, »Je te conduirai au désert »
Un lieu intime à nous-même… Il nous y convie pour parler à notre cœur « dans le bruissement d’un fin silence. »
Un passage obligé pour aller vers soi, Dieu et les autres.
Une invitation à nous libérer… et à repartir vers les autres, notre famille, notre communauté, nos collègues de travail, les amis… Avec un autre regard,
en les aimant pour eux avec leurs différences et sans les manipuler.
Je garde en moi le souvenir d’une image poétique, mais pas seulement.
C’est une histoire que j’ai déjà racontée à certains d’entre vous :
Quand je vivais au désert de Jordanie, un jour, au bord du chemin brûlant et rocailleux, j’ai découvert un coquelicot qui avait surgi… là… Sa graine venue d’ailleurs avait fait éclater la pierre. Il était tout seul…magnifique… Et si fragile… Inattendu dans cet espace aride. Dans mon émerveillement, j’ai crié de joie.
Bien des années plus tard et encore aujourd’hui, lorsque je traverse d’autres formes de désert, parfois difficiles, je repense à ce coquelicot : symbole de la vie plus forte que la mort.

Jacqueline Casaubon

Suite à la lecture de Jacques l’apôtre
J’ai été touchée par ce texte car j’admire le travail de la terre, ce savoir ancestral quelque peu malmené par l’agriculture intensive, celui des jardins ouvriers cultivés avec amour dans le respect de la nature, comme sans doute au temps de Jacques.
Bien modestement, à la suite de tous ceux qui depuis des siècles nous font rêver de Beauté, de poésie, j’ai créé mon jardin écologique.
Je l’ai trouvé en friche il y a bientôt 20 ans et après nettoyage ne restaient que quelques grands et beaux arbres. Je l’ai donc apprivoisé peu à peu, et je continue encore, créant les massifs, cherchant les plantes qui se plairaient dans cet espace, associant les couleurs, les hauteurs. Moi aussi j’attends les produits précieux de la terre, je connais chacune de mes plantes et ses besoins.
L’hiver est le temps du travail souterrain des racines, des nettoyages après les dernières floraisons. C’est le temps des plantations nouvelles. J’aime tailler les arbres fruitiers, les rosiers pour leur assurer une forme harmonieuse, pour qu’ils se sentent bien à leur place. Patience, confiance, amour sont de mise.
Le printemps voit la vie renaître, les pousses prometteuses, toutes sortes de fleurs aux couleurs vives.
Puis en mai – juin arrive la grande explosion, la nature me rend au centuple tout le soin que je lui ai donné. C’est une surprise, un cadeau renouvelé, différent chaque année, car la nature ne se répète jamais exactement. Il n’y a plus qu’à contempler, s’émerveiller, partager. Comme au 7ème jour de la création.
Cette image du cultivateur-jardinier revient souvent dans la Bible. Il redonne la vie à profusion aux terres arides, aux déserts, veille sur la vigne ou le figuier. Ainsi Dieu veille sur nous avec toute sa tendresse, toute sa patience, il nous permet de révéler le meilleur de nous même, de re-naître après nos hivers.
N’est ce pas un jardinier qui attend les femmes au matin de Pâques ?

Marie-José Ledru

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