« Ils sont fous, ces Arlésiens ! »

« Pendant ces derniers jours du Festival Arelate, on croise de plus en plus de Romains et de Romaines de tous âges dans les rues d’Arles...» Le journal de Jean Verrier

Samedi 30 août. Pendant ces derniers jours du Festival Arelate, on croise de plus en plus de Romains et de Romaines de tous âges dans les rues d’Arles. À la Roquette, Place Paul Doumer, la VIIème Légion Ferrata est à la manœuvre, sous la direction d’un centurion qui donne ses ordres en latin. Il a été formé à l’École des gladiateurs d’Arles (réouverture le 9 septembre prochain, avis aux amateurs, et c’est ouvert aux femmes). À l’Hortus, le jardin romain installé toute l’année devant le Musée bleu de l’Arles antique, la « VIIIème Légion Aug » a dressé son camp. Un général au front ceint de lauriers dorés (ancien prof d’histoire ou ancien militaire, ou les deux à la fois ?) détaille l’équipement, raconte les campagnes, évoque la vie du légionnaire romain (« plus souvent gaulois que romain », car ici on a à cœur de critiquer les clichés des films péplum). Mais le grand jardin est aussi peuplé d’artisans au travail avec instruments d’époque, de marchands de cervoise… et d’archéologues. Il y a des ateliers pour les enfants : ceux-ci, par exemple, apprennent à construire une maison romaine avec charpentes de bois à leur taille et Lego. On est venu en famille, l’entrée est gratuite, même celle du musée où l’on peut revoir le chaland et le buste de César tirés du Rhône. Une forme originale de « culture populaire », loin des parcs Astérix ou Walt Disney ?

 

 

Dimanche 31 août. Il fait grand soleil, le ciel est limpide, et nous voulions aller à la mer avec Claire et Juliette dont c’est le dernier dimanche avant la rentrée. Mais si le ciel est limpide c’est que le mistral souffle à force 8 et nous ne pourrions même pas marcher sur la plage. Alors nous allons à la chapelle Saint-Martin du Méjean visiter l’exposition de l’artiste italien Michelangelo Pistoletto dont les installations à base de jeux de miroirs, de dessins et de vidéos et surtout ses déclarations sur le « Rebirth » et le « Troisième Paradis » ne nous ont pas beaucoup convaincus. Mais le cadre est toujours aussi séduisant : la chapelle, dont l’intérieur a été très bien aménagé en salle de concerts et d’expositions, était au 17ème siècle l’église Saint-Martin du Méjean, où l’on enterrait noyés et pestiférés. Elle est occupée aujourd’hui par l’Association du Méjean, liée à Actes Sud, après avoir été le siège de la « Coopérative du  Syndicat des éleveurs du mérinos d’Arles ». À propos d’art contemporain, Claire, 16 ans, nous a déclaré : « Les adolescents c’est comme l’art moderne, tout le monde les observe, les analyse, mais personne ne les comprend. »

 

Zoé vient de faire repeindre le rez-de-chaussée de sa maison
« Zoé vient de faire repeindre le rez-de-chaussée de sa maison »
« C’est à côté de chez nous, à l’angle de la rue Fleury Prudhon, « ancien résistant », et de la rue Jean Racine »
« C’est à côté de chez nous, à l’angle de la rue Fleury Prudhon, « ancien résistant », et de la rue Jean Racine »

 

 

 

 

 

 

 

 

Lundi 1er septembre. Zoé vient de faire repeindre le rez-de-chaussée de sa maison d’un rouge pastèque à la mode marocaine. C’est à côté de chez nous, à l’angle de la rue Fleury Prudhon, « ancien résistant », et de la rue Jean Racine. Pauvre Jean Racine, « sa rue » est plutôt un sombre couloir d’une trentaine de mètres qui tombe sur le boulevard Clémenceau. Corneille n’est pas mieux loti avec le couloir suivant. Mais Molière lui, à deux pas de là, a droit à une longue et large vraie rue, qui double le boulevard et s’ouvre par un bel hôtel particulier. Les Arlésiens préféreraient-ils la comédie à la tragédie ? J’aurais bien aimé assister aux délibérations qui ont conduit à cette inégale distribution.

« Corneille n’est pas mieux loti »
« Corneille n’est pas mieux loti »
« Molière a droit à une vraie rue »
« Molière a droit à une vraie rue »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Mardi 2 septembre. Cris sous nos fenêtres, mais ça n’est pas le retour des hirondelles, c’est la rentrée à l’École maternelle Jean Buon. Pas de roulement de tambours mais celui de quelques sacs à roulettes (déjà !) traînés sur les pavés de la rue. Même quand on commence sa carrière scolaire sous les voûtes d’un cloître du 17ème siècle, celui du Couvent des Grands Augustins, on peut avoir le cœur gros. Dans l’après-midi, un coup de sonnette nous fait sursauter. C’est ce vieux bonhomme qui vient de temps en temps, à vélo, nous proposer dans une langue très approximative, des figues cueillies dans son jardin ou sur le bord des chemins. Trois euros le kilo, un kilo pesé au coup d’œil. Il n’a jamais de monnaie mais il promet de repasser dans la journée. Et il repassera. Mais voilà qu’il arrête une passante : « Goûtez-les, goûtez-les ! » Et un petit marché s’installe à notre porte. Celle-ci met la main au porte-monnaie, mais on entend cette autre répéter : « Mais puisque je vous dis que je n’aime pas les figues ! »

« ...sous les voûtes d’un cloître »
« …sous les voûtes d’un cloître »

« Rentrée à l’École maternelle »

 

Un petit marché s’installe à notre porte
« Un petit marché s’installe à notre porte »
« Goûtez-les, goûtez-les ! »
« Goûtez-les, goûtez-les ! »

Mercredi 3 septembre. Si certaines expositions ont fermé le 31 août, les Rencontres de la photo se poursuivent jusqu’à la fin de l’été et nous allons visiter celle de Denis Rouvre à l’église Saint-Blaise, tout à côté de l’église Saint-Jean-de-Moustiers, du 12ème siècle, aujourd’hui à demi-enterrée. Les nombreuses églises d’Arles (on en a répertorié une quarantaine), dont la plupart ne servent plus au culte, sont des lieux privilégiés pour accueillir les expositions et tout particulièrement cette église dont la partie la plus ancienne date elle aussi du 12ème siècle. Sur un écran géant dressé à la place de l’autel émergent très lentement de l’obscurité de beaux visages d’hommes et de femmes auxquels le photographe a demandé de parler de leur « identité », et leurs voix surgissent du silence elles aussi, en off, pour quelques mots, en léger décalage. Ces dizaines de brèves rencontres en boucle, dans cet espace qui appelle à la méditation, m’ont beaucoup touché.

 

 

Jeudi 4 septembre. Nous allons chercher Manon à l’aéroport de Garons. Sur la portion d’autoroute qui relie Arles à Nîmes il dessert les deux villes, à un quart d’heure de chez nous. C’est un aéroport international, avec un vol régulier Charleroi-Nîmes (pourquoi ces deux villes ? va savoir) pour 53 euros. Comme le mistral est tombé, qu’il fait toujours un soleil resplendissant, et qu’il fait beaucoup plus chaud qu’en Belgique, nous la conduisons à sa plage préférée, près des Saintes-Maries de la mer, dont on voit au loin l’église-forteresse, près de l’embouchure du petit Rhône. La grande plage de sable est presque vide, nous avons la mer entière pour nous. Au retour, comme à notre habitude nous revenons par la route du mas Cacharel, à travers la Camargue, ses taureaux en liberté, ses chevaux, ses flamants roses, en double croche sur fond d’étang. Au passage, on voit sur une maison l’emblème de la Camargue créé à l’initiative du marquis Folco de Baroncelli (on parlerait aujourdhui de “logo”): la croix pour la foi (et avec les tridents pour les gardians), l’ancre pour l’espérance (et pour les pêcheurs), le coeur pour l’amour (et pour les Saintes Maries).

 

 

Vendredi 5 septembre. Les glaces bio de la boutique Soleileis de la rue Fanton, aux parfums rares et variés, sont délicieuses : amande amère, prune sauvage, gingembre, abricot, réglisse, melon, cannelle, figue, cardamome, raisin, verveine ! fadoli (à l’huile d’olive) !! zeste de lune (à base de citron) !!! La boutique est tenue par la même personne depuis des années, une Hollandaise amoureuse d’Arles. On peut aussi y emprunter gratuitement et y déposer des livres en anglais. On a le choix entre 3 types de cornets : une petite coupe en plastique biodégradable, un cornet en gaufre industrielle, un cornet croustillant et doré fait maison. C’est celui que nous avons choisi. Mais la patronne nous dit que beaucoup de gens préfèrent le cornet industriel parce qu’il leur rappelle « le goût de l’hostie de leur enfance ».

Jean Verrier

Une Hollandaise amoureuse d’Arles
« Une Hollandaise amoureuse d’Arles »
« Les glaces bio, aux parfums rares et variés, sont délicieuses »
« Les glaces bio, aux parfums rares et variés, sont délicieuses »

 

 

 

 

 

 

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