« Incroyables comestibles » arlésiens

« Place Genive, à Arles, un grand bac en bois a été installé il y a quelque temps par les habitants. Il a vite débordé de courgettes, de plans de tomates, de menthe, de ciboulette, de verveine, de concombres, d’œillets d’Inde. Sur une plaquette qui émerge avec peine de toute cette verdure on peut lire une invitation à arroser et… à se servir. Le collectif “Incroyables comestibles” a été l’élément déclencheur ». Le coup de cœur de Jean Verrier

Place Genive (ancienne Place de l’ourme), au cœur du quartier populaire et maintenant cosmopolite de la Roquette, à Arles, un grand bac en bois a été installé il y a quelque temps par les habitants de la place. Il a vite débordé de courgettes, de plans de tomates, de menthe, de ciboulette, de verveine, de concombres, d’œillets d’Inde. Des capucines sortent par les trous des planches, et sous les grosses feuilles des courges se cachent les premières fraises. Sur une plaquette qui émerge avec peine de toute cette verdure on peut lire une invitation à arroser et… à se servir. Le collectif « Incroyables comestibles » a été l’élément déclencheur.

Incroyables comestibles 2De vieux maghrébins, des chibanis, et leurs femmes aux robes multicolores, sont parmi les premiers intéressés. Eux qui d’habitude esquissent un timide sourire en réponse à nos bonjours, voilà qu’ils s’arrêtent, interpellent, félicitent, avec gentillesse et gravité : « C’est bien ce que vous faites là. » Ils donnent aussi des conseils et passent parfois à l’action : « Faut que tu retires tout ça pour que les tomates poussent plus vite. » Et d’effeuiller énergiquement la tige. Un autre : « Attends, je vais apporter des tuteurs. »

Certains passants s’étonnent : « Vous mettez des produits chimiques pour que ça pousse comme ça ? – Non, pas du tout : une couche de bois pourri, une couche de terre, un peu de cendre, du terreau, de l’herbe, et on recommence comme pour une lasagne géante. »

Incroyables comestibles 3Deux rues plus loin, des parents d’élèves qui ne pouvaient plus supporter de conduire leurs enfants à l’école du quartier en les faisant passer devant un dépôt sauvage de vieux matelas, de fauteuils défoncés ou de postes de télévision hors d’usage, se sont réunis et ont cotisé (60 euros en tout) pour construire un grand bac long de plus de 3 mètres et haut d’un mètre. Très vite fruits et légumes ont remplacé les déchets de notre société de consommation. Et les lauriers roses voisins dont de grands escogriffes arrachaient les fleurs au passage semblent profiter du respect qu’inspirent les bacs du Collectif « Incroyables comestibles ».

Bientôt 2, 4, 6 bacs… sont apparus dans le quartier et un jeu de piste a été organisé pour en dresser la cartographie. On ne sait pas toujours qui assure l’arrosage, mais la terre y est toujours humide et le bac est bien vert. Certains ont même eu l’audace d’aller devant la gendarmerie, en haut du Boulevard des Lices, planter sur leur terre-plain des fruits et des légumes et les gendarmes, spontanément, se sont transformés en jardiniers. Du coup, on leur a fourni un arrosoir aux couleurs du Collectif.

De l’effet d’un simple grain de moutarde.

Je me demande combien de temps cela va durer, comment ces fragiles comestibles vont traverser le prochain hiver. Bien sûr le quartier de la Roquette n’est pas prêt à vivre en autarcie, mais la récolte la plus importante est celle de ces échanges et de ces liens nouveaux dont on il restera toujours quelque chose. Comme le disait Malherbe, « les fruits (dé)passeront la promesse des fleurs. »

Plus d’informations historiques et générales sur le site lesincroyablescomestibles.fr , et dans le film Demain, de Mélanie Laurent et Cyril Dion.
Voir ici le trailer du film Demain

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